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6 Nations 2024 - Le XV de France au bord de la rupture avec son public avant de défier l'Italie

Par Nicolas Zanardi
  • Le XV de France lors de la défaite face à l'Irlande au Vélodrome de Marseille.
    Le XV de France lors de la défaite face à l'Irlande au Vélodrome de Marseille. Icon Sport - Icon Sport
Publié le Mis à jour
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Alors que leur cote d'amour vis-à-vis de leur public a clairement chuté depuis le début du Tournoi, les Bleus auraient paradoxalement beaucoup à perdre en se lançant dans une opération séduction contre l'Italie. Parce qu'au vrai, cette occasion en Nord semble avoir tout du parfait piège, à cet instant charnière de la compétition...

L’amour dure trois ans. L’aphorisme n’est pas simplement gravé dans le marbre parce que Frédéric Beigbeder l’a assené dans son ouvrage éponyme, mais bien parce du point de vue des endocrinologues autant que des romantiques (dont le rugby français se réclame souvent) la date d’expiration d’une passion amoureuse demeure invariable. Trois ans, comme le philtre d’amour bu par Tristan et Iseult. Trois ans, comme les contes des 1001 nuits de Shéhérazade. Faut-il dès lors s’étonner si, après autant d’années de romance pure, le charme semble rompu entre les Bleus de Fabien Galthié et leurs supporters, pour qui l’orgasme du Grand Chelem 2022 semble désormais bien loin ? On jurerait que non… Parce qu’au vrai, le début de ce Tournoi 2024 n’est objectivement pas si différent de celui de l’an dernier, avec des Bleus éparpillés façon puzzle par l’Irlande malgré un essai de Damian Penaud, et vainqueurs par hold-up de leur premier match à l’extérieur.

Et pourtant, les critiques ont été multipliées par dix, en moins de 365 jours. La preuve que c’est moins la performance pure que le regard porté par ses suiveurs sur la belle bleue qui a changé, lesquels ne voient désormais plus que ses défauts après s’être esbaudis pendant trois ans sur ses qualités ? Il semblerait bien, oui. À l’image de ce "jeu de dépossession" que l’on vantait il y a peu encore comme le meilleur moyen de permettre à nos attaquants d’exprimer leur fier "French flair", quand il n’est désormais plus considéré que comme une horrible pustule sur laquelle aurait fleuri la "loi Dupont". Une dénomination assez ironique, d’ailleurs, puisqu’elle a le malheur de rappeler aux amoureux déçus ce qu’ils regrettent le plus chez l’objet de leurs fantasmes...

Si ces Bleus sont en deuil, c’est avant tout d’eux-mêmes

Insoluble ? C’est à voir. Après tout, comme le chantait Brel, on a vu souvent rejaillir le feu de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux, et l’équipe de France actuelle a qu’on le veuille ou non bien des excuses à faire valoir à ses contempteurs. Comme l’absence de sa deuxième ligne, de son capitaine et de sa charnière titulaires, par exemple… Sauf que le public, là encore, n’a pas grand-chose à faire des explications vaseuses de celle qui l’a trompé, le 15 octobre dernier. Et si l’on fut à l’époque assez content de pouvoir compter sur un bouc émissaire en la personne du play-boy kiwi Ben O’Keeffe, plus personne ne se veut dupe désormais, quitte à verser dans l’excès inverse et à accuser les Bleus de toutes leurs turpitudes. Lesquels semblent, il faut bien le dire, encore traumatisés par leurs échecs, et pas franchement aidés par une thérapie de groupe à laquelle ils ne comprennent plus goutte, si bien qu’on se questionne franchement quant à la nécessité de voir deux préparateurs mentaux les accompagner non-stop...

Parce qu’après n’avoir parlé que d’Afrique du Sud avant de préparer l’Irlande, difficile d’expliquer que le sujet soit devenu brusquement tabou, et renvoyé à la symbolique de deuil évoquée par Fabien Galthié dans un de ses excès de langage, entre déni et datas... En effet, la notion de deuil ne signifie jamais qu’accepter la disparition de quelqu’un et à ce qu’on sache, personne n’est mort au Stade de France, à l’exception peut-être des personnes que ces Bleus s’imaginaient devenir."Je suis un homme mort, disait le héros de Beigbeder, Marc Marronnier. Je m’habille de noir car je suis en deuil de moi-même. Je porte le deuil de l’homme que j’aurais pu être". Conférencier à 150000 balles la pige, consultant intouchable à la télé ou homme-sandwich pour les annonceurs, allez savoir…

Arlettaz : "Il n’y a pas de starlette"

L’avantage, à ce stade de l’histoire ? C’est que le temps des illusions est définitivement passé, qui a démasqué à peu près tous les protagonistes et les a dépouillés de leurs oripeaux. Non, Fabien Galthié n’est pas un génie mystique habité par une vérité métaphysique, mais bien un brillant entraîneur sur lequel son propre piège à com’ s’est bêtement refermé. Tout comme Shaun Edwards n’est pas un gourou de la défense qui bâtit des murs de brique selon sa seule volonté, mais bien en fonction de celle de ses troufions… Des joueurs qui, eux-mêmes, sont redevenus plus humains que jamais. Non, Charles Ollivon et son port altier, Matthieu Jalibert et sa barbe de rupture ou Cameron Woki et ses doigts magiques ne seront jamais aussi à l’aise sans le ballon qu’avec. Non, Peato Mauvaka et Damian Penaud ne sont pas des extraterrestres au point d’enchaîner pendant six mois à leur niveau de la Coupe du monde et non, Cyril Baille, Uini Atonio, Gaël Fickou ou Jonathan Danty ne sont pas des Highlanders voués à la jeunesse éternelle.

Mais savez-vous quoi ? Au final, on se demande si on ne les aime pas encore plus comme ça, ces petits Bleus, encore tout endoloris par leur vertigineuse chute, et désormais au bord du précipice... Parce que, plus que jamais, ces hommes ont besoin d’être aimés et soutenus, pour sortir de l’ornière dans laquelle ils se sont englués, et où certains s’amusent aujourd’hui à les piétiner, comme un enfant gâté bousillerait son jouet parce que son petit amoureuse le lui a ébréché… Nouveau venu comme entraîneur de l’attaque, Patrice Arlettaz utilisait d’ailleurs lui aussi la métapore amoureuse pour étayer notre propos."En tant qu’entraîneur, je dirais que la découverte d’une équipe, c’est pareil que dans un couple : c’est facile quand tout va bien. Mais c’est dans les difficultés qu’on voit les vrais visages et j’ai pu constater que ce qu’on m’avait dit au sujet de ce groupe était vrai : il n’y a pas de starlette". 

Assurer l’essentiel avant Cardiff

C’est vrai, et c’est probablement bien cette abnégation collective qui a sauvé les Bleus du pire en Écosse. Notre seule crainte, au vrai, à l’aube ce ce France-Italie en Nord où les Bleus auront plus à perdre qu’à gagner, encore traumatisés par le France - Uruguay qui sonna sur cette même pelouse l’arrêt des carrières internationales de Gabin Villière, Arthur Vincent ou Sekou Macalou ? Elle serait que, pour céder une fois de plus à l’opinion publique qui attend avec fébrilité une démonstration similaire au 60-7 infligé aux Transalpins voilà cinq mois, les Bleus commettent l’erreur de se découvrir et jouer un grand jeu qui ne saurait que leur être néfaste, au vu de leur faible niveau de confiance. À ce titre, on avoue que la phrase du jeune Louis Bielle-Biarrey nous a quelque peu alerté, lorsque celui-ci a juré devant les micros que "ce ne sera pas un match facile, mais on peut se le rendre facile, et montrer qu’on peut faire de belles séquences offensives sera l’un des objectifs dimanche".

Ce qu’on attend, au vrai ? Oh, rien de transcendant. Un peu plus de pertinence dans la stratégie, notamment au niveau de cette charnière Lucu-Jalibert qui, à force de répéter qu’elle se trouve les yeux fermés avec l’UBB, semble en oublier de communiquer pendant les matchs du XV de France. Un peu plus d’assurance en défense et dans le jeu aérien, bien sûr, et surtout quelques ballons en touche pour se rassurer sur des ballons portés, où le nouveau venu Posolo Tuilagi devra apporter toute sa puissance. Ce sera tout ? Oh oui, ma bonne dame ! La montée en régime rêvée pourra bien attendre, qui sera autrement nécessaire à Cardiff ou face à l’Angleterre dans le sillage prévu des retours des Alldritt, Flament ou Meafou. Pour l’heure, à Lille, il s’agira seulement d’assurer l’essentiel en évitant le point de rupture. Et de souffler juste assez sur les braises, pour raviver la flamme lorsque le contexte s’y prêtera vraiment...

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Les commentaires (33)
CasimirLeYeti Il y a 1 mois Le 25/02/2024 à 15:08

Un bel article avec des images parlantes et frappantes, des paraboles métaphoriques... Il y a peu de gens qui sont capables de les entendre mais encore moins de les écrire...

PRESIDENT Il y a 1 mois Le 25/02/2024 à 15:06

Le Midol a contribué en traitant Galthie plus bas que tout après la CM

Jaunard59 Il y a 1 mois Le 25/02/2024 à 14:44

À l attention de LoupVert.
Cher ami, puisque tu as eu la gentillesse de soumettre un sujet à ma réflexion, permets-moi en retour de proposer à ta sagacité la citation suivante : "il est très difficile de jongler avec le second degré, dans un monde où tout est pris au premier." C'est de Charb.
Bon match à tous et allez les Bleus.