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6 Nations 2024 - Thomas Ramos (XV de France) : "On ne doit pas envoyer le message d’une équipe faible"

Par Par Jérémy FADAT, envoyé spécial
Publié le Mis à jour
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L'arrière Thomas Ramos, forcément marqué par le match nul concédé par les Bleus contre l'Italie à Lille, appelle à ce que chacun des joueurs du XV de France se remette en question et fasse son autocritique. S'il a fait le deuil d'une victoire finale dans le Tournoi, il espère une remobilisation très rapide.  

Quel sentiment domine après ce match ?

La déception forcément. Un peu d’agacement aussi. Il y a une vraie frustration de finir avec ce résultat-là.

C’est un match nul au goût très amer…

Il faut être assez lucide pour se dire que ce match nul a un réel goût de défaite, évidemment. Il ne faut pas avoir peur des mots. Honnêtement, qu’on fasse match nul ou qu’on perde à la fin, le sentiment est le même. Et je pense que l’ensemble du groupe, sans manquer de respect aux Italiens qui se sont battus fièrement, ressent la même chose que moi. C’est comme une défaite.

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Comment expliquer ce scénario et ce résultat final ?

Ce qui est frustrant sur la première mi-temps, c’est qu’on va beaucoup de fois dans leurs cinq derniers mètres, qu’on finit dans l’en-but avec un essai pas accordé à cause d’un bras sous le ballon. Il y a eu au moins trois ou quatre occasions franches devant leur ligne, qu’on ne met pas au fond. Dans ce sport, quand tu ne marques pas, tu ne prends pas le large, tu ne fais pas l’écart avec l’adversaire…

Et la deuxième mi-temps ?

Elle était plus compliquée à quatorze. Il a fallu serrer les rangs et moins s’exposer. Même si on était tiraillé entre deux choix, celui de jouer pour essayer de se remettre dans l’avancée ou celui d’occuper. Mais en occupant, on les laissait dans ce qu’ils aiment faire, à savoir porter le ballon et mettre leur système offensif en place. À l’arrivée, on sort encore une fois avec une déception…

Avez-vous l’impression d’être resté tiraillé entre ces deux choix ?

Non, j’ai plutôt l’impression qu’on a réussi à faire des bonnes choses en deuxième mi-temps, à se créer des opportunités. On a pu décaler des mecs qui ont su trouver des espaces dans les couloirs et nous faire avancer de trente ou quarante mètres.

Alors, c’était quoi le problème ?

La continuité. Nous sommes peut-être dans l’attente qu’un de nos joueurs traverse le terrain tout seul… Mais, quand on y arrive, on manque de continuité dans le jeu derrière. Et aussi de fraîcheur, j’ai l’impression, pour faire encore plus mal à l’adversaire. Il va falloir regarder cela et le régler rapidement.

Vous aviez répété votre besoin de vous libérer récemment. Le souci est-il davantage d’ordre mental ou technique ?

Là, je crois qu’on a fait des choses intéressantes. Quand on relance des ballons, quand on joue des touches rapides, c’est qu’on est libéré. Mais il faut voir l’envie qu’on y met derrière. J’ai le sentiment qu’on n’a pas ce petit coup de rein qui nous permettrait de faire plus mal encore.

Vous manquez donc de fraîcheur physique peut-être ?

Je ne sais pas si c’est de la fraîcheur physique mais il est certain qu’on manque de répondant quand les actions durent un peu ou quand il faut dominer physiquement nos adversaires.

Il faut que chacun fasse son autocritique et regarde ses matchs

Comment le groupe le vit-il à l’intérieur ?

Ce soir (l’entretien a été réalisé dimanche soir, aux alentours de 21 heures), il y a beaucoup de déception par rapport à Esteban (Abadie) qui fêtait sa première cape, à Uini (Atonio) dont c’était la soixantième, Cyssou (Baille) et Tao (Romain Taofifenua) pour qui c’était la cinquantième. Ce sont des chiffres marquants. Alors, leur offrir ce résultat, c’est assez rageant. Je le répète, pour nous, c’est comme une défaite. Si Garbisi met les trois points à la fin, il n’y a rien à dire.

Que faut-il faire ?

Il faut que chacun fasse son autocritique et regarde ses matchs. Il faut que tout le monde ait l’envie de repartir vers l’avant pour que le collectif retrouve un peu plus de clarté et de liant. La volonté de jouer ensemble, elle est toujours là. Après, on peut se poser mille questions. Mais trop s’en poser, c’est aussi se créer des soucis. Je n’ai pas l’impression que quelque chose ne va pas dans le groupe. Il y a une superbe ambiance, cela n’a rien à voir avec ça. C’est rugbystiquement et collectivement qu’on doit faire beaucoup mieux.

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Le staff a évolué. Cela peut-il expliquer certaines approximations ?

Je ne suis pas convaincu qu’on puisse mettre la faute sur le nouveau staff, ou sur les joueurs qui arrivent. La grande majorité de l’effectif a été là pendant quatre ans ou presque. On se connaît, on connaît notre système et il n’y a pas eu de grande évolution. Pour moi, ce sont de fausses excuses. On ne peut pas dire qu’on est moins bons à cause de ça. Ce serait se mentir.

Le XV de France a encore écopé d’un carton rouge ce dimanche. Vous vous tirez une balle dans le pied à chaque match…

Bien sûr. Mais ça arrive à tout le monde de sortir du cadre une fois. Personne n’est tombé sur Paul (Willemse) le premier match. Là, c’est Jonathan (Danty) mais il donne tellement de sa personne. Ça tombe sur lui, en voulant mettre un plaquage offensif. Mais il va falloir régler nos problèmes de discipline. On prend des cartons qui nous coûtent cher. Il faudra être intransigeant là-dessus pour la fin du Tournoi.

N’est-ce pas le symbole d’une équipe qui manque de maîtrise ?

Il faut retrouver notre sérénité, notre calme, ce qui faisait notre force dans des moments compliqués pour ne pas douter. Puis, reprendre confiance pour faire beaucoup mieux.

Vous comprenez que beaucoup vont réclamer du changement dans le XV de départ…

Ce n’est pas à moi de décider. Des gens sont payés pour donner leur avis, je les laisse le faire. Au-delà des changements qu’il faut ou pas, je crois surtout qu’on doit tous regarder nos matchs individuellement. Que chacun se penche sur ses performances, moi le premier, pour voir ce qu’on apporte au collectif et ce qu’on peut améliorer. Derrière, une fois qu’on a fait notre autocritique, on peut se regarder dans une glace et repartir au travail.

Personnellement, vous êtes passé à l’ouverture après la blessure de Matthieu Jalibert. Comment l’avez-vous vécu ?

Cela a été une deuxième mi-temps un peu compliquée à ce poste. Il y avait une certaine envie de jouer parce qu’il a fallu aller chercher des choses. Mais, avec un joueur en moins derrière, c’est plus difficile pour lancer le jeu et pour le conduire. Surtout, nous sommes très déçus pour Matthieu.

Êtes-vous prêt à porter le numéro 10 pour la fin du Tournoi ?

Comme je l’ai toujours fait, je prendrai mes responsabilités. Si on me dit de démarrer à l’ouverture, il n’y aura pas de souci. Si on me dit de rester à l’arrière pour qu’un autre joueur débute en 10, il n’y aura pas de problème non plus. Je suis prêt à pallier toutes les éventualités.

Vous faites officiellement partie du groupe des leaders. Le rôle des cadres va-t-il être primordial avant le déplacement à Cardiff ?

Je sais surtout qu’il va falloir être sérieux cette semaine (les joueurs sont libérés jusqu’à dimanche, NDLR) et revenir avec un état d’esprit de tueur pour gagner ces deux derniers matchs. Personne n’a envie de finir au fin fond du classement. Quand j’entre dans une compétition, c’est pour la gagner. Il ne faut pas se leurrer, on ne gagnera pas le Tournoi cette année mais être très mal classé me foutrait les boules. Chacun doit se mobiliser pour revenir déterminé.

Il ne faudrait pas que ce Tournoi soit un chemin de croix jusqu’au bout…

Évidemment. On a connu une grosse déception, puis on a su réagir en Écosse. Là, on reprend tout de suite un coup derrière la tête. On ne doit pas être une équipe à réaction. Ce n’est surtout pas l’image qu’on doit renvoyer. Pendant quatre ans, notre équipe a su être intransigeante et démoniaque à domicile. Aujourd’hui, on ne doit pas envoyer le message d’une équipe faible, qui doute chez elle. Il nous faut de l’ambition et de l’envie. Il reste deux matchs pour se relever et sortir la tête haute.    

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Les commentaires (11)
Djive-ST Il y a 1 mois Le 26/02/2024 à 23:46

« On ne peut pas dire qu'on est moins bons à cause de ça. Ce serait se mentir. » Et pourtant !

BEBECK33 Il y a 1 mois Le 26/02/2024 à 16:53

C'est un peu tard. Ramos devrait, comme d'autres, renoncer de lui-même - et pour l'instant - à toute sélection. Il voit bien qu'il n'est plus dans le coup et doit faire une pause.

TerrePromise Il y a 1 mois Le 26/02/2024 à 21:09

Mais comment on peut être aussi nauséabond...

Djive-ST Il y a 1 mois Le 26/02/2024 à 23:48

Effectivement l'EDF n'a plus d'enjeu alors laissons Ramos se consacrer au Top 14, au Champion Cup et à sa formation d'entraîneur ! 2024 c'est foutu pour l'EDF alors tournons nous sur le ST

Tichaut78 Il y a 1 mois Le 26/02/2024 à 16:40

Ramos est un excellent joueur, combatif et... honnête (pas de langue de bois, contrairement aux éléments de langages imposés par une communication hors-sol). Lorsqu'il a remplacé Jalibert, on a vu un patron sur le terrain. Mais sur le thème "on ne doit pas envoyer le message d'une équipe faible", c'est hélas un peu tard. Le message est désormais passé. C'est le moment de changer et de faire entrer des nouveaux pour que cette équipe, marquée au fer rouge, se sorte par le haut de cette ornière.