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6 Nations 2024 - "Relève toi… et frappe !" : le commentaire général avant France - Irlande

Par Marc Duzan
  • Trois mois après leur élimination en quart de finale du Mondial, les Bleus de Charles Ollivon et Reda Wardi doivent se relever face à l'Irlande.
    Trois mois après leur élimination en quart de finale du Mondial, les Bleus de Charles Ollivon et Reda Wardi doivent se relever face à l'Irlande. - Icon Sport
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Trois mois après son échec majuscule en Coupe du monde, le XV de France lance sa saison internationale dans la fureur du Vélodrome et par ce que l’on est en droit de considérer comme le plus grand match de l’année.

Quand on lui parle d’"acte II", de "nouvelle aventure" ou de "second mandat", Fabien Galthié répond inexorablement par "prolongement naturel", "suite logique" ou "simple continuité". Depuis trois semaines, le patron des Bleus répète donc à l’envi que ce France-Irlande n’est en réalité que le corollaire de ce foutu quart-de-finale de Coupe du monde et ce constat posé, suggère aux 60 millions de sélectionneurs l’accompagnant fidèlement dans sa tâche depuis quatre ans que "ceux qui sont tombés ensemble doivent à présent se relever ensemble". In fine, les naufragés du 15 octobre 2023, toujours poursuivis par l’écho de ces Springboks au galop et des stridentes sommations de Ben O’Keefe, sont donc aujourd’hui reconduits aux deux tiers, seulement abandonnés dans leur projet de vendetta par un capitaine dévoré par le feu olympique (Antoine Dupont), une paire de blessés lourds (Thibaud Flament et Anthony Jelonch) et deux bidasses sacrifiés sur l’autel du "tout combat" (Cameron Woki et Louis Bielle-Biarrey).

De facto, le généralissime du rugby français compte avant tout sur l’orgueil et l’esprit de révolte d’une armée de spadassins portant sur le corps balafres ou cicatrices et n’ayant, pour certains d’entre eux, pas encore avalé l’échec du dernier Mondial : on pense ici à Gaël Fickou ou Jonathan Danty, actuellement beaucoup trop loin de leur meilleur niveau pour s’estimer totalement guéris. Pour le reste ? On parle à Marcoussis d’honneur, d’ego quand dans tout le pays, on a surtout de la "résilience" plein la bouche et jusqu’à la nausée, oubliant volontiers qu’à l’origine, le papa de ce vocable à la mode (le psychiatre Boris Cyrulnik, dont les parents furent déportés puis assassinés lorsqu’il avait 6 ans) faisait référence à un trauma d’une tout autre ampleur qu’une banale désillusion sportive et qu’à force de mettre la résilience à toutes les sauces comme des perroquets bavards, nous l'avons aujourd'hui vidée de son sens…

Une équipe de France en mission

Vous remarquerez, aussi, que la chansonnette ayant eu cours ces quatre dernières années et dont le refrain se résumait fatalement à ces trois syllabes (« Coupe du monde ») a aujourd’hui baissé d’intensité, comme si les contours de la mission divine avaient soudainement été recadrés sur une échéance plus immédiate, moins lointaine et qu’une prochaine victoire dans le vieux Tournoi incarnerait plutôt bien. Dans les faits, l’équipe ayant le plus tourmenté les champions du monde sud-africains durant la dernière Coupe du monde (c’est ce qu’assure en tout cas Siya Kolisi, leur capitaine) n’est pas soudainement devenue ordinaire, insignifiante ou inoffensive : à ce titre, elle est donc en droit de penser qu’elle peut ce soir abattre le géant vert à Marseille et, passé ce que l’on considère tous comme la finale avant l’heure de ce Tournoi des 6 Nations, rêver d’un deuxième grand chelem en trois ans. Ici, le fait que les trois plus gros pourvoyeurs d’internationaux (Toulouse, La Rochelle et Bordeaux) se trouvent actuellement dans une forme ascendante ou que Maxime Lucu, 18 victoires en autant de sélections, ait une vraie trogne de trèfle à quatre feuilles, peuvent aussi plaider en ce sens. "Lucu et Jalibert déchirent tout avec Bordeaux, confesse d’ailleurs Simon Easterby, l’architecte de la défense irlandaise. Thomas Ramos ? Il est au top de sa forme. Où que je regarde, la France possède une richesse incroyable".

Les Bleus du nouveau capitaine Alldritt sont en mission face à l'Irlande. Le 11 février 2023, les Français s'étaient inclinés 32-19 à Dublin.
Les Bleus du nouveau capitaine Alldritt sont en mission face à l'Irlande. Le 11 février 2023, les Français s'étaient inclinés 32-19 à Dublin.

Ce qu’oublie toutefois de mentionner Easterby, c’est le feu d’enfer que s’apprête à déverser le Vélodrome sur les coéquipiers de Peter O’Mahony ; un inimaginable incendie qui aura d’ailleurs de quoi bouffir d’ardeur la bande à Galthié, dont la besogne internationale semble désormais dépasser le simple carcan sportif. "On s’est toujours évertué à rassembler, dit le sélectionneur national. Maintenant, on veut aller plus loin : on sort du cadre du rugby et on veut inspirer une nation. Les joueurs le savent." On peut enfin imaginer que dans cette ambiance de fin du monde dont il n’est pas encore familier, le jeune Jack Crowley (24 ans, 9 sélections) fasse rapidement comprendre à notre petit univers à quel point Johnny Sexton (118 sélections et 1108 points marqués) était un grand meneur de jeu.

Ces multiples sujets d’inquiétude...

Aussi fondés soient les satisfecit entourant ce XV de France en reconquête, la menace irlandaise est pourtant bien réelle. Déjà, parce que les Diables Verts débutent le Tournoi avec l’assise propre aux équipes n’ayant que très peu évolué entre deux mandats. Aussi, parce que les Bleus abordent le rendez-vous le plus important de leur saison internationale sans le meilleur joueur du monde et pleurent encore deux de leurs plus gros porteurs de balles, à savoir Anthony Jelonch et Emmanuel Meafou, au sujet duquel le rugbyvore Pierre-Henry Broncan nous avait un jour confié : "Meafou, c’est le meilleur… Et si tu le mets demain en équipe de France, il restera le meilleur…".

Et si l’ode au combat que déploient à présent Fabien Galthié et son staff en titularisant Paul Gabrillagues en lieu et place de Cameron Woki est sur le papier louable, le XV de France peut-il réellement se passer des services du meilleur joueur de touche du championnat, dans un rugby où l’on saute tout autant que l’on ne pousse ou ne plaque ? "Il n’est aujourd’hui question que d’engagement, nous disait Galthié lors d’une récente interview. Un engagement inconditionnel et un esprit de révolte."

On n’a jamais vraiment su si l’aphorisme en question était alors adressé ou pas au Racingman, auteur jusqu’ici d’un très bon début de saison avec le club des Hauts-de-Seine, actuel leader du Top 14. Toujours est-il qu’au sujet des Celtes d’Andy Farrell et de la menace qu’ils représentent, il est enfin une donnée impalpable, désincarnée ; un truc auquel on n’aurait probablement jamais pensé si Galthié ne nous l’avait pas récemment résumé dans cette drôle de métaphore empruntée aux Tontons Flingueurs : "C’est qui Raoul ? Raoul, c’est désormais Farrell ! C’est le grand patron des Lions britanniques ! […] Quand Warren Gatland entraînait les Lions, les Gallois n’avaient jamais été aussi forts… Ses joueurs mangeaient Lion, dormaient Lion, rêvaient Lion... Ils voulaient tous montrer au patron qu’ils étaient prêts à disputer quelque chose de sublime..." C’est vrai... Et c’est pas cool, Raoul…

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Les commentaires (5)
grimin777 Il y a 1 mois Le 02/02/2024 à 15:41

Arrêtez donc de venir de façon incessante faire référence au quart de finale contre les NZ. Surtout si c'est pour continuer à ne pas dire la vérité sur le vol de l'arbitrage. Tout le monde s'en contre fiche du passé. Et pourquoi ne pas ressasser aussi la défaite étriquée des verts contre les blacks....

cantewitko Il y a 1 mois Le 02/02/2024 à 05:25

On peut déplorer le titre en effet... Mais surtout respecter ces irlandais qui ne vont pas venir pour rigoler et qui jouent un très beau rugby ! Si le notre était si parfait, on aurait gagner la CDM !

Une remarque spéciale pour M. Duzan : félicitations d'avoir rétabli les choses concernant le concept si noble de résilience de B. Cyrulnik actuellement réchauffé à toutes les sauces nauséabondes, évidement jusque dans le politique !

31Decat Il y a 1 mois Le 02/02/2024 à 08:41

Donc , celui des Irlandais n'est pas mieux que le nôtre . Ce sont les deux plus belles équipes du monde et elles ont perdu en quart.
C'est le sport ..... pardon , pour une la malchance pour l'autre la BOK s

Lemich Il y a 1 mois Le 01/02/2024 à 22:24

Très juste Gcone1!
Marre de ce discours violent!