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6 Nations 2024 - "Faites la guerre, pas l’amour" : la présentation du Crunch France - Angleterre

  • Anglais et Français ont encore en mémoire la claque infligée par les Bleus de Thomas Ramos au XV de la Rose de Freddie Steward à Twickenham (53-10).
    Anglais et Français ont encore en mémoire la claque infligée par les Bleus de Thomas Ramos au XV de la Rose de Freddie Steward à Twickenham (53-10). PA Images / Icon Sport
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Séduisants à Cardiff et revigorés par les cinq essais aplatis au pays de Galles, Grégory Alldritt et ses coéquipiers abordent à présent le Crunch habités d’une foi nouvelle. Mais la jeunesse française est-elle prête à relever le combat que lui a promis l’Angleterre ?

Il est des scores qu’on n’oublie pas. Des suites irrationnelles de chiffres qui frappent la mémoire collective et ressurgissent, cycliquement, dans les goulets de ce canard presque centenaire, autour d’une ordinaire machine à café ou sur le comptoir en zinc d’un rade honorable. Il y a parmi eux, et avant tous les autres, le 43-31 de l’automne 1999, chef-d’œuvre de Twickenham auquel on adosse bien souvent le qualificatif de "match du siècle"… Et au sujet duquel on n’aura pas l’outrecuidance de vous rappeler les forces en présence. Il y a aussi, mais pour d’autres raisons, le 52-10 du Parc des Princes, sinistre après-midi de l’an de grâce 1997 où, face à quinze Springboks sous ventoline, les Bleus avaient dans un bain de larmes dit adieu à une enceinte incomparable ainsi qu’à la relative compassion qu’ils avaient jusque-là pour les asthmatiques. Il y a enfin, concomitant ou presque avec le septième 49-3 d’Élisabeth Borne contre l’Assemblée nationale, le 53-10 qui survint l’an passé au sud-ouest de Londres : une branlée monumentale, inoubliable, orgasmique ; un délire de rugby, sept essais français et, sur une terre qui vit naître ce jeu, ces éclats de voix si gaulois qui doivent encore résonner en leurs cabèches. "Fermez les portes de Twickenham ! hurlait Dimitri Yachvili aux 7 millions de téléspectateurs recensés ce jour-là. Il faut que les Anglais profitent du spectacle jusqu’au bout !" "Au bout d’un moment, nous dirait de son côté Laurent Labit dans une quasi-synchronicité, on en était presque gênés. Qu’on le veuille ou non, ce match restait un crunch…"

Douze mois ont passé depuis que la bande à Galthié a signé, dans la cosy banlieue londonienne, le plus beau match de sa jeune aventure. Un an que les boys de Steve Borthwick, dont huit ont vécu la fessée en direct, ressassent à l’envi cette humiliation subie face à leurs pères et sous les yeux de leur roi. So what, England ?* C’est une sanglante vendetta que s’apprête aujourd’hui à lancer la Rose dans la cité des Gaules. Et c’est une bête blessée, meurtrie, encore écorchée vive qui débarque du bon côté de la Manche pour piétiner les espoirs nés de la dernière victoire française à Cardiff (24-45) et tenter d’adoucir la brûlure qu’une troisième place en Coupe du monde n’a jamais vraiment effacée.

Albion murmure à l’oreille de Galthié

Dès lors ? Préparez-vous à la guerre, les petits. Préparez-vous à vivre un crunch comme on les aime. Un crunch fiévreux, angoissant et brutal. Et si, malgré le récent succès des grands britons face à l’Irlande (23-22), vous doutez encore de la viabilité d’une équipe dont le pilier droit (Dan Cole) se porte encore fort bien pour un sexagénaire (sic), gardez en tête ce que représente, pour nos esprits cocardiers et volontiers manichéens, le duel entre la France et l’Angleterre. Gardez en tête que lorsqu’il est question de vous, on redouble là-bas d’imagination et l’on se marre en ces termes : "Pourquoi Jésus n’est-il pas né en France, my dear ? - Mais parce qu’on n’a pas pu y trouver trois sages et une vierge, sir !" Ou plus cruel encore : "Pourquoi les tanks français ont-ils des rétroviseurs, my love ? - Pour avoir une chance d’apercevoir la ligne de front, darling !"

De fait, le torchon brûle entre Frogs et Rosbeefs depuis des lunes ; depuis que le régent Bedford, en réalité, a cramé vive la seule pucelle d’un pays aux mœurs légères. C’est qu’il y a bien davantage, entre la France et l’Angleterre, que trente kilomètres d’eau salée. Il y a plusieurs siècles de chienlit et mille ans d’incompréhension : car s’il leur faudrait plusieurs vies pour enfanter d’un Dupont, d’un Ramos ou d’un Blanco, on n’aurait pas assez de l’éternité pour apprendre à nous taire et rester dignes, lorsque George Ford et sa couperose s’élancent pour tirer aux buts. "Le crunch est le seul match qui me fasse regretter ma jeunesse", a coutume de dire Brian Moore, le grand Satan des années folles. Le seul match qui mobilise autant l’inconscient collectif des deux plus grands pays du rugby. Le seul qui aurait pu remplir trois fois une arène lyonnaise pourtant lestée de 60 000 sièges…

A lire aussi : France - Angleterre. Nolann Le Garrec (XV de France) : "La chistera ? Si c’était à refaire, je referais exactement la même chose"

Le meilleur pour la fin

Cette semaine, et comme l’avait très justement fait Warren Gatland avant le dernier Galles - France, l’ennemi anglais a donc magistralement orchestré la guerre des mots : au gré des chroniques hebdomadaires de Clive Woodward, qui n’est clairement pas la truite la plus oxygénée du ruisseau, Albion murmure à l’oreille de Fabien Galthié que son "Gargantuan Pack"* n’est pas armé pour survivre au rythme que ne manqueront pas d’imposer samedi les bourreaux de l’Irlande. Autour de l’ancien sélectionneur de la Rose, s’ouvre même une faille spatiotemporelle au bout de laquelle ressurgit ce que disait naguère le terrifiant Mike Skinner, après avoir renversé Marc Cécillon : "Quand tu affrontes les Français, il faut humilier le plus costaud d’entre eux." Et si Emmanuel Meafou se demandait comment Maro Itoje, George Martin et Sam Underhill comptaient lui souhaiter la bienvenue sur le circuit international, il a désormais matière à réfléchir…

C’est que le temps est venu, garçons, d’effacer les plaisirs badins de votre dernière promenade au pays de Galles, de crever le nuage sur lequel vous êtes installés depuis dimanche soir et enfin solder les comptes d’un Mondial foiré. Parce qu’aussi affriolante eut été, par moments, la prise de Cardiff, elle n’aura rien de commun avec ce que présenteront samedi les Anglais en termes d’agressivité, de rapidité, de méchanceté, de vice ou de talent, puisque le numéro 8 Ben Earl, le deuxième ligne George Martin et le trois-quarts centre Ollie Lawrence n’en sont évidemment pas dépourvus.

Sur cet ultime round où quatre équipes sont mathématiquement encore en mesure de remporter la compétition, au terme du chemin tortueux emprunté par la sélection tricolore dans le Tournoi 2024, le XV de la Rose fait à présent figure de juge de paix pour ces jeunes gens pleins d’avenir entraperçus çà et là, au pays de Galles : ceux-ci répondent à Lyon avec l’aplomb et la fougue qu’ils ont déployée devant les 80 000 spectateurs du Principality Stadium et on se demandera pourquoi Fabien Galthié a-t-il autant attendu, avant de les jeter dans la fosse aux lions ; ils se trouent et on dira, peut-être, que le rugby d’en haut leur est pour le moment inaccessible, avant d’en appeler aux retours immédiats des absents (Woki, Danty, Dupont…) et à un repli sur soi pour le moins brutal, en matière d’animation offensive. Parce qu’in fine, n’oubliez jamais, les petits : certains, tel Dimitri Yachvili en 2005, ont bel et bien bâti leur carrière sur un crunch. Mais d’autres, comme Jules Plisson en 2015, y ont enseveli la leur, ne laissant à la postérité que l’image insoutenable d’un plaquage au thorax meurtrier…

* Alors quoi, Angleterre ?

** pack gargantuesque

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Les commentaires (6)
butcher Il y a 2 mois Le 16/03/2024 à 11:27

Le décor est planté et parfaitement raconté !

Abkhaze Il y a 2 mois Le 15/03/2024 à 10:55

Une exagération tous les deux mots, ça finit par être indigeste. Quel style ampoulé... pour rien.

Djive-ST Il y a 2 mois Le 15/03/2024 à 01:05

Beaucoup de verbiage pour faire monter la sauce ! Qu'il serait bon de voir un Duzan sonner la retraite et le voir courir à perdre haleine comme un irréductible bouffeur de grenouille poursuivis par une horde de Rosebeefs voulant lui faire engorger ses mots !

fojema48 Il y a 2 mois Le 15/03/2024 à 07:50

Duzan ou du flan c'est selon !