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Finale Top 14 - Une course pour la gloire : comment Romain Ntamack a fait céder le verrou rochelais

  • Comment cette course de Romain Ntamack a-t-elle pu être possible ? Analyse.
    Comment cette course de Romain Ntamack a-t-elle pu être possible ? Analyse. Icon Sport
  • Image 9. Ntamack a échappé à Leyds, Berjon est sur les talons et se fait prendre sur son épaule faible. Dulin (en haut à gauche) est arrêté et ne peut pas couvrir.
    Image 9. Ntamack a échappé à Leyds, Berjon est sur les talons et se fait prendre sur son épaule faible. Dulin (en haut à gauche) est arrêté et ne peut pas couvrir. Canal +
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À deux minutes du terme de la finale, Romain Ntamack a offert le 22e Bouclier de Brennus à Toulouse après une chevauchée de 60 mètres. Comment cette course pour la gloire a-t-elle pu être possible ? Décryptage d’un moment hors du temps.

Il y a des actions qui entrent directement dans la légende. La chevauchée de Romain Ntamack en fait d'ores et déjà partie. L'ouvreur, qu’on pensait maudit après une touche non trouvée et un en-avant sur un jeu au pied, a délivré Toulouse après une course de plus de 60 mètres. Comment cet exploit a-t-il été possible ?

75e minute : la lecture de Placines

Après un nouvel effort monstrueux en mêlée, les coéquipiers de Grégory Alldritt récupèrent une pénalité et sont de retour sur la ligne des 22 mètres du Stade toulousain. La touche est perturbée mais finalement Jules Favre (entré à la place de Jonathan Danty) fait l’effort sur la ligne d’avantage. Cinq temps de jeu durant, Thomas Berjon fait travailler ses avants. Antoine Hastoy se positionne dans l’axe pour un drop mais le demi de mêlée rochelais préfère continuer avec ses "gros". Jusqu’à ce regroupement où Alban Placines décide de contester. Monsieur Trainini juge que le ballon est sorti du ruck et qu’il est jouable. Les Toulousains récupèrent le ballon.

Image 1. Alban Placines (numéro 19) récupère le ballon devant Thomas Berjon. Il reste moins de cinq minutes à jouer
Image 1. Alban Placines (numéro 19) récupère le ballon devant Thomas Berjon. Il reste moins de cinq minutes à jouer Canal +

76e minute : le KO de Lespiaucq

Le Stade toulousain est mené de quatre points et relance dans ses 22 mètres. Au large, Romain Ntamack hérite du ballon et décide de retourner à l’intérieur dans le trafic voyant qu’aucune solution n’est possible à l’extérieur (4 Rochelais pour un Toulousain). Le demi d’ouverture est durement plaqué par Lespiaucq qui se jette dans ses genoux. Ntamack s’est isolé et Thomas Berjon s’est mis en position de grattage. L’attitude est bonne, le demi de mêlée remplaçant est sur ses appuis mais Tual Trainini arrête le temps pour prendre des nouvelles de Quentin Lespiaucq, qui semble s’être assommé sur son plaquage. "J’arrête le temps avant le grattage, se justifie-t-il à Grégory Alldritt. Je perds le ballon de vue parce que votre joueur est au sol." La possession est rendue à Toulouse qui a une dernière munition à jouer. Mais il reste 80 mètres à remonter.

Image 2. Thomas Berjon est bien sur ses appuis, mais l'arbitre monsieur Trainini a arrêté le temps.
Image 2. Thomas Berjon est bien sur ses appuis, mais l'arbitre monsieur Trainini a arrêté le temps. Canal +

77e minute : la mêlée rapidement évacuée

Conscient des difficultés toulousaines en mêlée, Selevasio Tolofua sort rapidement le ballon de la mêlée, et trouve Romain Ntamack qui transmet à Pierre-Louis Barassi qui vient juste de remplacer Santiago Chocobares. Le centre français gagne son duel face à Jules Favre et avance de précieux mètres. Le début d’une action longue de 12 temps de jeu et pratiquement deux minutes (1 minute 51 secondes précisément). Après ce très léger franchissement, les défenseurs rochelais ont du mal à se redistribuer comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, mais Antoine Dupont et Romain Ntamack décident de faire travailler Charlie Faumuina et Thibaud Flament au lieu d’aller chercher les extérieurs, ce qui permet à la défense maritime se retrouver son rideau.

Image 3. Le rideau défensif rochelais n'est pas restructuré. Les avants maritimes, qui reviennent de la mêlée, doivent faire l'effort de se replacer pour ne pas être pénalisés.
Image 3. Le rideau défensif rochelais n'est pas restructuré. Les avants maritimes, qui reviennent de la mêlée, doivent faire l'effort de se replacer pour ne pas être pénalisés. Canal +

77e minute : Dupont travaille autour des rucks

Les Toulousains s’approchent de leur ligne des 40 mètres mais les Rochelais, Will Skelton en tête, perturbent les rucks et empêchent les libérations rapides. Depuis l’avancée de Barassi, les Rouge et Noir n’ont presque pas avancé. Après quatre temps de jeu où Antoine Dupont a éjecté immédiatement pour son demi d’ouverture où un avant, le capitaine de l’équipe de France décide de porter davantage au bord du ruck pour amener de l’incertitude. Matthis Lebel est trouvé mais l’ailier est stoppé, Pierre Bourgarit (qui a pris la place de Quentin Lespiaucq) est vigilant. Les Rochelais avancent en défense, à l’image du plaquage de Rémi Bourdeau sur Alban Placines sur le temps de jeu suivant. Ce net recul met en danger Toulouse. Très justement, Antoine Dupont se sort rapidement du ruck et porte une nouvelle fois le ballon (cela aura une importance plus tard). Trois choix s’offrent à lui : tenter de breaker face à Alldritt et Berjon, servir son soutien extérieur Flament où celui intérieur Ramos. C’est l’arrière, lancé, qui est choisi (image 4). 

Image 4. En portant le ballon, Dupont a trois choix : tenter de breaker (flèche du milieu), servir Flament ou Ramos (cercle), qui va attaquer l'espace (flèche du haut).
Image 4. En portant le ballon, Dupont a trois choix : tenter de breaker (flèche du milieu), servir Flament ou Ramos (cercle), qui va attaquer l'espace (flèche du haut). Canal +

Bourdeau et Colombes ne laissent pas s'échapper l’arrière, mais les Toulousains ont repris leur avancée après avoir eu très chaud.

78e minute : Ramos dans le désordre

Rien ne laisse présager que les Toulousains vont trouver la faille. Antoine Hastoy et consorts gardent la même stratégie, à savoir bien s’alimenter en défense, ne pas se consommer dans les rucks pour garder l’avantage numérique en défense, et ralentir avec Alldritt et Skelton les sorties de balles. Deux percussions des avants plus tard, le pilier Charlie Faumuina joue dans son dos pour Thomas Ramos, mais rate l'exécution de son geste. Dans le désordre, l'arrière choisit de revenir dans le trafic au milieu du terrain pour retrouver du soutien. La conservation est assurée, mais Toulouse est sur le reculoir.

78e minute : une action sans vitesse

L’exploit de Romain Ntamack prend ses origines sur une action arrêtée. Neuf attaquants face à neuf défenseurs, mais un huit contre six sur l’extérieur à l’avantage de Toulouse (avec Thomas Berjon couvrant le deuxième rideau et Brice Dulin le troisième). Antoine Dupont décide de porter comme il en a pris l'habitude sur l'action. Conscient du danger potentiel, Ultan Dillane ne glisse pas et temporise, ce qui l'empêche d'être utile par la suite (image 5).

Image 5. Dupont porte le ballon et fixe Dillane (cercle) qui temporise. Seuteni a déjà pris l'option de monter sur Ntamack (flèche). Quatre trois-quarts toulousains sont disponibles (grand cercle).
Image 5. Dupont porte le ballon et fixe Dillane (cercle) qui temporise. Seuteni a déjà pris l'option de monter sur Ntamack (flèche). Quatre trois-quarts toulousains sont disponibles (grand cercle). Canal +

Surtout, le demi de mêlée se charge lui-même de trouver en profondeur son ouvreur, qui a un peu de champ et plusieurs options. L'ailier Dillyn Leyds sent bien l'alerte et demande à Thomas Berjon de venir aider la ligne de front (image 6). Le Sud-Africain se met à la hauteur de ses autres défenseurs (deux avants et Seuteni).

Image 6. Leyds appelle du soutien sentant le danger mais Thomas Berjon ne regarde pas dans sa direction.
Image 6. Leyds appelle du soutien sentant le danger mais Thomas Berjon ne regarde pas dans sa direction. Canal +

78e minute : la mauvaise lecture de Seuteni

Ulupano Seuteni regarde Antoine Dupont porter sur quelques mètres et anticipe la passe sur Romain Ntamack. Difficile de savoir si le Samoan communique avec ses coéquipiers. Il n'empêche, sa décision est prise de monter fort en pointe sur l'homme pour le déstabiliser. Mais avec des petits appuis, l'ouvreur change la trajectoire de sa course pour éviter la montée défensive (image 7). Seuteni est pris et n'effleure même pas sa cible. "Il y a un ballon au milieu, il a pris une décision, expliquait Ronan O'Gara après la défaite. Mais comme je l’ai dit dans le vestiaire : “On gagne et on perd ensemble.” C’est peut-être une mauvaise décision mais il a été bien manipulé par Romain. Ça arrive. Quand tu défends avec tes avants, tu dois être plus connecté. Il y en a douze, des actions comme ça. Tout le monde va parler de celle-là car elle est cruciale."

Image 7. Dupont a fixé (cercle), Seuteni monte en pointe (flèche droite), et Ntamack change sa course pour l'éviter. Leyds recule.
Image 7. Dupont a fixé (cercle), Seuteni monte en pointe (flèche droite), et Ntamack change sa course pour l'éviter. Leyds recule. Canal +

78e minute : l'hésitation de Leyds, la classe de Ntamack

Face à Sclavi et Leyds - qui doit aussi faire un choix entre se concentrer sur le ballon ou rester vigilant sur l'extérieur à cause des quatre Toulousains, certes en retard, mais potentiellement dangereux - Romain Ntamack prend l'option de breaker dans la défense. Sa vitesse fait la différence face au pilier. La classe de l'ouvreur fait le reste, et notamment son attitude de laisser croire au Sud-Africain qu'il peut écarter avec une fine feinte de passe. Quelques centièmes de secondes qui mettent Leyds dans l'embarras. Le bras gauche de Ntamack finit par écarter définitivement l'ailier, qui n'a eu de cesse de reculer depuis la prise de balle du joueur. 

78e minute : la détresse de Berjon

Après ? L'ouvreur fait parler ses cannes. Thomas Berjon est pris à l'intérieur. Le demi de mêlée n'a pas anticipé la prise d'intervalle et couvrait le deuxième rideau en "glissant". L'autre erreur défensive est sans doute ici : en communiquant davantage avec son arrière Brice Dulin qui veille sur sa droite, Berjon aurait pu se concentrer sur sa défense intérieure. Difficile de lui en vouloir, car la montée de Seuteni a complètement perturbé l'équilibre rochelais.

L'ESSAI DE LA GAGNE !! @RomainNtamack aplatit un incroyable essai à 1 minute de la fin du match et offre le Brennus au @StadeToulousain !#FinaleTOP14 pic.twitter.com/6FT3YOHIhU

— CANAL+ Rugby (@CanalplusRugby) June 17, 2023

Romain Ntamack déroule sa foulée sur plus de 50 mètres, et Raymond Rhule est bien trop court pour le rattraper. Douze temps de jeu, presque deux minutes, et une course légendaire plus tard, le Stade toulousain reprend l'avantage pour s'envoler vers son 22e Bouclier de Brennus. "On était en contrôle, il restait trois minutes. Bien sûr, il y avait un danger mais c’est surtout venu par les “exceptionnel skills” de Romain Ntamack, rendait hommage Ronan O'Gara. Il y avait des individualités exceptionnelles. Si ce n’est pas Ntamack, c’est Dupont. Ce sera à nous de dire la prochaine fois “stop”. Parce que l’on a gâché l’opportunité, c’est ce qui me rend triste."

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Les commentaires (3)
Tchavo Il y a 7 mois Le 01/08/2023 à 19:33

Dans les dernières minutes de cette finale que La Rochelle a dominé , alors que rien ne semblait pouvoir priver du titre cette excellente équipe , lors d'une dernière attaque du Stade Toulousain , Seuténi c'est désolidarisé de sa ligne de défense , mal inspiré , il est monté en pointe et manqué sont plaquage , ça a ouvert une brèche dans laquelle N'tamack c'est engouffré , ses jambes ont fait le reste .

CasimirLeYeti Il y a 8 mois Le 20/06/2023 à 15:26

Si je me suis abonné au Midol, c'est pour ce genre d'analyse. Moi, sur le coup, ce que j'avais surtout remarqué, c'est que Romain s'était décalé...

Nanot11000 Il y a 8 mois Le 18/06/2023 à 15:47

il a tout ce garçon ! la classe en tant que joueur qui accompagnent de vraies valeurs humaines. Bravo champion.