Abonnés

Coupe du monde de rugby 2023 - Exclusif. Agustin Pichot : "Le futur me fait peur, aucune des petites équipes ne sera en mesure de progresser""

  • Agustin Pichot se dit très inquiet pour les petites nations  àl'avenir.
    Agustin Pichot se dit très inquiet pour les petites nations àl'avenir. Sportsfile / Icon Sport - Sportsfile / Icon Sport
Publié le
Partager :

L’ancien capitaine des Pumas Agustin Pichot (49 ans, 71 sélections) livre ses impressions sur la première phase de la Coupe du monde et s’interroge sur une politique internationale qui, selon lui, met un terme brutal au développement des nations émergentes…

Qu’avez-vous pensé de cette première phase de Coupe du monde ?

C’était bizarre… Le Portugal m’a fait très plaisir mais comme chaque année depuis 30 ans, on aurait pu nommer les huit qualifiés pour les quarts-de-finale avant même le début de la compétition. Il n’y a guère eu de surprises, en fait : beaucoup de rencontres ont fini avec 90 points d’écart et la seule sensation est finalement venue des Portugais, qui ont battu les Fidjiens lors de la dernière journée…

Certes…

Mais il y a quatre ans, l’Uruguay avait déjà battu les Fidji, au Japon. (il marque une pause) Mais l’Uruguay a-t-elle progressé depuis ? Je ne sais pas… Les Teros n’ont gagné qu’un seul match (face à la Namibie), cette année… Vous savez, c’est donc un peu la même chanson tous les quatre ans.

Comment ça ?

Quand l’Uruguay, le Chili ou la Géorgie font un bon match contre une nation majeure, on ne parle que de ça : on se dit que l’équilibre des forces a changé, que l’écart entre les grands et les petits se réduit, que le rugby va devenir est un sport mondial… Et on se rend rapidement compte que tout ça est faux. Au final, rien n’est fait pour aider les nations émergentes et la World League (un projet de compétition de 2026 à 2030 comprenant douze équipes, six du Nord et six du Sud, N.D.L.R.) va contribuer à les mettre un peu plus de côté. Moi, je ne soutiendrai en tout cas jamais l’idée d’une ligue qui barre la route aux nations émergentes.

Quelle serait la solution, alors ?

Je ne sais pas... Mais cette ligue fermée de douze équipes n’est pas une bonne nouvelle pour le développement du rugby. Comment voulez-vous que le Chili, l’Uruguay et les Samoa progressent, s’ils se retrouvent à regarder les gros jouer entre eux entre deux coupes du Monde. J’en parlais avec Brian O’Driscoll le week-end dernier et il était d’accord avec moi : ce n’est pas la solution.

Les dirigeants géorgiens crient au loup tous les quatre ans mais il votent avec les patrons des 6 Nations…

On parle néanmoins d’une Coupe du monde à 24 équipes, en 2027…

Et ça changera quoi ? Les quatre équipes que l’on va intégrer au prochain Mondial se seront-elles évalué face aux gros bras du circuit international, avant d’être lancées dans le grand bain ? Non… Et vous vous attendez à des miracles ? La bonne idée, cela aurait été de mettre en place toute l’année un système de « promotion-relégation » entre les deux divisions (en parallèle à la World League, une division à douze équipes comprenant la Géorgie, le Tonga, l’Espagne et le Portugal sera aussi créée en 2026, N.DL.R.). Or, de 2026 à 2031, tout sera figé : aucune des petites équipes ne sera en mesure de progresser…

Qu’avez-vous fait, vous, pour aider au développement des nations émergentes ?

Ces dernières années, la fédération argentine a beaucoup travaillé avec le Brésil, le Chili et l’Urguay : on a fait des championnats, prêté des joueurs, monté la Super Liga Americana… Ca coûte beaucoup d’argent mais c’était la seule façon d’aider le Chili à participer à sa première Coupe du monde. Combien de nations font-elles ça dans le monde ? Je ne sais pas, je m’interroge et me demande, aussi, pourquoi les dirigeants géorgiens crient au loup tous les quatre ans parce qu’ils ne participent à aucune grande compétition et derrière ça, votent avec les patrons des 6 Nations… C’est énorme ça… La Géorgie n’a aucun futur et la Roumanie, encore moins.

Agustin Pichot était le demi de mêlée de l'Argentine lors du Mondial 2007.
Agustin Pichot était le demi de mêlée de l'Argentine lors du Mondial 2007. Dave Winter / Icon Sport - Dave Winter / Icon Sport

Allez-vous vous représenter aux prochaines élections de World Rugby ?

Non. J’ai essayé de changer les choses (en 2019), on ne m’a pas choisi et je suis désormais passé à autre chose. Aujourd’hui, j’entraîne les jeunes du CASI (San Isidro, son club d’origine, N.D.L.R.) et j’ai simplement quelques responsabilités à la Sanzaar (l’instance gérant le rugby Championship, N.D.L.R.). Mais le futur me fait peur : va-t-on vraiment intégrer les Springboks au tournoi des 6 Nations, comme il se murmure depuis deux ans ? Ce serait une catastrophe pour les autres équipes de l’hémisphère Sud. L’équilibre du rugby mondial serait brisé.

Dans une récente interview au Daily Mail, Bernard Laporte disait que vous n’aviez pas été patient et que vous auriez eu la présidence de World Rugby en 2024, si vous l’aviez soutenu, lui et l’actuel président Bill Beaumont. Est-ce vrai ?

Je ne veux pas parler de Bernard Laporte, désolé.

Vous êtes hors-jeu !

Cet article est réservé aux abonnés.

Profitez de notre offre pour lire la suite.

Abonnement SANS ENGAGEMENT à partir de

0,99€ le premier mois

Je m'abonne
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?

Les commentaires (5)
MC3612 Il y a 4 mois Le 12/10/2023 à 10:23

Bravo pour ce refus de s'exprimer sur ce voyou de BL.

Galtieri Il y a 4 mois Le 11/10/2023 à 18:01

Comme il était joueur il est aujourd'hui
Un monsieur "chiant" mais grand seigneur
Forza Augustin

AlainRoullant Il y a 4 mois Le 11/10/2023 à 17:50

Le moins on parle de Bernard Laporte, le mieux le rugby se portera. Il a raison le général. Avec cette World League, les petits resteront petits et les gros joueront entre eux pour gagner plus de pognon et creuser l'écart. On devrait faire une coupe du monde à 12, ce serait moins dangereux pour les petites équipes. Promotion / relégation à définir.

pasali Il y a 4 mois Le 12/10/2023 à 07:43

Merci à Bernard Laporte pour tout ce qu'il a apporté au rugby français, le niveau des équipes de France actuelles est le fruit de son travail à la fédération.

skinner Il y a 4 mois Le 12/10/2023 à 12:49

@Pasali Bernie n'est qu'une crapule oportuniste sufant sur le travail de ses predecesseurs et de la ligue sur le quota des JIFF, le tout en s'arogeant de toutes regles pouvant lui poser des contraintes.