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Amateurs / Nationale 1 et 2 - Enquête sur les Nationales (2/2) - "Il faut une refonte totale" alerte le président d'Auch Bernard Salam

Par Nicolas Augot avec N.Z.
  • Auch est actuellement cinquième de la poule 2 de Nationale 2.
    Auch est actuellement cinquième de la poule 2 de Nationale 2. DDM - Sébastien Lapeyrere
Publié le Mis à jour
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Avec Lannemezan, Fleurance et Valence-d’Agen, Bernard Salam président du RC Auch, tire la sonnette d’alarme depuis plusieurs semaines sur les réalités économiques de la Nationale et de la Nationale 2. Il demande une refonte de ces deux championnats.

Vous alertez depuis plusieurs semaines sur les difficultés financières rencontrées par les clubs de Nationale et Nationale 2. Quelle est votre analyse actuelle ?
La Nationale et le Nationale 2 ne sont pas viables. C’est la catastrophe. Par exemple et pour être concret, l’an dernier à cette même date, nous avions 132 500 € de recettes. À ce jour, nous sommes à 31 000 € de recettes. L’an dernier, notre bodega affichait 65 000 € de recettes contre 31 000 € cette saison. Nous avions 41 000 € d’abonnements la saison dernière et seulement 26 000 € cette année. Je ne parle même pas des frais de déplacement ni des frais d’hôtellerie. L’an dernier à ce jour, nous avions 10 000 € de frais d’hôtels contre 40 000 € pour l’instant, cette année.

Une refonte de ces compétitions est-elle inévitable ?
Il faut une refonte totale de ces deux championnats ! Il est impossible de tenir sur la durée. Nous devons revenir à des poules plus "locales", que l’on joue contre Tarbes, Blagnac et compagnie, ou d’aller de Saint-Jean-de-Luz à Narbonne. Pourquoi pas. Là, nous devons aller huit fois dans la vallée du Rhône ! Nous arrivons au bout de la formule actuelle, d’autant plus que nous jouons le jeu, avec un centre de formation et une école de rugby au top mais cela nous coûte 240 000 € par an. Nous voulons faire les choses sérieusement et nous ne sommes pas récompensés. Nous n’avons aucun problème au niveau sportif mais financièrement, nous n’avons plus de recettes. Qui va venir nous voir jouer ce dimanche contre Aubenas ? Comment les supporters de Dijon peuvent venir à Auch ?

Pensez-vous que tous les clubs seraient favorables à une refonte ?
Je ne vais pas parler pour tout le monde et dire que tout le monde serait d’accord. Mais j’étais avec le président de Mâcon dernièrement. Il a réduit son budget de 600 000 euros car il n’a pas de monde au stade. C’est le problème.

Est-ce devenu impossible de vivre derrière le rugby professionnel ?
Il faut bien comprendre que je suis admiratif du Top 14. Je suis admiratif de Pau, Bayonne, Toulouse et La Rochelle. Quand vous êtes dans ces stades, vous avez la chair de poule tellement c’est beau. Les clubs professionnels ont réalisé un travail fabuleux. Mais la FFR et même la Ligue doivent réagir car sinon, il n’y aura plus de clubs formateurs.

Ressentez-vous une inquiétude grandissante ?
L’inquiétude doit être générale. J’ai de très bons rapports avec Vincent Merling et Didier Lacroix, je sais qu’ils sont conscients de notre problème. Ils sont conscients que le Top 14 aspire tout : le public et l’argent. Il faut une bien meilleure redistribution des revenus. Il faut aussi se pencher sur le rugby en général après le Pro D2. Ce n’est plus viable ! C’est impossible, derrière le rugby professionnel. Je crois savoir qu’entre vingt-cinq et trente clubs sont en danger sur le plan financier actuellement. Je pense que Florian Grill est conscient de la situation et que l’on ne peut pas continuer comme ça. Il doit venir dans le Gers le 1er mars, on va lui expliquer la situation.

Sportivement, c’est pourtant un succès

Le paradoxe lié aux difficultés de la nationale réside dans le fait que jamais cette division n’avait aussi bien fonctionné sportivement, et préparé ses concurrents à accéder au niveau professionnel…

C’était l’argument massue des thuriféraires de la création de la Nationale : plus que jamais, le rugby français avait besoin d’un échelon intermédiaire pour permettre aux clubs aspirants à l’accession en Pro D2 d’évoluer dans un championnat à même de les préparer au rugby professionnel. Entendez par là, éviter de rencontrer des équipes semi-amateures voire amateures, dans le cadre de la Fédérale 1, et par là les risques d’ascenseur pour l’échafaud…

Le hic ? Il est que les premières saisons n’ont finalement pas convaincu grand monde. Lors de sa première saison en 2020-2021, la Nationale avait en effet promu les clubs de Bourg-en-Bresse et Narbonne. Lesquels ont respectivement terminé la saison 2021-2022 aux avant-dernière et dernière places de Pro D2, synonymes de relégation… D’ailleurs, les promus de 2021-2022 n’ont pas non plus fait des étincelles la saison suivante en Pro D2, puisque Massy a terminé bon dernier (avec sept victoires seulement) tandis que, si Soyaux-Angoulême s’est sauvé, ce fut à égalité de points avec Carcassonne (52). Autant dire qu’aux yeux des contempteurs de la Nationale, l’intérêt sportif de cette division intermédiaire laissait à désirer… Jusqu’à ce que, comme par enchantement, celle-ci semble enfin trouver son rythme. Et permette enfin à des clubs comme Dax (actuel brillant 8e de Pro D2) ou Valence-Romans (13e) de s’adapter au niveau professionnel sans le moindre temps d’adaptation.

De quoi conclure que la Nationale semblait enfin cohérente, pile au moment où certains aspirants commencent à tirer la langue du point de vue financier, et que les milieux pros et totalement amateurs - à l’image de la promotion du club de Vienne - sont de nouveau entrés en collision ? C’est malheureusement une évidence, que ne pouvait que déplorer Pascal Papé, directeur sportif de Bourgoin. "C’est dommage d’en arriver à ces forfaits car ça ne représente pas le niveau de la Nationale sur le plan sportif. Cette division devient super chouette sportivement et il faut qu’elle continue à exister, avec un cahier des charges très solide à faire respecter, sous peine d’en revenir à ce qui s’est passé avec la poule Élite." Un constat devant lequel la FFR comme la LNR (qui cofinance, faut-il le rappeler, cette compétition) ne peuvent malheureusement plus fermer les yeux…

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Les commentaires (1)
jaimepaslesendives Il y a 1 mois Le 22/02/2024 à 15:54

Très bon article.
Il est vrai nous sommes tellement Aspiré par le haut du panier.
Au fond , notre vivier ; qui s'il n'est pas cultivé tombera en friche .
Ces "petits" clubs ont produits combien d'internationaux ?
énormément !
à méditer Messieurs des instances !