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Interview croisée avec Joe (Pau) et Sam (Montpellier) Simmonds : "Il y a des choses qu’on n’oubliera jamais"

Par Yanis Guillou
  • Joe Simmonds ouvreur de la Section paloise (à gauche) et son frère Sam Simmonds, troisième ligne du MHR (à droite).
    Joe Simmonds ouvreur de la Section paloise (à gauche) et son frère Sam Simmonds, troisième ligne du MHR (à droite).
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Alors qu’ils s’affronteront sur la pelouse du GGL Stadium de Montpellier ce samedi, les frères Simmonds se sont prêtés au jeu de l’interview croisée. Une façon de connaître leurs sentiments avant ce rendez-vous spécial.

Vous allez être opposés lors du match entre Pau et Montpellier ce samedi. Est-ce une première pour vous ?

Sam : oui, c’est la première fois tous sports confondus que nous allons jouer l’un contre l’autre. À part lorsque nous étions petits et que nous jouions à deux au rugby ou au football à la maison, nous n’avions jamais été adversaires. C’est un sentiment bizarre mais c’est excitant. Nous avons disputé tellement de matchs ensemble par le passé… Ça va être quelque chose de nouveau pour chacun d’entre nous.

Joe : j’espère que nous allons tous les deux être titulaires !

Appréhendez-vous ce rendez-vous ?

Joe : pour moi, c’est un peu bizarre. Ce n’est pas une chose à laquelle j’avais vraiment pensé jusqu’à maintenant. C’est difficile de mettre des mots sur ce que je ressens. Ce sera juste un match normal pour nous deux et je suis sûr qu’après le match, nous reviendront dessus.

Vos récentes discussions ont-elles été animées par un certain chambrage ?

Joe : nous avons plusieurs amis qui viennent pour voir le match mais nous n’avons pas encore vraiment plaisanté dessus. Il y aura à coup sûr plusieurs blagues en fonction de qui va gagner mais pour le moment, il n’y a que les potes et les membres de la famille qui ont balancé quelques phrases.

Sam : nous espérions un meilleur début de saison mais heureusement avec Montpellier, nous sommes désormais meilleurs. Nous commençons à enchaîner les victoires à domicile donc j’espère que nous pourrons gagner le prochain contre l’équipe de mon frère. Ils ont connu quelques matchs compliqués en Top 14, donc c’est le bon moment pour les jouer… (Sam lance un sourire narquois et les deux se marrent).

Vous avez joué ensemble pendant sept ans à Exeter. Comment était-ce en tant que frères ?

Joe : après nos carrières, c’est quelque chose dont nous allons nous souvenir. En fait, même maintenant, après être partis d’Exeter et avoir rejoint deux clubs différents, nous nous rendons compte à quel point c’était bien et ô combien cela nous a aidé, notamment moi, pour performer. Il y a des souvenirs que je n’oublierai jamais. Jouer avec son frère pendant sept ans est quelque chose que j’ai adoré mais comme le dit Sam : désormais, c’est un défi différent qui nous attend. Nous serons peut-être assez chanceux pour jouer de nouveau ensemble mais pour le moment, nous avons un gros match à jouer.

Sam : je me sens juste très chanceux. D’abord d’avoir joué tant de match pour Exeter et ensuite d’avoir joué la majorité de ces matchs avec Joe. Nous empruntons des chemins différents désormais mais nous ne sommes pas si loin. Il n’y a que quelques heures de route entre nous donc nous essayons de nous voir quand nous le pouvons. Vous ne savez jamais de quoi l’avenir est fait et peut-être que nous rejouerons ensemble dans le futur. Si ce n’est pas dans l’univers professionnel, cela pourrait être en amateur dans notre ville d’origine, à Teignmouth.

Ensemble, vous avez gagné la Premiership et la Champions Cup. Les émotions étaient-elles plus intenses puisqu’elles étaient partagées entre frères ?

Sam : je le pense. Gagner avec Exeter est un accomplissement incroyable. Cela ajoute de l’émotion et un esprit passionnant quand vous jouez aux côtés de plusieurs de vos meilleurs amis mais aussi de votre frère. Cela m’a aussi aidé à être performant. Lorsque Joe ne jouait pas ou que je n’étais moi-même pas dans l’équipe, je sentais que cela avait un impact sur notre jeu. Arriver à Montpellier et ne pas avoir Joe pour me guider ou pour voir ce qu’il faut faire sur le terrain, c’est différent. Pour autant, c’est un défi que j’apprécie.

Est-ce plus facile de dire les choses sur le terrain à son frère qu’à un simple coéquipier ?

Joe : vous vous sentez bien plus confortable lorsque vous donnez des consignes à votre frère. Il peut vous dire des choses que personne ne dirait. C’est différent désormais aussi pour moi parce qu’en étant un ouvreur, je donne beaucoup mon opinion, parfois trop. En arrivant à Pau, comme je n’avais pas de joueur que je connaissais autour de moi, je gardais pas mal de choses pour moi. En regardant en arrière, c’était bien de l’avoir si proche pour parler de choses dont je ne peux parler à personne d’autre. J’essaie de m’adapter dans mon nouvel environnement.

Joe, vous êtes le cadet mais vous étiez le capitaine d’Exeter. N’était-ce pas bizarre de devoir diriger son aîné ?

Joe : En grandissant, c’est plutôt Sam qui me disait de faire beaucoup de choses ! C’était clairement différent d’être plus jeune et d’avoir l’opportunité d’être le capitaine. C’était bien d’avoir un frère comme lui, je ne n’ai jamais rien pris pour acquis.

Sam : j’ai l’impression que l’équipe que Joe dirigeait comportait cinq ou six capitaines. Tout ne reposait pas sur lui. Il y avait Jack Yeandle, Henry Slade, Luke Cowan-Dickie, Dave Ewers, Jack Nowell… Joe a montré un caractère incroyable pour guider cette équipe et il a clairement montré qu’il méritait ce capitanat.

Sam, vous n’avez jamais dit : "Tu es le capitaine mais je suis le grand frère" ?

Joe : oh que si (rires).

Sam : plusieurs joueurs avaient des responsabilités dans cette équipe et je me mets dedans. Avoir le capitanat ne veut pas dire prendre toutes les décisions. Mais Joe a la tête sur les épaules et possédait le respect de l’équipe. Avoir été capitaine à 23 ans, ça vous classe un bonhomme.

Quel a été l’impact de Rob Baxter dans vos carrières ?

Sam : énorme. Il m’a donné l’opportunité en tant que jeune d’intégrer l’équipe. Il a eu confiance en moi. Je ne pensais pas que j’étais fait pour la troisième ligne à cause de ma taille, puisque j’étais un des joueurs les plus petits à jouer numéro 8. Rob a eu confiance en ma capacité à jouer dans le style de jeu d’Exeter. Il m’a aidé à me construire, comme tout son staff.

Joe : quand j’étais jeune, je n’étais pas une personne très confiante. Je ne pensais pas que j’allais un jour être capitaine d’une équipe. Ce n’était pas quelque chose dont je me sentais capable. Mais Rob a cru en moi et ne m’a pas seulement donné l’opportunité d’être capitaine, mais aussi de gagner des trophées. Je suis très reconnaissant.

Joe, nous avons ouïe dire que vous étiez le premier demi d’ouverture d’une famille habituée à la troisième ligne…

Joe : c’est vrai ! Dieu merci, je me suis tenu éloigné de la troisième ligne. Lorsque nous étions jeunes, Sam avait l’habitude de jouer derrière, en tant qu’ailier ou centre, mais il a ensuite logiquement choisi de rejoindre la troisième ligne pour jouer numéro 8. Notre père et notre oncle jouaient aussi à ce poste. Pour ma part, j’ai choisi de rester éloigné du dur labeur pour garder la balle.

Sam : Joe a vraiment les qualités techniques d’un numéro 10. Je n’avais pas ce type de qualités et mon père certainement pas non plus. Quant à mon oncle, je l’ai vu jouer : c’est un gros mec qui fonce juste sur les joueurs qu’il croise ! Ça doit venir de maman mais Joe a clairement pris la bonne décision en restant parmi les trois-quarts. Pour ma part, je pense que j’aurais pu rester derrière mais je voulais marcher dans les pas de mon père.

Peut-on dire que Joe est le petit protégé de la famille ?

Sam : je ne pense pas… (Il réfléchit) Peut-être en fait ! Pour être honnête, Joe a toujours été bon dans tous les sports qu’il a pratiqué. Il est bon au golf, au cricket, au football…

Joe : tu ne l’étais pas aussi en football ?

Sam : Hum, non.

Joe : quand nous étions jeunes, tous nos amis jouaient au football donc nous y jouions aussi. Mais rapidement, nous avons vu que nous ne serions pas footballeurs donc nous avons décidé de jouer au rugby à la place !

Quelle équipe supportez-vous au football ?

Joe : Manchester United mais c’est vraiment nul en ce moment…

Sam : Joe n’est pas vraiment un spécialiste du football. Je supporte Liverpool, le rival. Plus sérieusement, lorsque nous étions jeunes et que nous devions choisir entre un week-end football ou rugby, ça a toujours été football.

Sam Simmonds : "Je veux toujours jouer pour l’Angleterre"

Si vous deviez échanger vos postes sur un terrain de rugby, qui serait meilleur ?

Joe : c’est une question très difficile… Je pense que je serais meilleur à ton poste que toi au mien !

Sam : Je pense aussi… Joe peut facilement prendre du poids. Il peut arriver à 100 kg très vite. Il a déjà fait plusieurs matchs où il a réalisé de gros plaquages et de grosses percussions.

Joe : tu fais référence au match de la semaine dernière ?

Sam : oui, c’est ça… J’ai regardé plusieurs de ses matchs et il faudrait tout de même que Joe s’améliore au plaquage cette saison… Pour être sérieux, je pense que j’aurais du mal à jouer 10. Je ne ferais que porter le ballon et s’il y a une pénalité de la victoire, je n’aurais pas le cran pour la passer.

Vous avez donc rejoint la France en même temps. Cela est-il anodin ?

Sam : j’ai été à Exeter depuis mes 16 ans, donc pendant dix ans. J’ai adoré joué là-bas mais je sentais que j’avais besoin d’un nouveau défi dans ma carrière. J’avais aussi l’impression que je stagnais dans mes performances et il y avait du changement dans ma vie avec l’arrivée de ma fille. Montpellier est venu me parler et nous l’avons vu comme le bon choix. Ça a été une grosse décision mais je pense que c’est la bonne. Ma décision a été prise en août 2022 donc je l’ai évidemment dite à Joe. Pour toi je ne me souviens plus quand c’était…

Joe : c’était juste après Noël l’année dernière. Pour moi, tout est allé très vite. À Exeter, il y a un grand groupe d’amis qui est parti d’un coup et le fait que le départ de Sam était déjà acté a rendu ma décision plus facile. Mes performances n’étaient pas non plus là où elles auraient dû l’être et je sentais que j’avais beaucoup de pression. Je cherchais un autre défi ailleurs. C’est une des meilleures décisions que j’ai prise.

Vous avez tous les deux une histoire frustrante en sélection. Comment la décririez-vous ?

Sam : c’est dur parce qu’il y a eu un moment dans ma carrière où je sentais que je devais être sélectionné au sein de l’équipe d’Angleterre ou au moins dans le groupe élargi. J’ai manqué sélection après sélection pendant trois ou quatre ans. En même temps et bien que ce fut frustrant et décevant pour moi, c’est arrivé à d’autres joueurs. Ce n’était pas juste moi. Il y aura toujours des débats sur qui doit y être ou non. Tout cela m’a aidé à faire de bonnes saisons avec Exeter parce que j’ai l’impression que si j’avais été sélectionné plus souvent, peut-être que je n’aurais pas autant été en forme pendant la saison. La sélection a été un gros point de discussion avant de rejoindre la France. Je veux toujours jouer pour l’Angleterre mais je devais être réaliste.

Joe : pour ma part, c’est un peu différent. C’est sûrement plus frustrant pour Sam que pour moi parce que je n’ai jamais eu de contacts directs avec la sélection. Pour moi, ça a toujours été des attentes, notamment de la part des médias. Après avoir remporté la Champions Cup en 2020, beaucoup pensaient que je serai dans l’équipe mais tout le monde me demandait pourquoi je n’y étais pas… J’ai joué au meilleur niveau de la Premiership pendant six ou sept ans et je n’ai jamais eu d’appel. Je ne sais pas si je le méritais mais je pense en avoir été proche.

Pensez-vous mériter plus de sélections ?

Joe : je pense que Sam mérite d’avoir plus de sélections, clairement.

Sam : bien sûr que j’aimerai en avoir plus. Ça a été un honneur de jouer pour l’Angleterre et ce fut une chance inestimable. Mais ce n’est pas quelque chose qui m’obsède car je ne pourrais pas changer les choses.

Que pensez-vous de la règle d’éligibilité en Angleterre qui fait qu’il est quasiment impossible de vous voir être sélectionnés puisque vous jouez en France ?

Joe : c’est un gros point de discussion en ce moment. Il y a plusieurs stars comme Henry Arundell qui ont choisi de rester en France tout en continuant de jouer pour l’Angleterre. Je pense que s’ils ouvrent l’accès à la sélection aux joueurs qui évoluent à l’étranger, beaucoup vont partir de Premiership et le championnat anglais va vraiment souffrir.

Sam : je suis d’accord. Je vois pourquoi les gens ont un problème avec cette règle mais je comprends aussi pourquoi elle est effective. En tant qu’Anglais, nous voulons que le rugby anglais progresse et je pense que si la règle change, ça va être désastreux pour nos clubs. Ils sont déjà en train de souffrir avec des difficultés financières et si la règle change, ils ne seront pas capables de garder leurs bons joueurs.

Joe : C’est aussi pour ces joueurs que les supporters viennent voir des matchs, ainsi que pour les internationaux. S’ils choisissent de partir, les fans seraient moins nombreux et les revenus aussi.

Si vous aviez une chose à dire à votre frère, ce serait quoi ?

Sam : je te souhaite le meilleur pour le prochain match mais nous avons dû mal en ce moment en championnat et c’est un gros match pour nous. Alors j’espère que tu es prêt à ce que plusieurs des mecs te foncent dessus. Par spécialement moi mais j’en ai parlé à d’autres gars de l’équipe…

Joe : je vais enregistrer ça et le faire écouter à mes coéquipiers lors de la causerie. Sois prêt. Un match nul serait bien…

Sam : Non !

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Les commentaires (1)
unquartdecentre Il y a 1 mois Le 26/01/2024 à 12:19

En 10, Joe était bloqué par Farrell, Ford et maintenant Smith. En revanche, il est incompréhensible que Sam ait été bloqué par Vunipola après 2019, voire par Dombrandt, toujours mauvais en sélection.