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Nationale - La Nationale, un univers économique impitoyable

Par Guillaume CYPRIEN
  • Le SO Chambéry dispose désormais d’un stade dernier cri, le Chambéry Savoie Stadium. Des installations qui vont permettre aux dirigeants chambériens de diversifier leur activité et de faire rentrer de nouvelles recettes.
    Le SO Chambéry dispose désormais d’un stade dernier cri, le Chambéry Savoie Stadium. Des installations qui vont permettre aux dirigeants chambériens de diversifier leur activité et de faire rentrer de nouvelles recettes. Photo Philippe Gervasoni
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Alors que la compétition déroulait tranquillement sa quatrième année d’exercice, le dépôt de bilan de Blagnac a révélé la difficulté des clubs à tenir les exigences sportives d’une division tirée en avant par les clubs les plus armés économiquement. C’est un pavé dans la marre.

En 2018, feu la poule élite, la première expérience d’une division "sas" de préparation au Pro D2, avait été stoppée nette après deux années d’exercice seulement, en raison de sa dynamique mortifère. Elle avait broyé trop de clubs qui souhaitaient y figurer au risque de prendre des risques financiers inconséquents. En 2016, Saint-Nazaire déposait son bilan puis Auch en 2017 et Strasbourg en 2018. Le dépôt de bilan des Blagnacais a rappelé que la course à l’armement pouvait toujours faire des victimes dans la nouvelle mouture de la division Nationale. "Ce n’est pas comparable", tempère Olivier Pouligny, qui porte une double casquette de coprésident de Suresnes et de chargé de mission fédéral sur cette question. "Pour la poule élite, la Fédération avait établi des critères d’adhésion très contraignants et hors sol. Les clubs n’avaient pas été associés à sa création. Elle n’a pas commis la même erreur pour la Nationale. Elle a consulté les clubs et ils suivent un cahier des charges avec lequel ils sont en accord." Ce qui n’a pas empêché l’un des demi-finalistes de la saison dernière de tomber dans le piège du mirage économique. Un cas isolé ? Les autres disent que leur situation est tendue mais maîtrisée, dans cette division qui devient toujours plus contraignante. Sur le plan sportif, la Nationale répond à toutes les attentes. Elle propose un championnat toujours plus homogène et concurrentiel. Les situations avantageuses de Dax et Valence-Romans en Pro D2 sont un autre indicateur satisfaisant. Pour la première fois, deux promus semblent pouvoir se maintenir en Pro D2. Les clubs sont donc mieux préparés pour aller chez les pros. Mais sur le plan économique, dans un contexte général de crise, cette concurrence sportive la rend toujours plus acrobatique.

Pas de diffuseur

Tous les présidents soulèvent le même constat du paradoxe de ce niveau de compétition : ils participent à un championnat pro dans un cadre amateur. Ils constituent pour la grande majorité des effectifs et des staffs comparables à ceux du Pro D2 mais sans percevoir les dividendes des droits télé. C’est la grande question. L’expérience de la saison dernière, quand la FFR avait conclu un accord avec "Sportall.fr", une plateforme de streaming sportif, a montré la difficulté d’intéresser les diffuseurs. Le modèle économique n’a pas fonctionné et le partenariat a tourné court. "On travaille sur le sujet, commente Xavi Etcheverry, le responsable des compétitions fédérales. Nous avons deux ou trois pistes mais le dossier n’est pas du tout avancé. Pour l’instant, on ne peut rien dire."

Pressés économiquement, les clubs imaginent donc des solutions alternatives pour remplir leurs caisses et surtout les plus ambitieux. À Bourgoin, le plus gros budget de la division (5,9 millions d’euros), le président Henri-Guillaume Gueydan a créé une holding et débloqué un prêt de 3,7 millions d’euros pour construire une nouvelle tribune avec toutes les commodités de prestations de service. "On ne peut pas faire vivre une ambition de Pro D2 avec treize matchs à domicile dans l’année, explique-t-il. Il faut créer des actifs et imaginer des évènements du quotidien. Avec cette nouvelle tribune, nous intéressons des entreprises pour leurs séminaires, qui reviennent au stade voir une rencontre et qui peuvent devenir partenaires." Après quatorze mois de fonctionnement, ce nouvel outil génère déjà un chiffre d’affaires de 1,4 million d’euros et quelques bénéfices. À Bourg-en-Bresse, qui dispose de la plus grande affluence de la division (4 500 spectateurs de moyenne), et d’un stade déjà bien équipé, la réflexion est identique. Le club avait frôlé la catastrophe la saison dernière, en construisant un effectif très compétitif sur le pari de sa remontée immédiate en Pro D2. Son échec sportif l’avait mis en grande difficulté économique avant que Dominique Louis ne reprenne la présidence. Il a comblé les trous mais l’expérience a débloqué une conscience. "On ne plus s’engager de la sorte, explique le directeur administratif Clément Sourioux. Chez nous, tout confondu, les recettes de match, c’est 8 % du budget. C’est énorme par rapport aux autres mais ce n’est pas grand-chose. Et les partenaires sont assez frileux. Nous devons imaginer des revenus différents. Nous développons aussi l’activité des séminaires chez nous et la création d’actif est notre question essentielle du moment." Pour ces clubs - les plus importants - leurs infrastructures sont donc devenues des outils à rentabiliser, ce qui n’est pas une opération automatique. Celui de Chambéry a reçu un petit bijou de stade flambant neuf de 5 000 places en début de saison. Il avait parié sur un niveau de rentabilité qui n’a pas été atteint malgré le doublement de son public. "On ne s’y retrouve pas encore, explique le coprésident Philippe Pierdominico. On nous a donné une Ferrari mais on se rend compte qu’elle consomme beaucoup et que l’entretien est très cher. Notre niveau de rentabilité par rencontre était supérieur sur notre ancien stade obsolète. Nous réfléchissons à la façon de faire venir encore plus de monde et de développer une activité annexe durant la semaine."

Pour les autres clubs, qui ne disposent pas d’infrastructures de ce type, le niveau de concurrence sportive de la division pousse aux extrêmes limites économiques. Quand Patrice Teisseire a repris la présidence de Hyères-Carqueirannes en urgence, à la suite du départ inattendu du président mécène Alain Brenguier, il n’imaginait pas que pour la première fois de sa vie, "[il] subirait une vraie charge mentale. J’ai plusieurs activités professionnelles et aucune ne me donne ce sentiment. Il faut serrer les vis de partout". En ce moment, il boucle des opérations pour finaliser son budget. Pour la saison prochaine, il annonce déjà une baisse de près de 200 000 €. Concourir dans la Nationale, cela se paie et ne rapporte pas grand-chose.

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Les commentaires (1)
cardonavirus Il y a 20 jours Le 11/02/2024 à 09:00

Sinon après le forfait de Blagnac, c'est quand qu'on aura un classement actualisé sur le midol ?