Abonnés

Top 14 - "Je pensais finir à Toulouse, mais l'histoire s'est mal terminée" : David Skrela revient sur ses années à Toulouse et Clermont

  • David Skrela a joué trois saisons à Toulouse, et deux années à Clermont.
    David Skrela a joué trois saisons à Toulouse, et deux années à Clermont. Manuel Blondeau / Icon Sport
Publié le
Partager :

David Skrela s'est confié sur ses années à Toulouse (2008-2011) et Clermont (2011-2013) à quelques jours de la rencontre entre les deux équipes. L'ancien demi d'ouverture international est notamment revenu sur son départ imprévu de Haute-Garonne.

David, huit ans après l’arrêt de votre carrière professionnelle, suivez-vous toujours Clermont et Toulouse ?

Comme tous les clubs dans lesquels j’ai joué, je les suis. Pas tous les matchs évidemment, mais je garde un œil sur ce qu’il se passe au niveau des actualités et des infos, l’arrivée de Christophe Urios par exemple à Clermont l’année dernière…

Qu’en pensez-vous justement ?

Il le fallait, je pense. L’ASM a perdu un peu de sa superbe depuis quelques années, avec le départ de Franck Azéma et de plusieurs cadres importants, il fallait remettre un peu d’ordre dans le club. Christophe Urios convient parfaitement à la région clermontoise, tout un peuple pousse derrière l’ASM. Même s’ils ont perdu dernièrement face à Bayonne, j’ai l’impression que les choses se remettent en place. J’espère qu’ils se qualifieront en tout cas !

À Toulouse, la transition entre Guy Novès et Ugo Mola a elle aussi pris plusieurs années avant que le club revienne à très haut niveau…

Exactement ! La fin de Thierry Dusautoir, William Servat et de plusieurs leaders a été un peu plus compliqué. Aujourd’hui ils sont revenus aux bases avec une formation très solide, il a fallu digérer le départ de Guy Novès ce qui était loin d’être évident. L’arrivée de Didier Lacroix a fait bouger les lignes dans le bon sens. Et sur le terrain ils ont une génération dorée entre les Ntamack, Dupont, Baille etc. Ils sont à maturité, ils ont gagné des titres avec un jeu flamboyant.

Retour en arrière, en 2008 qu’est-ce qui vous avait décidé à rejoindre le Stade toulousain ?

Je voulais être champion d’Europe ! J’avais perdu deux finales avec Colomiers et le Stade français, et je sentais qu’il fallait que j’aille voir ailleurs après cinq belles années à Paris. Je connaissais Guy Novès depuis le collège, à l’époque il était mon professeur de sport, Toulouse est ma région natale, et je voulais voir un nouveau jeu. Je pensais sincèrement que le Stade serait mon dernier club.

Que recherchait Guy Novès en vous ?

Bonne question ! Il y avait Frédéric Michalak et Jean-Baptiste Élissalde qui alternaient beaucoup à la charnière. Ils étaient créateurs, moi j’étais plus un défenseur, je pense qu’il cherchait de la complémentarité et sûrement un demi d’ouverture “pur”. Et puis je connaissais Yannick Jauzion, Florian Fritz ou William Servat. Il pensait certainement que j’allais facilement m’intégrer dans cette équipe.

Guy Novès et David Skrela se sont connus au collège.
Guy Novès et David Skrela se sont connus au collège. Manuel Blondeau / Icon Sport

Avez-vous eu la sensation de changer de dimension ?

Pas de dimension, mais de projet de jeu c’est certain. Au départ j’ai eu un peu de mal à m’adapter à ce fameux jeu à la toulousaine. La première année a été un peu difficile, même si on a fait une demi-finale de Top 14 cette saison-là (NDLR : 2008-2009). Mais j’ai connu la même situation au Stade français, en 2003. Diego Dominguez était titulaire et au bout d’un an je me sentais mieux. Je suis quelqu’un qui a besoin de temps pour connaître mes coéquipiers, le projet, les entraîneurs etc. On a été champion d’Europe la deuxième année avec Toulouse, et la troisième on soulève le bouclier de Brennus. Je jouais beaucoup plus, j’étais confiant dans mon jeu et on avait une sacrée équipe. On aurait presque pu faire le doublé en 2010.

La saison 2009-2010 est-elle le sommet de votre carrière ?

Je pense oui. Je mets deux drops en finale contre Biarritz alors que j’en avais jamais mis avant (rires). J’étais très en confiance et j’évoluais dans une équipe quasiment invincible quand on ressort les noms aujourd’hui (il souffle). On était programmé pour gagner.

En Rouge et Noir, vous avez remporté une Coupe d’Europe et soulevé le bouclier de Brennus. Lequel de ces sacres avez-vous le plus savouré ?

La Coupe d’Europe évidemment ! C’était notre objectif principal en 2010, on avait gagné un peu partout en poules, on avait battu le Leinster en demi-finale… C’était aussi la consécration pour une grosse génération qui n’avait pas été championne d’Europe, notamment Patricio Albacete et Thierry Dusautoir. On était vraiment déterminé à gagner cette compétition. J’avais déjà gagné le bouclier de Brennus avec Paris quelques années auparavant, et puis quand on est champion de France en 2011, je pars de Toulouse d’une façon un peu regrettable.

Finalement, pourquoi Toulouse n’a-t-il pas été votre dernier club ?

Mon histoire à Toulouse s’est mal finie. Je n’avais pas d’agent donc je gérais tout, tout seul, et je me voyais finir au Stade, ou peut-être à Colomiers ensuite. Mais il y a eu plusieurs retards dans les négociations... Si on ne me voulait plus, il aurait fallu me le dire directement, je l’aurais parfaitement compris. D’autant que Luke McAlister arrivait la saison suivante. Je pense qu’ils avaient prévu de ne pas me prolonger, mais je suis parti sans vraie discussion…

J'appréciais beaucoup la franchise de Vern Cotter, je me suis adapté au rugby systémique de Clermont 

 

Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre Clermont à l’été 2011 ?

Le club m’avait contacté en janvier, peut-être qu’ils savaient que la situation ne se passait pas très bien à Toulouse (rires), je suis allé visiter l’ASM par respect pour eux, mais je ne me voyais pas quitter le Stade. Quand j’y suis allé pour la première fois, la ville et la région m’ont plu, je savais qu’il y avait un engouement extraordinaire autour du club. Il ne faut pas oublier que Clermont tournait fort à l’époque, ils avaient été champions de France en 2010, avec des phases finales tous les ans. Et finalement, en discutant avec Vern Cotter et Franck Azéma, le feeling est bien passé et j’ai signé, tout simplement.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en arrivant à l’ASM ?

Quand j’étais à Toulouse il n’y avait quasiment pas de projet de jeu, mais des principes innés, à savoir le jeu de mouvement, mettre du désordre, jouer debout… Les joueurs étaient très libres sur le terrain, tout le monde connaissait les placements des autres. À Clermont, l’approche était très cadrée avec jusqu’à quatre phases de jeu prédéfinies. Je me suis adapté à cette nouvelle méthode en sachant qu’il y avait déjà Brock James, le numéro 10 attitré de l’ASM et qui connaissait le fonctionnement par cœur. C’était presque une remise à zéro finalement.

Comment avez-vous appréhendé le fait d’être en concurrence avec Brock James, meilleur réalisateur du championnat à l’époque et taulier de l’ASM ?

J’ai été très bien intégré, Brock est un super mec, une concurrence saine s’est vite mise en place. J’ai beaucoup joué au début et puis j’ai eu des blessures qui m’ont empêché d’enchaîner, et Brock faisait de très gros matchs donc c’était logique qu’il soit titulaire. Je me souviens d’un quart de finale de Coupe d’Europe en 2012 où je sors en début de match contre les Saracens, il rentre et il fait une grosse partie. J’ai joué d’un peu de malchance on va dire.

Quelle était votre relation avec Vern Cotter ?

J’appréciais beaucoup sa franchise. J’avais une année en option dans mon contrat et il m’a dit très tôt dans la saison que le club n’allait pas activer cette saison supplémentaire. Par rapport à Toulouse, c’était franc et clair. Mais je trouvais que notre jeu était un peu trop cadenassé (rires).

David Skrela et Brock James alternaient à l'ouverture en 2011, à Clermont.
David Skrela et Brock James alternaient à l'ouverture en 2011, à Clermont. Fred Porcu / Icon Sport

Pourtant Clermont avait la réputation d’envoyer beaucoup de jeu à cette époque…

C’est vrai, mais on s’appuyait peut-être trop sur un système. Vern était très convaincu par son approche “systémique” du jeu à Clermont, cela m’a un peu perturbé, mais j’ai passé deux années magnifiques à l’ASM, avec notamment une finale de Coupe d’Europe en 2013.

Repensez-vous parfois à votre drop contré en finale de Coupe d’Europe face à Toulon, en 2013 ?

Ah, cette finale à Dublin (il sourit)... Dans une carrière, il y a toujours des matchs marquants, notamment quand ce sont des défaites. Toulon va chercher cette finale mais franchement on doit la prendre ! À l’instar de Toulouse en 2010, Clermont avait une génération exceptionnelle et était vraiment au sommet. En fin de match, je pense au drop depuis plusieurs séquences où on est dans les vingt-deux mètres du RCT. Je le tente, il part bien, mais Mathieu Bastareaud le contre. Est-ce que j’aurais dû me mettre ailleurs, attendre un temps de jeu supplémentaire ? J’aurais aimé le passer parce que ce club méritait d’avoir ce titre-là. Ils sont revenus en finale après mais ils étaient un peu plus dominés.

Quelles différences majeures avez-vous observées entre la culture et les styles de jeu des deux clubs, Clermont et Toulouse ?

Quand j’arrivais au stade pour l’avant-match, à Clermont, chaque joueur avait sa petite fiche avec l’heure du briefing, de l’échauffement etc. Je n’avais jamais vu cela ! À Toulouse, on était habillé comme on voulait, avec l’équipementier bien sûr, mais à l’ASM il fallait que chacun ait la même tenue, le même polo… ça dit quelque chose du club quand même, le côté Michelin déteint sur l’ASM, et c’est la force de ce club avec des bases solides. Comme je le disais, Toulouse est davantage porté sur des principes généraux plus que sur un système cadré et établi, du moins à l’époque de Vern Cotter.

Mathieu Bastareaud a contré le drop de David Skrela, lors de finale de Coupe d'Europe 2013.
Mathieu Bastareaud a contré le drop de David Skrela, lors de finale de Coupe d'Europe 2013. Sportsfile / Icon Sport

Quelle est la meilleure approche, selon vous ?

Un mélange des deux ! À Toulouse, on aurait parfois eu besoin de cadre sur certains matchs, alors qu’à Clermont il a peut-être manqué un peu de folie et des joueurs qui sortent du moule. En 2007, l’ASM doit gagner cinquante fois la finale face au Stade français. On est mené 12-0, on se demande comment on va revenir, on se fait transpercer de partout, et je pense qu’il leur manquait un joueur pour tuer le match cette année-là.

Comment ces deux passages ont influencé votre carrière et votre vie ?

Ces deux clubs m’ont fait grandir à vitesse grand V, comme le Stade français d’ailleurs. Quand on rencontre des joueurs comme Juan Martin Hernandez, Thierry Dusautoir, Aurélien Rougerie, c’est très inspirant. Sans parler des entraîneurs. J’ai eu la chance de toujours avoir des coéquipiers au-dessus du lot durant ma carrière,

En tant qu'ancien joueur des deux équipes, quel est votre regard sur l’évolution de ces deux équipes depuis dix ans ?

Le Stade toulousain a eu un petit passage à vide après le départ de Guy Novès mais aujourd’hui c’est une machine de guerre à tous les niveaux ! Le stade Ernest-Wallon a été repensé en plus, ils sont partis pour plusieurs années. Pour Clermont, l’arrivée d’Urios va faire du bien, ils ont perdu des gros leaders qui n’ont pas forcément été remplacés. Mais si le nouveau projet prend forme, l’ASM reviendra à très haut niveau dans deux ou trois ans, sachant que la concurrence n’est plus celle d’il y a dix ans ! C’est la folie…

Si vous aviez la possibilité de revivre un moment dans chaque club, quel serait-il ?

À Toulouse, nos déplacements à l’extérieur en Coupe d’Europe. Aller à Glasgow ou Cardiff en plein mois de novembre, avec du brouillard toute la journée, dans la boue, c’est exceptionnel pour la cohésion. C’est dans ces moments-là qu’on se paye les phases finales au printemps. À Clermont, reculer un peu plus et marquer le drop en finale contre Toulon en 2013 (rires).

Quel est votre pronostic pour la rencontre de dimanche, où l’ASM accueille Toulouse ?

Même sans ses internationaux, Toulouse reste Toulouse… Mais au Michelin, qui sera plein à craquer en plus, je vois une victoire serrée de Clermont. Le match sera très dur !

Vous êtes hors-jeu !

Cet article est réservé aux abonnés.

Profitez de notre offre pour lire la suite.

Abonnement SANS ENGAGEMENT à partir de

0,99€ le premier mois

Je m'abonne
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?

Les commentaires (5)
Badphl34 Il y a 1 mois Le 22/02/2024 à 11:04

A chaque fois qu'on me parle de cette finale de 2013, j'ai une erection!

Bougnat Il y a 1 mois Le 22/02/2024 à 09:38

À chaque fois qu'on me parle de cette finale de 2013 j'ai un trauma qui remonte.

Pendejo34 Il y a 1 mois Le 22/02/2024 à 09:05

Très bon joueur qui pour moi restera un symbole du grand Stade Français

jmbegue Il y a 1 mois Le 22/02/2024 à 11:19

Encore un joueur formé au club....