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Coupe du monde de rugby 2023 - Imanol Harinordoquy : "Si tu as peur des Italiens, ça ne sert à rien d’entrer sur le terrain..."

  • Paolo Garbisi et les Italiens ont été dépassés par les Néo-Zélandais...
    Paolo Garbisi et les Italiens ont été dépassés par les Néo-Zélandais... Midi Olympique - Patrick Derewiany
  • Imanol Harinordoquy.
    Imanol Harinordoquy.
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Cette semaine, notre consultant Imanol Harinordoquy évoque une Italie "en-dessous de tout", le retour salutaire de Super Dupont, la classe de Brodie Retallick et le goût du sang des Springboks…

Les Bleus traversent actuellement un tunnel de quinze jours sans match. Vous qui avez dans votre carrière disputé deux Coupes du monde, comment tue-t-on le temps, dans ces cas-là ?

C’est une période complexe à gérer… Le risque, c’est de rester enfermé, de jouer les matchs dix fois dans sa tête et in fine de perdre tout influx nerveux. En 2007, nous étions enfermés à Marcoussis et n’avions pas la moindre liberté. Nous l’avions parfois mal vécu. […] Là, j’ai vu que les joueurs avaient profité des deux jours de coupure pour voir leurs familles, faire du bateau et s’aérer l’esprit…

Dès lors ?

Se ressourcer est une nécessité. Ne pas s’éloigner du groupe et du quotidien de la compétition en est une autre.

En 2007, après le match d’ouverture perdu face aux Pumas, le groupe France avait néanmoins échappé à la vigilance de Bernard Laporte pour faire la bringue au Bar à Thym, un établissement de Marcoussis…

C’est vrai ! Ce genre de moment est important pour la cohésion d’un groupe. Ça soude les mecs. […] Le XV de France d’aujourd’hui, c’est une équipe, un club. Il faut donc que les joueurs cultivent et entretiennent les liens forts qui semblent les unir depuis trois ans. Parce que quand viendront les moments difficiles, tout ça servira… On donne plus à quelqu’un que l’on aime, non ?

Aviez-vous globalement mal vécu l’enfermement de 2007 ?

Oui et non… Ce que je regrette, c’est qu’il nous ait coupés de l’environnement, de ce contexte extérieur qui aurait pu tellement nous faire du bien, le jour où démarra la compétition.

Vendredi soir, les Tricolores affronteront l’Italie pour le dernier match de la phase régulière. Qu’avez-vous pensé de la sélection transalpine, lors de sa dernière sortie face à la Nouvelle-Zélande (96-10) ?

Je m’attendais vraiment à un autre scénario… Depuis quelque temps, l’Italie semble en effet maîtriser son sujet : elle tient le ballon, propose un rugby intéressant… Vendredi soir, cette équipe fut pourtant en dessous-de tout : les Italiens n’ont pas gagné un duel, loupé des plaquages mais ce qui m’a le moins plu, en fait, c’est qu’il n’y eut chez eux aucune réaction. Franchement, c’est décevant…

Faut-il néanmoins craindre ces Italiens ?

Si tu as peur des Italiens, ça ne sert à rien d’entrer sur le terrain… Pour négocier ce prochain match, il faut prendre les All Blacks en exemple, c’est-à-dire respecter l’équipe d’Italie et lui mettre des points jusqu’à la dernière minute. Parce que vendredi soir, j’ai cru à un moment qu’ils allaient en prendre 100…

De leur côté, les All Blacks furent pour le moins séduisants, n’est-ce pas ?

Les All Blacks, quand tu les laisses jouer, tu t’exposes à ce genre de scénario catastrophe… Les Italiens n’ont pas été très agressifs dans les regroupements et partant de là, c’était compliqué de rivaliser avec la Nouvelle-Zélande.

Qu’avez-vous apprécié chez les All Blacks, vendredi soir ?

La fluidité de leur jeu collectif, d’abord. Et puis, les avants néo-zélandais ont surtout été parfaits dans l’alignement : la corrélation entre le lanceur (Codie Taylor) et les sauteurs (Brodie Retallick et Shannon Frizell) fut impressionnante, les balles prises à presque quatre mètres de hauteur… C’était injouable, réglé comme du papier à musique… Le retour de Retallick fait incontestablement du bien à ce paquet d’avants.

La rouste reçue par les Italiens semble mettre à mal la récente idée d’une Coupe du monde à 24 équipes. Que pensez-vous de ce projet, d’ailleurs ?

D’un côté, je me demande quelle est l’utilité de jouer ces matchs où deux divisions semblent séparer les équipes… De l’autre, la Coupe du monde doit aussi permettre de développer le rugby hors de ses frontières traditionnelles… Et puis, regardez l’atmosphère régnant autour des matchs des petites nations : elle est merveilleuse et me fait penser que la Coupe du monde est avant tout la fête du rugby, de tous les rugbys…

Antoine Dupont a retrouvé le groupe France mais ne disputera pas le prochain match face à la sélection italienne. Est-ce une bonne chose de le protéger de la sorte ?

C’est déjà une bonne chose qu’il retrouve le groupe. Ses coéquipiers pourront compter sur son expertise et de son côté, lui pourra gagner quelques jours sur son protocole de récupération. Quand on est bien entouré, des miracles se produisent parfois…

Et pour revenir à notre question ?

Il n’y a aucun enjeu à ce qu’Antoine Dupont affronte les Italiens. L’important, c’est le quart.

À ce sujet, le spectre sud-africain est effrayant…

Les Sud-Africains ont toujours été violents. Ils sont au maximum de l’intensité que l’on est en droit de mettre sur un terrain de rugby mais aujourd’hui, ils ont d’autres cordes à leur arc, dont quelques belles individualités au sein de leur ligne de trois-quarts, qu’elles se nomment Cheslin Kolbe ou Kurt-Lee Arendse.

Vous souvenez-vous du dernier France – Afrique du Sud, à Marseille ? On est nombreux à penser que les Springboks avaient ce soir-là malmené les Bleus, malgré la victoire tricolore (30-26)…

On y avait laissé des plumes. Plusieurs Français (Baille, Danty…) avaient d’ailleurs quitté la pelouse du Vélodrome sur blessure. […] L’Afrique du Sud, c’est un rouleau compresseur et ça s’est d’ailleurs très bien illustré lors de son match contre l’Ecosse (18-3) : au début, les Boks te font mal sur les rucks ; puis ils appuient un peu plus sur les mauls pénétrants et enfin en mêlée fermée. Jusqu’à t’écraser…

Jamais personne n’a semble-t-il imaginé que Baptiste Couilloud et Maxime Lucu puissent avantageusement remplacer Dupont. Pensez-vous que cela fut difficile à vivre, pour ces deux joueurs ?

Bien sûr, oui. Je connais par exemple Maxime Lucu et je sais qu’il est un gagneur. Mais depuis le début, il y a une hiérarchie claire au poste et puis, lorsqu’on voit ce que fait Dupont sur un terrain… (il coupe) Contre la Namibie, il ajuste en pleine course une passe du pied gauche millimétrée pour Louis Bielle-Biarrey… C’était magnifique… Qui sait faire ça ?

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Les commentaires (2)
Galtieri Il y a 1 mois Le 02/10/2023 à 13:57

"Segato" en italien

Pitou13 Il y a 1 mois Le 01/10/2023 à 22:38

Bien dit Imanol. Maintenant on y va avec du respect, énormément d'envie et au maximum de ce qu'on sait faire. Et on leur colle une branlée.