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Ecosse - France - Technique. Comment les Écossais se sont appropriés une combinaison française pour faire mal

  • Cameron Woki lors du match de Summer Nations Series (Août 2023) entre la France et l'Écosse.
    Cameron Woki lors du match de Summer Nations Series (Août 2023) entre la France et l'Écosse. Icon Sport
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C’est assez paradoxal mais à Murrayfield, le principal danger pour les Bleus viendra d’une de leurs propres combinaisons que les Écossais se sont appropriée avant de l’améliorer. Décryptage.

C’est une antienne que les entraîneurs du monde entier répètent à l’envi : un bon coach de l’attaque est avant tout un copieur. Ou plutôt un curieux, capable d’aller piocher de nouvelles idées un peu partout, et surtout de les adapter en fonction des forces et faiblesses de son effectif… À ce titre, le XV de France a été ces dernières saisons une véritable source d’inspiration au niveau international. On pense ici à "l’attaque verticale" fleuron du grand chelem 2022, que les Italiens ont copié avec succès ces dernières saisons. Et, pour en venir au point qui nous préoccupe, à l’équipe d’Écosse, qui s’est approprié depuis la saison dernière un des lancements de jeu favoris du XV de France, que les Bleus avaient eux-mêmes "emprunté" au Stade toulousain sous l’influence des Dupont, Ntamack et compagnie. Une combinaison d’une simplicité biblique, généralement utilisée après une mêlée en bord de touche ou après un ballon porté ayant fixé le pack adverse. Son principe ? Il réside en une simple passe sautée du demi de mêlée directement pour le premier centre, qui se voit proposer deux options : jouer à hauteur pour le numéro 13, ou dans son dos pour l’ouvreur ayant redoublé. Le choix pour le 12 s’effectuant en fonction de la défense du numéro 13 adverse, censé hésiter entre marquer son vis-à-vis ou suivre le mouvement de l’ouvreur, lequel a également deux options possibles : attaquer l’intervalle si l’ailier ne s’est pas lui-même resserré, ou exploiter l’espace libre très au large par une longue passe, à la main ou directement au pied.

Après plusieurs temps de jeu, Danger pour les avants bleus ?

Le hic ? Il est que si la "Baa-Baas" a rapporté beaucoup d’essais au XV de France, elle lui en a aussi coûté beaucoup. Notamment l’an dernier où, profitant des atermoiements post-blessure de Romain Ntamack, les adversaires de Bleus se sont engouffrés dans la faille. L’Écosse donc (on y reviendra) puis l’Australie pendant les matchs de préparation à la Coupe du monde, et même l’Uruguay à Lille (dont l’essai fut heureusement invalidé pour un passage à vide). De quoi conclure que les Bleus, dont l’Irlande a encore démontré la fragilité dans le "couloir 13" et exploité les difficultés de Matthieu Jalibert, pourraient bien être mis en danger par les Écossais à Murrayfield ? C’est probable, oui. D’autant que les hommes de Gregor Townsend ont encore évolué dans leur maîtrise de ce lancement, qu’ils arrivent désormais à réciter dans le désordre après plusieurs temps de jeu (et donc possiblement face à des avants, moins à l’aise dans la défense de ligne), à l’image de l’essai inscrit par Duhan Van der Merwe au pays de Galles. Un mouvement que le XV de France aura forcément identifié et ne peut que redouter, au vu des difficultés connues par ses avants pour se déplacer la semaine dernière. Autant dire que Shaun Edwards, forcément vexé par la débâcle de la semaine dernière, devra mobiliser ses hommes sous peine de grosse désillusion…

Photo 1.
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Retour en 2021, en ouverture du Top 14. Toulouse utilise pour la première fois ce lancement que le XV de France adoptera plus tard sous le nom de « Ba-Baas ». Après une « 89 » visant à fixer la troisième ligne, le 9 (cercle rouge) saute son ouvreur pour le 12 (cercle blanc).

 

Photo 2.
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Pendant que le 10 redouble (flèche jaune), la course du 13 toulousain est rentrante (flèche bleue), ce qui oblige son vis-à-vis (cercle rose) à effectuer un choix : se « consommer » sur lui et laisser un intervalle un cran plus loin, ou contrôler quitte à lui laisser la porte ouverte

Photo 3.
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Le 13 rochelais choisit ici de garder son vis-à-vis (cercle rose). Ce qui ouvre un espace à l’ouvreur en redoublée qui a alors plusieurs choix : prendre l’intervalle si l’ailier ne se resserre pas (flèche jaune), ou « ressortir » sur l’extérieur (cercle vert) dans le cas contraire. Très dur à défendre…

 

Photo A.
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La nouveauté trouvée par les Écossais ? Elle est que ces derniers ont réussi à s’organiser pour l’utiliser dans le jeu courant, face à des avants… Une fois 10 (cercle blanc), 12 (rouge) et 13 (jaune) réunis après plusieurs temps de jeu, ceux-ci communiquent l’information à leur demi de mêlée.

Photo B.
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Photo B

Comme sur le lancement « classique », le 13 rentre sa course (flèche jaune) à hauteur du 12 (cercle rouge), tandis que Russell redouble (flèche blanche). La manœuvre est « limite », puisque Jones entre clairement en contact avec le défenseur (cercle jaune). Mais M. O’Keeffe laisse jouer…

Photo C.
Photo C.

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Après sa redoublée, Russell a deux options : écarter pour son ailier Van der Merwe (cercle vert, au large) ou attaquer l’intervalle, en fonction du choix du dernier défenseur (flèches roses). Ce qu’il va faire ici, avant de jouer tranquillement son deux contre un sur l’arrière…

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Les commentaires (3)
seggae73 Il y a 21 jours Le 10/02/2024 à 12:03

Cela fait plaisir de lire un article sur le sportif en place des nouvelles tabloïd de polemiques et de phrases assassines. Merci rugbyrama!

CasimirLeYeti Il y a 19 jours Le 12/02/2024 à 15:38

Oui, c'est pour ça que l'on s'abonne, pas pour les pages people et le buzz autour. On veut plus d'analyses tactiques !

CasimirLeYeti Il y a 22 jours Le 09/02/2024 à 18:05

Celle-là, elle fait très mal parce que c'est une combinaison à deux inconnues :
_ le 12 joue à hauteur pour le numéro 13, ou dans son dos pour le 10
(Juste 1 temps de jeu plus tard et toujours dans la zone du 13)
_le 10 joue au large pour son 14, ou prend à l'intérieur du 13
Mèfiat!