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6 Nations 2024 - "L'enfer du Nord" : le commentaire général de France - Italie

  • Damian Penaud et Ange Capuozzo, lors de France - Italie.
    Damian Penaud et Ange Capuozzo, lors de France - Italie. Midi Olympique. - Patrick Derewiany.
Publié le Mis à jour
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Méconnaissables dimanche soir, les Tricolores ont confirmé à Lille qu’ils étaient aujourd’hui rentrés dans le rang. Ou pire encore…

Quand le XV de France se rend dans le Nord, il pleure généralement deux fois : en arrivant et en repartant. Et si Fabien Galthié comptait encore naguère sur « le coeur des hommes » pour renverser l’Italie et faire taire autour des siens les braillardes de toute chapelle comme les procureurs de divers horizons, on constatera avec lui que de « coeur » ou de talent, il n’y eut point, dimanche soir. Mais il y eut quoi, alors ? Un improbable concours de circonstances, en fait, et qui vit l’ultime ballon de Paolo Garbisi être, dans un stade pourtant fermé en son faîte et bouclé sur ses échancrures, fauché par un courant d’air, tomber du tee du buteur italien avant de bravement frapper le mât en ferraille du stade Pierre Mauroy. Car on vous l’accorde bien volontiers, monsieur le sélectionneur : le XV de France, ce n’est pas la Star Académie. Mais après avoir gagné en Ecosse sur une décision arbitrale un brin chicaneuse et évité dimanche soir la totale chouma sur un improbable coup du sort, le XV de France, c’est quand même un peu « La roue de la Fortune », ces derniers temps…

Quelle gifle, sacrebleu ! Et jusqu’où cette équipe de France, balèze, autoritaire et plus encore pendant quatre ans, va-t-elle tomber ces prochaines semaines ? C’est qu’à l’instant où la bande à Galthié tourne le dos au Ch’Nord lesté de ce résultat impensable il y a encore quelques mois, nous voici tous abandonnés à un flot de questions existentielles et que l’on résumerait ainsi : où est donc passé le XV de France qui avait à l’automne 2023 contraint la squadra azzura à se prosterner devant lui au bout d’à peine dix minutes et finalement passé soixante points aux Italiens ? Qu’a-t-on fait de cette sélection dont on annonçait, il y a six mois à peine, qu’elle était prête à dominer le monde ? Et peut-elle vraiment se relever de ce match nul qui vaut défaite, si l’on est un peu lucides ?

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Quel sinistre week-end…

Parce qu’à chaud, l’impression laissée par ce dernier match est désastreuse. Et passé ce troisième round plus poussif encore que les deux précédents, on garde déjà de ce France-Italie le chapelet de ballons vomis au contact (vingt fautes de main !) par ces Tricolores plutôt contrariés, lorsqu’il fut question dans le Nord de jouer autrement qu’en lançant ses croque-mitaines (Uini Atonio et Posolo Tuilagi) dans les courges italiennes. On a encore en tête les mauvais choix d’une charnière qui perdit Matthieu Jalibert au bout d’une mi-temps, les égarements d’un milieu de terrain à bout de souffle et les lancements de jeu pour le moins confus entraperçus ça et là, sur la pelouse des Dogues. Diable ! On souffre mille morts avec Jonathan Danty et Cameron Woki, tous deux d’un niveau fort médiocre à Lille. On s’étonne de voir Dorian Aldegheri le souffle court, le dos voûté et errant tel un spectre dans cette ligne d’attaque aux abois, impotente et dimanche soir infoutue d’enchaîner trois passes. On revoit aussi, mais cette fois-ci rouges de honte, l’essai inaugural de Charles Ollivon, accomplissement que seul M. Ridley fut en capacité de valider, preuve en est que le travail entrepris par les gros pardessus de la fédé dans les coulisses de World Rugby depuis le quart-de-finale de Coupe du monde perdu face à l’Afrique du Sud est en train de payer. Globalement, on n’oublie rien de cette équipe de France rongée par le doute, bouffie d’angoisse et fatalement incapable de trancher la tête à cet adversaire enchaînant depuis dix ans les cuillères de bois avec une ponctualité admirable.

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Car franchement, que se serait-il produit de pire face à une tout autre nation que cette équipe transalpine changeant de sélectionneur tous les quatre ans, de formule de championnat tout aussi souvent et n’ayant pas progressé d’un iota, depuis son entrée dans la compétition ? On n’ose l’imaginer et, au bout de ce sinistre week-end où Bleus et Bleuets ont tour à tour été soumis par les sans-grades du rugby international, on se dit même que de Béziers au grand Nord, le « coeur des hommes » était bel et bien Italien. Ici, Gonzalo Quesada ne disait d’ailleurs pas autre chose, rappelant dans une de ces phrases longues de plusieurs gigamètres et qui caractérisent la plupart de ses débriefings : « L’Irlande qu’on a jouée il y a deux semaines était exceptionnelle (36-0) : ce jour-là, on n’a pas eu un ballon, on n’a fait que défendre mais on n’en a pas pris 60 ou 80. J’avais donc senti, à Dublin, que mon équipe avait du caractère et que je pouvais construire dessus ». Franchement ? On enviait « Gonza », à cet instant précis. On enviait son costard impeccable, sa dégaine de Sacha Distel et son Italien déjà parfait. Si on enviait tant « Gonza », en fait, c’est que de l’autre côté du ring, l’ambiance était tout autre : pour la deuxième fois en trois semaines, Fabien Galthié avait les traits tirés, semblait sonné comme un boxeur vaincu et, face au séisme, dépourvu de solutions. A le voir enfiler les formules convenues (« On est dans le dur », « Il faut faire corps »…), on se demandait même s’il avait encore en lui le pouvoir, ou même la volonté, de réveiller ce groupe France fort mal barré à l’instant de rejoindre le pays de Galles. Lui, technicien reconnu et stratège accompli, est-il à ce jour capable d’exalter les hommes, de parler aux âmes, d’emprunter aux trivialités du rugby de papa et de réveiller, in fine, le géant endormi ? « Nos éducateurs nous ont appris que le rugby est un sport difficile et qu’il faut y faire preuve de résilience, disait-il encore, dimanche soir. Nous sommes toujours déterminés. On ira jouer le pays de Galles avec ambition. »

On veut Léo Barré !

Avec « ambition », d’accord. Mais avec qui d’autre ? Matthieu Jalibert blessé, on a ici du mal à imaginer Fabien Galthié, plutôt conservateur dans ses compositions d’équipe et élevant le « vécu collectif » au rang de saintes écritures, lancer le Racingman Antoine Gibert dans l’enfer de Cardiff où l’attend ce XV du Poireau dont les troufions, inoffensifs en Champions Cup, ont la fâcheuse habitude de se transcender, dès lors qu’il est question de défendre la cause nationale. On ose croire que dans la principauté, Thomas Ramos poursuivra la mission qui est la sienne à Toulouse, soit combler l’absence de Romain Ntamack. Tout comme il semble acquis que Yoram Moefana succédera à Jonathan Danty au centre du terrain. Pour le reste, et sans pour autant succomber aux caprices ou aux frivolités que le sélectionneur semble prêter à « Koh Lanta » et la « Star Academy », on rêverait de voir le minot Léo Barré, meilleur arrière du Top 14 à nos yeux, chanter sa première Marseillaise dans ce saloon de vrais bonhommes, dans un vacarme de fin du monde…

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Les commentaires (15)
Bidarta Il y a 1 mois Le 26/02/2024 à 10:34

Le xv de France ne c'est pas remis de la coupe du monde, Galtier doit passé la main,
Les joueurs arrivent au Tournoi avec un nombre de matchs trop importants pour tenir le physique prenez l'exemple sur l'Irlande les joueurs arrivent beaucoup plus frais.
Ils faut revoir le calendrier des des joueurs ayant le potentiel international.
Nous sommes dans la nase ,Laporte à laisser un drôle d'héritage ,sur le plan des relations humaines mais aussi sur les finances.

Jacquot56 Il y a 1 mois Le 26/02/2024 à 10:32

2024 est partie pour être une année à oublier.
Regardons l' équipe d'Irlande : une ossature Leinster avec des ajouts Munster et des joueurs irlandais jouant en Angleterre. Le résultat saute aux yeu: une fluidité dans les passes car les joueurs se trouvent les yeux fermés.
En 2025, retrouvons une ossature toulousaine dans le XV de France avec, en 9, 10, 15, Dupont, Ntamack et Ramos avec d'autres toulousains autour d'eux, aidés de gros bras rochelais et de fusées bordelaises et nous aurons une EdF efficace.
C'est tout le bien que nous souhaitons !

Morisketou Il y a 1 mois Le 26/02/2024 à 10:15

Il y aurait du y avoir 30-0 à la mi-temps. Le pack avait fait le boulot.
Mais la charnière n'a pas assez dynamisé derrière. Lucu était extraordinairement lent pour sortir les ballons des rucks, bien pourris par les Italiens. Quand à Jaja il ne savait pas quoi faire du ballon.
Une remise en cause du statut de certain joueurs semble nécessaire.
J'ai aussi l'impression que l'arbitre à toléré un peu tout et rien (aux 2 équipes !). Des passages sur les cotés alors que le ballon est dans les pieds, un ou deux contests validés avec des mains au sol, des montées kamikazes limites hors jeux, une ou deux passes limites en avant, quelques déblayages sur des joueurs ne faisant pas action de jeu, une ou deux obstructions, des bras qui trainent dans les rucks...pas grand chose...
L' arbitrage se "sudifit".

Renard1246 Il y a 1 mois Le 26/02/2024 à 12:26

Il vous suffit de devenir arbitre si vous êtes si fort

Morisketou Il y a 1 mois Le 26/02/2024 à 14:24

Facile, je passe la qualif pro bientôt !
Une bonne paire de lunette suffit pour déceler les incohérences.
Mais vous avez raison, je ne suis pas arbitre. Un forum est conçu pour donner son avis, je le donne et s'il ne vous convient pas...