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Pro D2 – Erreur administrative, vengeance et politique… Comment Béziers a-t-il perdu son logo et ses couleurs ?

  • Joueurs et supporters de l’ASBH, ici à Colomiers.
    Joueurs et supporters de l’ASBH, ici à Colomiers. - Icon Sport
Publié le Mis à jour
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L’affaire fait grand bruit dans le Biterrois. L’ASBH n’est plus propriétaire de sa marque. Tombée dans le domaine public, elle appartient désormais à Constance Calandri. Une histoire où le club se retrouve au milieu d’une histoire passionnelle et politique mais très peu rugbystique…

Une place de coleader en Pro D2, la prolongation jusqu’en 2027 de la jeune star locale Gabin Lorre, un centre de formation désigné comme le meilleur de la division, l’enfant du pays Charly Malié qui annonce vouloir jouer les phases finales pour amener 18 000 personnes au stade Raoul-Barrière… Tous les voyants sont au vert à Béziers, à sept journées de la fin de la saison régulière. Mais voilà, le 11 mars dernier, nos confrères de l’Agglorieuse révélaient que Constance Calandri avait récupéré les droits sur la marque ASBH.

En effet, l’association de l’ASBH, détentrice de la marque ASBH (le logo, les couleurs et les insignes), n’avait pas renouvelé ses droits auprès de l’Institut national de la propriété industrielle. Une faille que la Biterroise avait remarquée, comme l’explique son avocat, Maître Farge – la principale intéressée ne souhaitant plus prendre la parole après avoir été l’objet d’insultes et de menaces. « Ma cliente a vu que ce logo était tombé dans le domaine public et elle a voulu éviter que des personnes malveillantes se l’approprient, explique l’avocat. Elle n’a trahi personne ! Elle ne s’est pas appropriée le logo le lendemain de l’expiration du délai, elle l’a fait quatre ans après. » Contactée, l’INPI explique qu’elle n’informe pas les détenteurs d’une marque quand ses droits sur celle-ci expirent.

Une ancienne politique et employée de la mairie

Qui est donc cette Constance Calandri ? Biterroise, mère de deux enfants, elle s’est présentée aux élections législatives de 2012 avec l’étiquette du Rassemblement National (alors FN) dans la cinquième circonscription de l’Hérault, échouant face à l’autre candidat Kléber Mesquida (PS) avec 38,59 % des voix. Ancienne employée de la mairie de Béziers, elle a vu son CDD se terminer le 30 novembre 2022 et a attaqué la mairie ainsi que son maire Robert Ménard, aux Prud’hommes en janvier 2023, une procédure toujours en cours. Sa motivation de s’approprier la marque pourrait donc être d’un ordre politique. « Elle n’a aucun engagement depuis bientôt une quinzaine d’années. C’était une erreur de jeunesse de s’encarter au FN à l’époque. Elle n’a d’ailleurs jamais été élue. Elle n’est qu’une citoyenne lambda », répond Maître Farge.

Sa motivation pourrait aussi être personnelle. Son contrat à la ville de Béziers n’a pas été reconduit par Robert Ménard, édile de la ville mais aussi propriétaire de l’ASBH, le club appartenant à la commune. De son côté, le maire de la cité biterroise avance une autre théorie, depuis le siège passager de son véhicule, d’où il répond au téléphone : « Elle est en instance de divorce avec le fils de Gérard Tugas, actuellement vice-président de l’association. Ce divorce se passe dans les pires conditions. Elle emmerde sa belle-famille ! » De quoi agacer l’avocat de Constance Calandri : « Ce sont des rumeurs, démentir, contredire ne sert à rien. En cherchant, on trouve toujours des liens à tout et à tout le monde. Il n’y a aucun désir de vengeance. »

Cette négligence est symptomatique de la manière dont est gérée la ville

En devenant détentrice de la marque ASBH, Constance Calandri souhaite tout de même faire passer un message : « Elle veut montrer que cette négligence est symptomatique de la manière dont est gérée la ville, appuie Maître Farge, définissant sa cliente comme une lanceuse d’alerte. À la mairie, elle a vu passer beaucoup de choses, elle a vu la manière dont le couple Ménard gère ce club ainsi que les autres affaires. À investir des deniers publics dans des causes qui devraient être privés, voilà ce qui arrive. Il ne faut pas mettre l’argent du contribuable dans du sport professionnel. » Depuis 2021, le club appartient à la ville de Béziers.

Sébastien Arnaud, Robert Ménard et les nombreuses personnes contactées pour cet article ont admis que l’association avait commis une erreur. Mais ils ont tous posé la même question. Après avoir remarqué que la marque ASBH était tombée dans le domaine public, pourquoi ne pas prévenir le club ? Réponse de maître Farge à ce sujet : « Si le club est mal géré, elle alerte ceux qui gèrent mal pour qu’ils récupèrent leurs droits et qu’elle corrige une erreur de leur part ? » Pourquoi ne pas prévenir les supporters, garant de l’institution eux aussi, mais pas toujours en accord avec la direction ? « Vous savez que cette info se serait répandue comme une traînée de poudre, continue l’avocat. Elle aurait informé un supporter, 3 000 l’auraient su dans l’heure et l’association aurait été vite alertée. Maintenant, ma cliente a maintenant un certain contrôle, elle a son mot à dire sur la gestion du club. »

Une affaire portée devant la justice

Lancé dans la course aux phases finales, l’ASBH se serait bien passé de cette histoire. Mais Maître Farge, comme Constance Calandri, prône le calme et l’apaisement face à l’irritation des supporters. « Ma cliente n’a pas l’intention de changer quelque chose. Elle a témoigné de ses bonnes intentions de défendre l’intérêt général et les valeurs de l’ASBH. Si tout cela n’était pas monté en épingle par la mairie de Monsieur Ménard qui essaie de se défendre de son énormité, personne ne l’aurait remarqué et cela ne changerait rien dans le quotidien du club », lance-t-il.

Ce n’est pas l’avis de l’association. Elle a déposé un recours pour dépôt de marque frauduleux contre Constance Calandri. « Ça va vite se régler, il y a une jurisprudence longue comme un jour sans pain qu’elle va perdre, estime Robert Ménard. Elle n’a aucune chance de garder la propriété de la marque ASBH. » Pour l’édile biterrois, la marque ASBH n’est pas en désuétude car utilisée quotidiennement, tant par la SASP que par l’association. Donc, il estime que l’association reprendra la possession de son bien.

Robert Ménard au Stade Raoul-Barrière en 2021.
Robert Ménard au Stade Raoul-Barrière en 2021. Icon Sport - Alexandre Dimou

Cette dernière n’a pas répondu à nos sollicitations, de peur de commettre une erreur de communication préjudiciable aux yeux de la justice, rappelant que ses membres sont des bénévoles dont le rôle est de s’occuper d’enfants. Elle a transmis un communiqué, évoquant l’article L.711-3 du Code de la propriété intellectuelle : « Les dépôts de Madame Calandri portent effectivement atteinte aux droits antérieurs de l’ASBH sur sa dénomination sociale (3°) ainsi que sur le graphisme original de son logo, protégé par le droit d’auteur (6°) et plus gravement encore à ses valeurs, son histoire et sa notoriété. » L’association ASBH dénonce aussi une usurpation « par application des dispositions de l’article L.714-6 du Code de la propriété intellectuelle ». La section professionnelle de l’ASBH n’a pas voulu réagir sur cette histoire.

Ma cliente veut avoir son mot à dire dans le cadre de la reprise

Contactée par nos soins, Maître Journu du barreau de Montpellier, elle, renvoie vers l’article L. 712-6 du Code de la propriété intellectuelle. Elle précise que, si à défaut d’être renouvelée la marque peut faire l’objet d’une appropriation privative par tout tiers, c’est sous couvert d’agir de bonne foi. En effet, la mauvaise foi ne peut donner force de droit. Si le dépôt frauduleux est reconnu à l’encontre de Constance Calandri, elle s’expose à devoir transférer la marque ASBH à l’association dépouillée.

En attendant, Constance Calandri reste la propriétaire de la marque ASBH. Un détail d’une grande importance, l’ASBH étant un club éternellement en vente… « Des potentiels repreneurs n’ont aucune inquiétude à avoir. Elle ne veut faire chanter personne, simplement, elle veut faire partie des négociations et avoir son mot à dire dans le cadre de la reprise. Elle veut être informée des intentions de ce qui pourrait changer pour que le club soit mieux géré. »

J’ai halluciné en lisant que cette dame considère le club comme son enfant

Ses propos agacent Sébastien Arnaud, dont les premiers pas à Sauclières remontent à la saison 1987-1988. « Pour moi, on a un discours assez contradictoire. Quelqu’un nous dit : « Je le fais mais n’y voyez pas quelque chose de problématique. » Et d’un autre : « Je l’ai fait de mon côté, sans prévenir personne ». Elle s’est aussi présentée dans France Bleu comme « la gardienne du club ». Mais c’est hallucinant de tenir ce genre de propos ! Le club à 113 ans et une personne, en gros, se dit gardienne de la marque, du logo car elle a versé 100€. Je ne sais pas où est la bienveillance dans ce comportement. Cette personne-là ne se fait pas de la publicité. Je ne sais pas ce qu’elle espérait en faisant cela, si elle pensait que tout le monde allait la remercier en disant : « Merci d’avoir pensé à nous, d’avoir protégé la marque. » » Robert Ménard, lui aussi, ne cache pas sa colère : « J’ai halluciné en lisant que cette dame considère le club comme son enfant. »

Aquí es Besièrs, la deuxième lame

Quelques jours après ses révélations sur Constance Calandri, L’Agglorieuse a aussi dévoilé que la marque Aquí es Besièrs (Ici c’est Béziers en occitan) avait, après son expiration, fait l’objet d’un dépôt par Julien Gabarron. Pendant dix ans, ce Biterrois a tenu la brasserie Le Plaza, située en face des arènes et haut lieu de la feria, une fois le 15 août venu. Pour cette dernière, justement, en 2014, il souhaitait faire des gobelets avec le slogan des supporters dessus. Raté, cette marque est protégée par le club depuis 2013. « Je me l’étais mis derrière l’oreille », avoue-t-il. Il y a moins d’un mois, voyant que cette marque était libre de droit, il a déposé une demande auprès de l’INPI pour acquérir les droits. Cette fois-ci, en revanche, la marque appartient à la SASP et non à l’association ASBH. « Je l’ai fait car il faut le faire, avance-t-il. Je ne pense pas aux conséquences. Je voulais simplement protéger la marque. Et je ne pensais pas que cela serait rejeté car, à l’époque, l’affaire Calandri n’était pas sortie. J’imagine que, maintenant, tous les dépôts de marque seront vérifiés et qu’ils rejetteront ma demande, ce qui est logique. »

Aquí es Besièrs, slogan des supporters et du club.
Aquí es Besièrs, slogan des supporters et du club. Icon Sport - Alexandre Dimou

Le 24 juin dernier, il a créé les noms de domaine aquiesbesiers.fr et aquiesbesiers.com. Recherchez www.aquiesbesiers.fr, cela vous enverra sur le site de l’ASBH, preuve de ses bonnes intentions précise-t-il. Pourtant, son message pourrait avoir des fins politiques. Il est désormais président du Rassemblement National dans l’Hérault. Cela n’a pas échappé à Robert Ménard : « Constance Calandri ment comme elle respire sur ses ambitions. Elle a été candidate au FN et actuellement le président du RN dans l’Hérault fait la même chose à propos d’Aquí es Besièrs. Vous croyez que c’est une coïncidence ? » Julien Gabarron avoue comprendre cette possible confusion. « Mais mon idée de base datait d’avant mes engagements politiques, rappelle-t-il. Robert Ménard essaie de se sortir de cette histoire comme il peut. Car la réalité, c’est qu’il y a un vrai mélange des genres entre l’ASBH et la mairie, avec ce rachat en 2021 du club par la ville. Robert Ménard a pris le fils du président de la SASP en tant que conseiller municipal. Pour moi, c’est une affaire politique. Je n’ai aucune volonté de déstabiliser le club, j’y suis trop attaché. Je laisse Constance Calandri à son initiative. Mais ça montre que ce mélange des genres amène de l’amateurisme. »

Ces dernières semaines, Julien Gabarron, avec son parti, a critiqué Robert Ménard, notamment à travers un slogan : « Voter Ménard, c’est voter Macron. » Mais le maire actuel, lui non plus, ne croit pas à un acte politique du RN, notamment en vue des élections municipales de 2027 : « Si c’est ça, c’est plutôt une mauvaise manière de s’y prendre, en rigole l’édile actuel. Si vous voulez vous mettre à dos tout Béziers vous faites ça, et ce qu’ils sont en train de faire. »

D’autres clubs alertés

Dans tout ça, l’ASBH recevra le Biarritz Olympique ce vendredi, à 19h30. Un match où les Biterrois devront viser les cinq points face à un adversaire mal classé. Avec un top cinq aussi serré, tous les points comptent, plus que jamais. Les Biterrois joueront avec leur logo, leurs couleurs habituelles et s’appelleront ASBH. Comme toutes les équipes des catégories de jeune. Mais pour Sébastien Arnaud, si la situation se compliquait, ne verrait pas comme un affront le fait d’abandonner la marque : « J’ai l’impression que le club est pris en chantage pour dix ans, termine le président de Rugbiterre. Un logo, ça coûte des sous pour tout modifier, mais ça se change. Le club s’est bien appelé ASB, Association Sportive Biterroise, de 1911 aux années 90. S’il y a un problème au niveau de l’utilisation, qu’est-ce qui empêche de changer de nom ? »

Selon nos informations, cette affaire biterroise a permis à plusieurs clubs de se rendre compte de l’expiration de leur marque. Nous en avons contacté un, professionnel. L’association de celui-ci nous a avoué ne pas avoir fait attention à cela et s’est mise sur le dossier. En cas de dépôt par une autre personne, les clubs concernés ont deux mois pour faire valoir leurs droits. Et ne penser qu’au sportif en cette fin de saison…

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Les commentaires (2)
Lechim Il y a 20 jours Le 28/03/2024 à 10:21

Je ne suis pas de Béziers et je n'ai pas tout suivi.
Mais quel est l'intérêt de cette dame d'avoir "mis la main" sur ce patrimoine?
Là je ne pige rien! Si qqun du coin pouvait expliquer....

Badphl34 Il y a 20 jours Le 27/03/2024 à 20:51

Vouloir régler ses comptes de politiciens en prenant en otage une institution comme l' ASBH me semble être une hérésie ! Vouloir faire passer ROBERT MENARD pour un « amateur » aux yeux des biterrois, lui qui a été réélu au premier tour avec 70% des voix, est une énorme connerie! Mme Calandri, vous semblez ignorer le caractere cathare de chacun des supporters biterrois. En d'autres temps , des gens comme Bouscatel en ont fait les frais. Vous auriez tort de jouer avec les nerfs des supporters de l'ASB!;