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Top 14 - Les data, c'est leur dada (2/3). "Je regarde en premier les expected points" confie Sébastien Piqueronies (Pau)

  • Top 14 - Sébastien Piqueronies analyse longuement l'importance de la data au sein de la Section paloise.
    Top 14 - Sébastien Piqueronies analyse longuement l'importance de la data au sein de la Section paloise. Icon Sport
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Le manager de la Section paloise évoque sa relation avec sa cellule en charge des data et l’utilisation des données au quotidien.

Comment utilisez-vous les data ? Quels sont les marqueurs intéressants ?
Beaucoup de marqueurs sont intéressants. Nous aimons bien évaluer nos matchs grâce à nos entrées dans les vingt-deux mètres et notre ratio d’efficacité. Nous aimons bien aussi dans nos débriefings avec tous nos leaders avoir des éléments de data, des éléments chiffrés et statistiques qui nous permettent de mieux appréhender nos décisions. Par exemple, les data nous ont aidés à assumer de jouer les pénalités plutôt à la main plutôt que d’aller chercher une touche quand nous sommes proches de la ligne adverse. Elle nous a aidés à nous donner confiance dans notre projet qui est de davantage laisser le ballon sur le terrain que de chercher des touches, pour avoir moins de touches à défendre. Ce sont deux épiphénomènes mais au-delà de ça, beaucoup de données nous sont accessibles par des canaux variés. Il est fondamental aujourd’hui d’avoir une philosophie, une intelligence, une recherche pour piloter ces datas car sinon nous pouvons vite nous noyer dans un mille-feuille d’informations qui ne va pas nous servir à grand-chose car nous n’avons pas le temps pour les traiter. J’ai donc voulu créer une cellule avec une philosophie pour piloter ces data. Surtout cette cellule va travailler au plus près de mes entraîneurs pour challenger chacune de nos orientations et décisions. C’est une aide à notre fonctionnement.

De l’extérieur les data apparaissent comme un fantasme qui permet de savoir exactement comment va jouer l’adversaire et savoir ce qui va se passer ?
Ce n’est pas du tout ma vision. Les data sont une aide à la performance. C’est un support comme beaucoup d’autres, comme le management d’un joueur, la détermination d’un joueur, l’accompagnement du préparateur physique auprès d’un joueur, l’accompagnement médical, l’accompagnement technique. C’est un support comme un autre, même si on veut l’optimiser, mais il doit être à sa place au milieu et en interaction d’une multitude de facteurs. On sera toujours un sport de décisions humaines et d’interaction avec les hommes.

Les data ont pris une place importante dans la communication. Faut-il s’en méfier ?
Ce n’est qu’une opportunité quand on l’utilise intelligemment et à bon escient. La richesse vient de là. C’est la même chose que l’arbitrage vidéo au niveau professionnel. Des fois, les data, l’analyse vidéo ou les statistiques me servent à renforcer la confiance sur des secteurs déjà performants de mes joueurs ou de mon collectif. Les data ne me font rien découvrir mais m’aident à avoir une confiance objective sur un secteur et donc de décupler cette confiance auprès de mes joueurs. Je n’ai pas de fantasme sur la toute-puissance de ce support mais quand on se veut professionnels, il faut optimiser tous les leviers de performance et les data en font partie.

Quelle est la donnée que vous n’avez pas encore et dont vous rêvez ?
J’ai des équipes qui assouvissent toutes mes demandes et qui sont très réactives sur mes demandes. Le plus important pour moi est d’avoir des garçons innovants, pétillants et intelligents pour être toujours dans la recherche. C’est toujours l’intelligence humaine qui pilote les plus grands changements. Les data ne sont qu’une information.

C’est un outil prédominant dans le rugby moderne mais, au-delà des éléments de communication et des effets de mode, en quoi les data aident réellement à la performance au quotidien.https://t.co/794dQBk08z

— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) April 2, 2024


Quelle est la donnée que vous regardez en premier après match ?
Je regarde en premier les expected points car elle me permet d’avoir un œil avisé sur notre identité de jeu et elle m’aide beaucoup à la renforcer. Ce n’est pas une donnée magique mais elle m’aide. Après le match, nous ne voulons pas beaucoup de données, seulement trois ou quatre fichiers, pour avoir un flash sur le match.

Une data toute simple démontre que la Section fait beaucoup plus de passes, comment l’analysez-vous ?
Comme toute data, il faut la mettre dans un contexte. Pour le faire intelligemment, Ça prendrait deux jours. Mais déjà, nous pouvons regarder un premier marqueur : nous sommes l’équipe avec le plus de temps de jeu effectif. Par rapport à La Rochelle, c’est quasiment 17-18 % de plus. Heureusement donc que l’on réalise plus de passes que La Rochelle car nous jouons plus longtemps. Deuxièmement, notre identité de jeu est marquée par notre volonté d’avoir des cellules d’avants très vivantes et ça ne changera pas. Nous voulons créer l’incertitude sur la ligne d’avantage et tous nos joueurs ont la liberté de faire des passes dans l’axe, intérieures et extérieures. On va le garder et ça fait augmenter notre nombre de passes. Donc, il est impossible de se comparer avec La Rochelle. Sinon, il faudrait diminuer de 20 % notre temps de jeu effectif pour que ce soit parlant.

Est-ce que les data, qui permettent de comparer le jeu des équipes, peuvent vous faire douter sur votre jeu ?
La donnée peut amener de la régulation ou de l’adaptation sur notre façon de fonctionner. Mais la réussite d’un projet est d’avoir bien bâti l’architecture de celui-ci et de garder le cap. Les données m’aident et me confortent pour garder ce cap. Ça ne va pas dire qu’il ne faut pas s’adapter car il y a des millions de chemins pour l’atteindre. Je suis donc assez à l’aise avec les data qui m’aident pour m’aiguiller sur le chemin mais jusqu’à maintenant je ne me suis jamais posé la question de changer le cap.

Top 14 - Les Palois aiment à déplacer le ballon cette saison.
Top 14 - Les Palois aiment à déplacer le ballon cette saison. Icon Sport - Scoop Dyga


Les data ne remettent pas en cause vos convictions ?
Il y a eu des data challengeantes. Après analyse de notre capacité à défendre les ballons portés, notre capacité à défendre les ballons en l’air, et le fait que maintenant 40 % des essais viennent après lancement sur touche, nous avons décidé à laisser le ballon sur le terrain. C’est les data qui nous ont aidés à franchir ce cap dans notre projet de jeu. On voulait le faire mais en voyant les données, cela a accéléré notre certitude.

Quelle est l’importance du rapport d’avant-match avec les données de votre adversaire ?
Le Top 14 est une compétition particulière avec beaucoup de rotations d’effectif et des identités de jeu très marquées par club. En termes d’analyse, nous ne regardons que les trois derniers matchs de l’équipe ciblée, sinon ce serait fabriquer un mille-feuilles qui serait peu exploitable. Après, chacun de mes entraîneurs me donne par secteur les vigilances et les opportunités, donc on ne fait absolument pas un catalogue de l’équipe adverse. Il faut cibler les opportunités que nous pouvons avoir. Et après je choisis si nous les utilisons ou pas. En effet, parfois, il est aussi opportun de négliger certains éléments pour ne pas perdre les joueurs. Saupoudrer trop d’informations, c’est la certitude de se planter. Mon métier est donc d’avoir toutes les informations et de les sélectionner.

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Les commentaires (1)
Djive-ST Il y a 13 jours Le 04/04/2024 à 02:10

« Les data ne me font rien découvrir mais m'aident à avoir une confiance objective » le staff a évolué il faut maintenant des statisticiens qui « analysent » un mille feuilles de données ! Mais en statistiques les chiffres n'ont d'importance de biais cognitifs qu'on veut bien leur accorder ! 23 joueurs sur une feuille de match fournissent autant de données qu'une formule 1 sur un grand prix ! Sauf que la machinerie là est humaine et que l'on ne pas régler un sportif comme une F1... Même si on a les bonnes données