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6 Nations 2024 - Malgré un début de capitanat compliqué, le combatif Grégory Alldritt veut incarner la révolte du XV de France en Écosse

Par Jérémy FADAT et Vincent BISSONNET
  • Après la défaite face à l'Irlande, Grégory Alldritt s'est montré combatif.
    Après la défaite face à l'Irlande, Grégory Alldritt s'est montré combatif. Icon Sport
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Le troisième ligne rochelais, nommé capitaine en l’absence de Dupont, aurait aimé connaître un début de mandat plus heureux. Mais, à peine la lourde défaite contre l’Irlande actée, il appelait déjà ses troupes à la révolte...

Le contraste était saisissant. Vendredi soir, dans l’auditorium de l’Orange Vélodrome quelques minutes après la fin du supplice infligé par le XV du Trèfle aux Français, Fabien Galthié était assommé au moment de se présenter devant la presse pour tenter d’expliquer l’inexplicable. Tête baissée, yeux hagards et voix hésitante, le sélectionneur était "K.-O. assis". Et ses premières prises de parole se sont résumées à des phrases courtes et laconiques, reflets de son incompréhension. "C’est un moment dur", a-t-il répété à plusieurs reprises. Relancé pour trouver des justifications techniques, il a énuméré : "La performance offensive n’a pas été au rendez-vous. Du déchet, des ballons tombés, moins de vitesse. […] Jouer à 14 ne nous a pas aidés non plus."

Désarmé, Galthié avait surtout besoin d’encaisser l’immense déception. À ses côtés, et dans le même temps, Grégory Alldritt est apparu plus combatif. Sur la forme, puisque la correction irlandaise à peine infligée, l’envie de rébellion se lisait déjà sur la gueule du numéro 8 rochelais et le timbre de voix était bien plus intense. Sur le fond aussi, avec des mots forts d’emblée : "C’est dur, c’est vrai. On aurait aimé montrer un tout autre visage. On s’était pourtant promis de faire un grand match, de montrer du caractère. […] Mais on a du caractère. On l’a prouvé par le passé. Ce soir (vendredi, NDLR), on se protège, ce n’est pas le moment de chercher des responsables. Dès lundi, il va en revanche falloir se regarder dans un miroir et se dire les vérités. […] On va assumer et tout faire pour qu’il y ait une révolte la semaine prochaine." En clair, le nouveau capitaine du XV de France (en l’absence d’Antoine Dupont dans un premier temps) n’a pas fui ses responsabilités et a tout de suite endossé le costume de leader, appelant ses troupes à une réaction d’orgueil.

Le contexte pesant peut-il le plomber ?

Si le choix surprise de confier la mission à Grégory Alldritt, plutôt qu’à Charles Ollivon (premier capitaine de l’ère Galthié), trouve sa logique dans la dimension sportive et humaine du Gersois, ce lourd revers place l’intéressé dans une situation chaude pour entamer son mandat. Jamais, depuis le Tournoi 2019, les Bleus n’avaient été surclassés à ce point par un adversaire. Pas cadeau pour le Rochelais qui, s’il est s’est démené sans compter en jouant une heure en deuxième ligne ("c’est dire le dévouement qu’il a envers tous ses partenaires", souligne William Servat), doit aussi faire mieux dans le jeu.

Ce contexte pesant peut-il le plomber ? Dur à croire. D’abord car, si son rôle a pris de l’épaisseur, il était déjà un patron de ce groupe, en plus d’être un des meilleurs amis d’Antoine Dupont et Anthony Jelonch (deux des trois derniers capitaines du XV de France). Son aura et son influence en interne sont donc importantes depuis longtemps. Puis, régénéré physiquement et mentalement par sa pause de deux mois post-Mondial, Alldritt a prouvé au Vélodrome qu’il était prêt à repartir vite au combat, d’autant qu’il a déjà montré avec son club qu’il savait amener une équipe à relever la tête après un traumatisme ou la guider dans des défis périlleux. Et c’est sûrement l’un des plus grands qui se présente à lui aujourd’hui.

Grégory Alldritt a terminé meilleur plaqueur des Bleus (16) face à l'Irlande.
Grégory Alldritt a terminé meilleur plaqueur des Bleus (16) face à l'Irlande.

  • Une résilience déjà éprouvée

En tant que capitaine, Grégory Alldritt a déjà largement prouvé sa capacité à mener ses troupes aux sommets : les deux victoires finales en Champions Cup face au Leinster sont deux magnifiques lignes à son palmarès autant que des témoignages édifiants de ses grandes capacités de meneur.

Au-delà du résultat final, ses discours et ses interventions avaient marqué les esprits et directement influencé le cours des événements. N’était-ce pas lui qui avait annoncé à ses troupes, en mai dernier, qu’elles pourraient l’emporter même si elles étaient menées de vingt points à l’Aviva Stadium ? Sa prophétie s’était réalisée : La Rochelle, reléguée à 17 longueurs, avait fini par s’imposer. Grégory Alldritt possède une force mentale rare, subtil alliage d’ambitions et d’humilité. Avant d’être devenu un gagnant tout terrain, le Gersois avait connu des déconvenues comme autant de taxes d’apprentissage. Ses trois défaites d’affilée en finales – en Challenge européen en 2019 et surtout en Coupe d’Europe puis en Top 14 en 2021 – n’avaient fait que renforcer sa détermination et forger sa culture de la gagne. Alors que le XV de France de l’ère Galthié a subi sa plus large défaite face à l’Irlande, la résilience du numéro 8 constitue une valeur refuge et un levier d’autant plus précieux pour repartir de l’avant.

  • Physique : le profil de l’emploi

L’analyse de la performance individuelle de Grégory Alldritt face à l’Irlande doit tenir compte d’un contexte particulier : le numéro 8 a évolué au sein d’une équipe dominée et d’un pack rapidement réduit à sept éléments, infériorité qui l’a amené à évoluer à un poste pour le moins inhabituel de deuxième ligne. Malgré tout, ses statistiques témoignent d’un engagement et d’un abattage incontestables : Grégory Alldritt a terminé meilleur plaqueur des Bleus (16) et il a été un des rares joueurs à récupérer un ballon au sol ; offensivement, il a tout de même gagné 34 mètres balle en main (troisième total de l’équipe derrière Jalibert et Ramos) et battu trois défenseurs (seul Jalibert en a compté plus). Au sein d’un collectif en manque apparent d’énergie et de vitalité, le Rochelais a au moins fait montre d’une forme physique satisfaisante.

Une des conséquences, sans nul doute, de sa décision de "couper" après le Mondial pour se régénérer, comme il l’avait expliqué dans nos colonnes : "Je suis dans l’optique de devenir un meilleur joueur […] . Je tenais à mettre toutes les chances de mon côté pour y parvenir et je ne voulais pas entamer ce nouveau cycle avec des poids déjà accrochés aux chevilles. Je suis convaincu que ça me permettra d’être plus fort. " À défaut d’avoir entamé sa nouvelle quête avec une victoire, il est au moins apparu comme un des éléments les plus compétitifs du XV tricolore. Pour rebondir, les Bleus auront de toute manière besoin d’un Alldritt en grande forme. 

  • L’Écosse, ce lien très personnel

Le voir évoluer à Édimbourg ce samedi, avec la charge du capitanat, va revêtir une symbolique particulière pour Grégory Alldritt. Parce que son papa Terence, né au Kenya d’une mère danoise et d’un père irlandais qui a beaucoup voyagé pour son travail (il a aussi passé une partie de son enfance en Afrique du Sud), s’est ensuite installé en écosse à la retraite du paternel, à ses 10 ans. C’était plus exactement à Sterling (au nord-ouest d’Édimbourg), où il a d’ailleurs effectué ses études d’informatique. S’il a ensuite vécu à Amsterdam et rencontré la future maman de Grégory à Rome, il s’est finalement installé dans le Gers, près de Condom (quand Terence avait 29 ans).

"Notre arbre généalogique est assez riche, en fait", nous avait un jour confié Terence. Mais le lien avec l’Écosse – d’autant qu’il a parlé anglais à ses trois fils dès leur naissance, ce qui explique pourquoi l’actuel capitaine des Bleus est bilingue et peut si bien communiquer avec les arbitres anglo-saxons – n’a jamais été coupé. "Mes grands-parents (aujourd’hui décédés, NDLR) habitaient dans le nord de l’Écosse, à Aviemore, près d’Inverness, avait-il raconté. On essayait d’y aller tous les deux ans l’été." À 17 ans, il y est même resté deux mois pour y travailler. Alors, quand le "Flowers of Scotland" résonne dans Murrayfield, cela ne peut pas le laisser indifférent… 

  • Pilier de la "connexion gersoise"

C’est une sorte "d’État dans l’État". Au sein de l’équipe nationale, il y a une filière impossible à éviter, celle dite "gersoise". Elle est évidemment, et avant tout, représentée par ses trois leaders : Antoine Dupont, Grégory Alldritt et Anthony Jelonch (avec qui Alldritt partageait sa chambre en sélection ces dernières années), lesquels ont joué ensemble dans les catégories de jeunes à Auch (même s’il faut souligner que, contrairement à Alldritt et Jelonch, Dupont n’est pas originaire du Gers mais des Hautes-Pyrénées). Surtout, le trio cité est très lié dans la vie, appartenant à la même bande de potes depuis l’adolescence (surnommée "la meute"), avec d’autres joueurs professionnels actuels comme Paul Graou, Gauthier Doubrère ou Paul Pimienta.

Il faut ainsi ajouter les connexions qui existent, sur le plan humain, avec de nombreux pensionnaires du XV de France, dont Pierre Bourgarit (aussi Gersois), Julien Marchand, Cyril Baille ou Dorian Aldegheri. Au-delà de faire logiquement le pont entre les hommes de La Rochelle et de Toulouse (les deux plus gros pourvoyeurs de la sélection sous l’ère Galthié), ils sont aussi proches de Gaël Fickou, autre patron du groupe. Enfin, Dupont, Jelonch et Alldritt ont la particularité d’être trois des quatre derniers capitaines du XV de France (avec Charles Ollivon). La mission du numéro 8 maritime s’inscrit donc dans une forme de continuité. 

266 minutes jouées entre le Mondial et le début du Tournoi

Le troisième ligne de La Rochelle avait obtenu l’autorisation de couper pendant deux mois après la Coupe du monde. Il a finalement disputé 266 minutes avec son club avant de retrouver les Bleus. Il a joué 106 minutes en Top 14 et 160 minutes en Champions Cup.

70 minutes par match sous l’ère Galthié

Alldritt reste sur le terrain en moyenne 70 minutes depuis que Fabien Galthié est sélectionneur du XV de France, même si ce chiffre est tronqué par sa sortie dès la 12e minute face à l’écosse la saison dernière. Il a débuté son capitanat avec 80 minutes face à l’Irlande.

22 titularisations consécutives avec le XV de France

Quand Grégory Alldritt est apte à jouer, Fabien Galthié ne se pose pas de question. En effet, le Rochelais vient d’enchaîner vingt-deux titularisations avec les Bleus. Il n’a été qu’une seule fois remplaçant depuis la Coupe du monde 2019. C’était face à l’Argentine, en ouverture de la tournée d’automne, le 6 novembre 2021.

4 ans sans essai en Bleu

Son dernier essai en bleu remonte au 9 février 2020 face à l’Italie à Rome. Il avait inscrit le troisième essai de l’équipe de France lors d’un succès 35 à 22. Cela fait donc quatre ans, ce vendredi, que Grégory Alldritt n’a pas marqué avec le XV de France, alors qu’il avait été en réussite lors de ses débuts internationaux. Il avait en effet marqué un doublé face à l’écosse lors de sa troisième sélection. Il avait encore inscrit un essai face aux Écossais pour sa sixième sélection, lors du match de préparation à la Coupe du monde 2019.

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Les commentaires (5)
British Il y a 23 jours Le 08/02/2024 à 08:55

Au niveau international, quand un joueur n'est pas au niveau (surtout en défense), c'est compliqué, mais quand il y en a 4, c'est pas gérable quel que soit le message et le leadership du capitaine.

style79000 Il y a 23 jours Le 08/02/2024 à 08:15

Malheureusement ce n'est pas un joueur tout seul, qui changera la donne, tout comme je ne crois pas que "seule" la responsabilité des joueurs soit en cause .

Puntadelteno1970 Il y a 23 jours Le 08/02/2024 à 08:52

C'est clair. Par exemple Peato Mauvaka est un talonneur très fiable sur les lancers en touche à Toulouse et là c'est 4 ballons perdus et bcp de touches difficilement conservées. Il y a clairement un problème sur ce secteur qui a évolué avec le nouveau staff. Il faudra un peu de temps pour régler ce secteur. Autre exemple en première mi-temps, le staff a demandé aux joueurs de jouer au pied pour aller jouer dans le camp Irlandais. Seul problème, notre jeu au pied était court et en face, il y a un des meilleurs joueurs au pied avec James Lowe. Quand tu prends des vagues sur la figure et que tu renvoies systématiquement le ballon au pied et que tu recules, il ne faut pas continuer. Le plan de jeu étant contrer par ton adversaire, il faut passer sur un plan B sauf que la à priori pas de plan B... Je fais remarquer que les Irlandais, quand ils sont pris à la gorge par une défense agressive, n'ont pas de plan B non plus. Sauf que la défense agressive n'était pas possible avec M. Karl Dickson qui est intransigeant sur la ligne du hors jeu.

Puntadelteno1970 Il y a 23 jours Le 08/02/2024 à 07:45

Grégory Aldritt est un joueur avec des qualités physiques et mentales indéniables. Personnellement, vendredi soir je l'ai trouvé trop déconcentré dans son attitude lors de son entrée sur le terrain. Cela contrasté énormément avec les visages des Irlandais qui étaient hyper concentrés et prêts à aller à la guerre. Son interview de fin de match ne m'a pas convaincu. Son langage non verbal n'était pas en accord avec ses paroles. Mais je me répète, Grégory est un joueur exceptionnel à mes yeux. Vendredi dernier ce n'était pas un bon soir pour personne côté français et Grégory était à la limite de l'asphyxie physique et mentale (Je n'avais jamais vu Grégory avec un tel visage). Courage à lui dans ce moment pas facile. Je ne doute pas de sa capacité à participer activement à la "révolte" du groupe. Ceux qui ne se révolteront pas n'ont s'en doute pas envie de repartir pour 4 ans !