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Paia'aua : "Je passais des heures à regarder des highlights de Ma'a Nonu"

Paia'aua : "Je passais des heures à regarder des highlights de Ma'a Nonu"

Le 25/03/2021 à 09:00

TOP 14 - Deuxième joueur le plus utilisé depuis le début de saison sur la rade, Duncan Paia'aua s'est imposé comme l'animateur privilégié de l'attaque toulonnaise. Capable de réaliser des coups d'éclat, d'alterner au besoin mais également de distribuer quelques plaquages appuyés, l'Australien semble aujourd'hui indispensable au bon fonctionnement du collectif varois.

Duncan, comment allez-vous après cette trêve internationale ?

Je suis en pleine forme, j'avais besoin de ce break (sourire). C'est ma première véritable saison de Top14, et il y a beaucoup plus de matchs qu'en Super Rugby : le corps avait donc besoin d'un peu de repos. La tête aussi. Mais c'est bon d'être de retour.

Justement, vous qui n'aviez jusqu'alors connu que le Super Rugby, est-ce qu'une saison qui démarre en août et se termine en juin vous semble un marathon ?

Oui, c'est une sorte de marathon, mais c'est ce que j'adore dans le rugby français : il nous permet de jouer tous les week-ends (rires). Chaque semaine je suis excité car je sais qu'on va s'entraîner, mettre en place le plan de jeu et affronter un adversaire. C'est également ce qui nous permet d'observer notre progression semaine après semaine.

Qu'est-ce que cela change au quotidien ?

La façon de manager son corps est forcément différente. J'ai appris à faire plus attention, à prendre soin de moi. C'est la priorité si on aspire à être performant tout au long d'une saison de Top14.

Justement : vous êtes le deuxième toulonnais le plus utilisé cette saison, et après votre blessure d'un an (N.D.L.R. rupture du tendon d'Achille, en août 2019), vous n'avez plus connu le moindre pépin physique. Comment l'expliquez-vous ?

J'ai compris comment fonctionnait mon corps. Je viens une heure et demi, voire deux heures avant chaque séance d'entraînement pour m'échauffer, m'étirer et prendre soin de moi. Et après l'entraînement je ne néglige plus du tout ma récupération, contrairement à ce que je pouvais faire par le passé. Ne pas jouer pendant un an m'a fait réaliser pas mal de choses, et notamment que je voulais jouer, et ne plus regarder les mecs depuis les tribunes...

Vous entrez dans la dernière ligne droite de la saison : comment l'appréhendez-vous ?

Il est déterminant que l'équipe continue de monter en puissance. Nous sommes actuellement dans le top 6 en championnat, mais nous souhaitons terminer à l'une des quatre premières places. En ce sens, il est important de remporter les trois prochains matchs (N.D.L.R. contre Lyon, Montpellier et Agen) si on veut se rapprocher de la qualification pour les phases finales. Il faudra également penser à la Champions Cup, car le groupe est déterminé à faire un coup. Le calcul est donc simple : il va falloir être bons tous les week-ends et élever notre niveau. On n'a pas le choix.

Vous allez croiser la route de Lyon ce week-end. Les Lyonnais sont septièmes, à cinq points de la sixième place sur laquelle vous êtes pour l'instant assis. C'est l'occasion de faire un break au classement...

On sait que ce sera un match très difficile. Il y a beaucoup d'anciens Toulonnais à Lyon, et c'est forcément un rendez-vous particulier. Lyon pratique un bon rugby en ce moment, et au regard du classement, il est important de ne pas leur laisser la victoire, même si nous allons à nouveau devoir nous passer de nos internationaux français...

Et notamment de votre charnière Serin/Carbonel. Comment l'appréhendez-vous ?

Nous sommes privés de certains de nos meilleurs joueurs depuis plusieurs semaines, mais nous avons de bons mecs ici, qui ont été capables d'élever leur niveau durant cette période. Alors, je pense que si l'équipe se montre à nouveau solidaire, elle est capable de tenir tête à Lyon. L'absence de 10 ? On a des solutions, et si chacun donne un coup de main à celui qui démarrera à l'ouverture, on peut faire quelque chose. Ensuite les internationaux rentreront, et ce sera plus simple.

Vous parliez précédemment de la Champions Cup. Vous allez croiser le Leinster : comment préparez-vous cette échéance ?

Le Leinster est une super équipe, qui pratique un rugby clinique. Il faudra vraiment proposer notre meilleur rugby pendant 80 minutes et réaliser un match parfait si on veut rivaliser. C'est un immense challenge qui nous attend. Pouvoir se confronter à l'une des meilleures équipes européennes, et même au monde, c'est excitant.

Pour revenir à vous : vous êtes à Toulon depuis presque deux ans, mais c'est votre première "vraie saison". Comment la vivez-vous ?

Ici, tout est génial : la météo, la ville, le rugby, les gens. Ma femme est heureuse ici. La communauté rugby est passionnée. Je me sens bien dans le groupe. Je suis donc vraiment épanoui, et je n'ai jamais regretté d'avoir quitté l'Australie pour venir à Toulon. Puis je pense que cela se ressent dans mon jeu : j'ai l'impression d'avoir progressé en tant que joueur depuis que je suis au RCT.

Sur quels points ?

On m'a donné plus de responsabilités. Sur le terrain, mais également en dehors, comme je vous l'expliquais sur la façon de manager mon corps. C'était un véritable challenge après ma longue blessure, mais j'avais ce besoin de rendre au club la confiance qu'il avait continué de m'accorder malgré une année d'absence. Je voulais rattraper le temps perdu, et j'espère y parvenir chaque semaine.

Sur le terrain, quelle a été votre principale progression ?

Je suis plus collectif encore que je ne l'étais par le passé, car je comprends de mieux en mieux ce qu'on peut attendre de moi. J'ai beaucoup appris aux côtés de joueurs comme Ma'a Nonu ou Isaia Toeava. Ils me donnent beaucoup de conseils, m'expliquent comment mieux me placer, être plus utile pour l'équipe. C'est très enrichissant.

Comment analysez-vous votre début de saison ?

Je dirais qu'il est ok, mais j'aimerais être encore meilleur... Je dois progresser, monter en puissance. En défense, notamment. Je dois apprendre à travailler plus collectivement. C'est une marge de progression importante.

En parlant de votre défense : vous avez reçu trois cartons jaunes et un rouge depuis le début de saison. Comment l'expliquez-vous ?

Je ne sais pas trop... Je suis l'un des plus petits joueurs sur le terrain, donc être agressif en défense m'a permis de m'imposer et d'aider l'équipe, mais maintenant je dois réussir à rester à la limite : je ne dois plus être pris sur des plaquages hauts. Je suis un défenseur agressif, mais je ne dois plus prendre de cartons, ça pénalise l'équipe... J'adore défendre, et j'aime qu'on me considère comme un défenseur agressif, pas comme un défenseur maladroit, méchant...

Le rugby est-il aussi différent qu'on ne peut le dire entre l'hémisphère nord et l'hémisphère sud ?

Oh oui ! Déjà, le Top14 est un peu plus lent, mais les mecs sont tellement costauds (sourire). Il y a de la force et des joueurs solides à tous les postes. C'est une approche différente de notre sport, mais je pense que les meilleures équipes françaises pourraient rivaliser avec les meilleures équipes néo-zélandaises et australiennes. Dans quel rugby je me sens le plus à l'aise ? Les deux, sincèrement. Ce sont des challenges différents, mais j'adore ces deux visions du rugby.

Vous avez joué 10, 12, 13 et 15 cette saison. Quel est votre poste de prédilection ?

Je pense que je suis plus à l'aise en premier centre, mais je me sens privilégié de pouvoir porter le numéro 13 à côté de Ma'a, qui est l'un des meilleurs 12 au monde. Donc je dirais 12 en général, mais 13 quand Ma'a est présent (sourire).

D'ailleurs, qu'est-ce que cela représente pour vous d'évoluer à ses côtés ?

Il faut bien se rendre compte que plus jeune, à l'école, au lieu de faire mes devoirs, je passais des heures à regarder des vidéos des highlights de Ma'a sur mon ordinateur (rires). C'est incroyable de pouvoir dire qu'aujourd'hui il est mon coéquipier.

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