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Écosse-France 2018 : arrestations, 9 joueurs exclus... Récit d'un week-end turbulent pour le rugby français

Par T.F
  • En février 2018, les Bleus de Jacques Brunel connaissent un épisode houleux au pays du Loch Ness.
    En février 2018, les Bleus de Jacques Brunel connaissent un épisode houleux au pays du Loch Ness. ActionPlus / Icon Sport
Publié le Mis à jour
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À l’aube de cet Écosse - France à Murrayfield, voilà pour nous l’occasion de se souvenir d’un instant peu glorieux mais qui fait partie de l’histoire du XV de France. En février 2018, les Bleus de Jacques Brunel connaissent un épisode houleux au pays du Loch Ness. Entre la défaite marquant 330 jours sans victoire et les affaires nocturnes et extra-sportives qui entourent cette virée écossaise, récit d’un week-end pour le moins turbulent.

L’histoire commence dans l’antre, toujours hostile, du XV du Chardon : le célèbre Murrayfield. Car oui, c’est ici que les Bleus de Jacques Brunel ont rendez-vous pour leur deuxième match du Tournoi des 6 Nations 2018. Une semaine à peine après avoir été crucifié par un drop assassin de Jonathan Sexton sur la sirène (15-13), au stade de France. Une désillusion cruelle tant par sa dramaturgie que par la perte des deux grands prospects de l’époque (qui ont plutôt bien confirmé depuis !) à savoir le demi de mêlée Antoine Dupont et le demi d’ouverture Matthieu Jalibert. Dès lors, les hommes de Jacques Brunel doivent rebondir et se reprendre.

Pour ce faire, souvenez-vous, le sélectionneur décide de rappeler un joueur expérimenté pour résister à la pression palpable de l’écrin d’Edimbourg : Lionel Beauxis. Jalibert blessé, c’est lui qui endossera le numéro 10. Absent des radars du XV de France depuis six longues années, le Lyonnais de l’époque fait donc un come-back plus que surprise. À la fin de cette rencontre à nouveau frustrante, mais à nouveau perdue (32-26), la prestation du revenant est contrastée. Auteur d’un retour intérieur décisif pour Teddy Thomas, il aura manqué de justesse et d’inspiration dans son jeu au pied. "Je me suis bien senti, il y a eu beaucoup de rythme en première mi-temps et ça courait énormément. Mais cette défaite me laisse un goût d'inachevé" jugeait-il à l'époque. Les Bleus s’inclinent donc après avoir dilapidé leur avance.

Comme à Saint-Denis, à Édimbourg les Bleus n’ont pas su tenir un score pourtant en leur faveur (17-7 à la demi-heure de jeu). In fine, voilà 330 jours la France n'a pas gagné le moindre match. Il faut remonter au 6 Nations 2017, sinon les Français ont enchaîné huit matchs sans victoire. C'est d'ailleurs jusqu'aujourd'hui la plus mauvaise série des Bleus depuis 2000. Une défaite qui tourne les Bleus vers un nouvel objectif : ne pas se voir offrir la cuillère de bois.

Arrestations à même le tarmac

À cette époque, qui peut paraître lointaine tant les Bleus ont grandi, la réalité est que le XV de France se classe parmi le deuxième échelon du rugby mondial. Période compliquée sur le terrain donc, mais aussi en dehors. En effet, ce séjour en Grande-Bretagne n’aura pas marqué les esprits que par le malheureux résultat. C’est par l’extrasportif aussi, les titres de presse et de télévision, que le Coq se distingue. Pour la fameuse "nuit d’Edimbourg". Après la défaite, certains joueurs décident de sortir dans un pub nommé le Tigerlily puis d’enchaîner la soirée au Lulu, un établissement de la nuit écossaise.

Une initiative peu appropriée au vu des performances du moment et critiquée après coup par le sélectionneur lui-même. "La contrainte, quand tu as perdu, c'est d'avoir la délicatesse d'être un peu énervé, d'être frustré et de rester tranquille, dans ton coin, pour évacuer tout ça". Si la nuit fut courte, on découvre par la suite qu’elle fut également agitée… Le lendemain matin, rendez-vous l’aéroport pour le groupe France, direction Orly. Alors que le décollage est imminent, le commandant de bord demande à certains joueurs tricolores de descendre de l’avion. Ordre de la police locale. Mais pour quelle raison ? 

Teddy Thomas avait inscrit un essai pour les Bleus face à l'Écosse.
Teddy Thomas avait inscrit un essai pour les Bleus face à l'Écosse. Spi / Icon Sport

Iturria et les images de vidéosurveillance

Ces joueurs sont entendus en tant que témoins par la police, dans des locaux discrets de l'aéroport, concernant le dépôt d'une plainte le matin pour agression sexuelle. Pendant ce temps, l’avion décolle avec une partie du groupe. S’ensuivra un communiqué de la police : "Suivant un signalement pour agression sexuelle dans le centre d'Edimbourg durant les premières heures de la matinée, la police a exploré plusieurs pistes d'enquête, dont l'interrogatoire de plusieurs témoins potentiels." [...] "Ces investigations ont conclu qu'aucun crime n'avait été commis".

Le deuxième avion avec les joueurs (Louis Picamoles, Yacouba Camara, Rémi Lamerat, Arthur Iturria, Teddy Thomas, Félix Lambey, Anthony Belleau, Jonathan Danty) et Serge Simon, resté auprès d’eux, arrivera plus tard. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. À son arrivée à Orly, la dizaine de journalistes présents observe un Arthur Iturria amoché au niveau du nez, tout comme Geoffrey Palis, touché à l’arcade. Pour le second, le saignement serait dû à un jeu à boire qui aurait mal tourné. Pour le premier en revanche, une bagarre dans les rues d’Edimbourg est évoquée. Le joueur clermontois de l’époque s’en défend d’emblée et assure avoir percuté une table de chevet pendant la nuit. En effet, dans les colonnes du Midi Olympique, Iturria s’explique, se justifie et assure qu’il apportera les preuves. Ce qu’il fera grâce aux caméras vidéo surveillances qui le montre dans l’ascenseur au milieu de la nuit, vierge de tout stigmates.

9 joueurs exclus

En réalité, le deuxième ligne indique avoir sauté sur son lit dans le noir mais avoir manqué son matelas. "Je le répète: oui, j'ai fait une connerie, admet le joueur. Je suis sorti un soir de défaite, je n'aurais certainement pas dû. Mais mon affaire s'arrête là. Je ne me suis pas battu. Je n'ai rien fait avec aucune fille ". La suite ? C’est Jacques Brunel et la Fédération française de rugby qui la dicte. Pour la rencontre face à l’Italie, 9 joueurs sont sanctionnés. "Le sélectionneur-manageur de l’équipe de France a décidé d’exclure de cette liste les joueurs qui sont sortis après la défaite en Ecosse. Par ce comportement inapproprié, ils n’ont pas respecté leur statut de joueur international et les devoirs qui en découlent" précise le communique. 

Tous les "fêtards" n’ont pas été sanctionnés, seulement les plus couche-tard, parmi lesquels certains membres du "deuxième avion" : Picamoles, Macalou, Lambey, Iturria, Lamerat, Belleau, Danty et enfin Alexandre Lapandry, lui pour des raisons sportives et le souhait du staff de prendre trois talonneurs. Les Bleus s'imposeront face à l'Italie et mettront fin à la série noire. Ils termineront 4ème devant l'Angleterre et la Squadra Azzura. Une parenthèse qui avait écorné l’image du rugby français et ses si chères valeurs. Un épisode rocambolesque qui a, peut-être, été aussi pierre fondatrice de l’édifice construit sur la fin du mandat Brunel et solidifié au début du mandat Galthié. Beaucoup plus vertueux il va sans dire.

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Les commentaires (3)
CasimirLeYeti Il y a 22 jours Le 09/02/2024 à 10:43

On peut regarder quand même le chemin parcouru depuis et avoir un minimum d'empathie face aux seules 2 dernières défaites, qui plus est, devant les 2 meilleures équipes mondiales. Un certain devoir de mémoire s'impose !

Lechim Il y a 22 jours Le 09/02/2024 à 11:19

Toutafé!
Surtout quand on regarde la compo de l'époque, pas des faire valoir mais des joueurs de niveau inter. Certains jouent encore d'ailleurs....
Alors où est la différence avec ces dernières 4 années?
Bin le collectif, tout simplement et la confiance qui s'accumule avec les victoires qui s'additionne.

Bellota Il y a 22 jours Le 09/02/2024 à 11:37

Faudrait pas non plus qu'ils enchaînent les prestations comme contre l'Irlande où ils sont passés totalement à côté. Contre les Boks c'était autre chose vu qu'on était à minima à leur niveau d'intensité (voir mieux). Mais contre l'Irlande c'était le néant.