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Top 14 - Henry Arundell (Racing92) : "Je ne vois pas pourquoi le Racing ne pourrait pas faire le doublé"

  • Henry Arundell, ailier du Racing 92.
    Henry Arundell, ailier du Racing 92. Icon Sport
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Arrivé dans les Hauts-de-Seine il y a quelques semaines, Henry Arundell a déjà marqué le petit monde du Top 14. l’international anglais évoque aujourd’hui pour nous les rebonds de son enfance, la carrière militaire de son père Ralph, les contours d’un confinement pour le moins profitable ou l’essai de 100 mètres l’ayant fait basculer vers la postérité ... C’est à vous, Henry…

On sait finalement peu de choses sur vous. Où avez-vous grandi, Henry ?

Je suis un Anglais né à Chypre. Mon père (Ralph) était colonel dans l’armée britannique et membre des Rifles (infanterie légère). Il a beaucoup voyagé, au gré de ses missions en Afghanistan, en Irak ou en Irlande du Nord…

Et votre mère, Jane ?

Elle était également dans l’armée mais y travaillait comme infirmière. Mes parents se sont rencontrés sur une base, voilà tout. […] Comme toute famille de militaires, nous avons beaucoup voyagé, d’Irlande du Nord à l’Ecosse en passant par les Etats-Unis. Puis nous nous sommes finalement installés en Angleterre, du côté de Bath, à mes 7 ans.

Que saviez-vous, plus jeune, des missions militaires de votre père ?

Peu de choses… Mais son parcours m’a toujours fasciné puisqu’à l’université, j’ai beaucoup étudié l’histoire du XXe siècle et les troubles nord-irlandais, par exemple. Un matin, mon père est même venu présenter son métier de soldat devant mes camarades de classe. J’ai ce jour-là appris beaucoup de choses sur lui…

Henry Arundell, ailier du Racing 92.
Henry Arundell, ailier du Racing 92. Icon Sport - Icon Sport

Lesquelles, par exemple ?

En Irlande du Nord, il a connu des moments qui changent une vie. Il a par exemple été appelé en renfort le matin où la ville d’Enniskillen fut la cible d’un terrible attentat terroriste (onze personnes, toute de confession protestante, avaient ce jour-là trouvé la mort après un attentat attribué à l’IRA, N.D.L.R.) et cela l’a profondément marqué. […] A la fin de sa carrière de militaire, il a intégré le collège de Harrow, où il s’occupait de la sécurité de l’établissement. Nous l’avons suivi là-bas, dans le nord-ouest de Londres. J’ai été scolarisé dans cette école.

On la dit pour le moins "select"

Beaucoup de gens pensent que les enfants d’Harrow sont coincés, arrogants, bourgeois… C’est faux… On avait certes quelques aristocrates dans ma classe, dont le Prince de Malaisie, et plusieurs enfants de milliardaires russes. Mais en réalité, on était juste une bande de potes comme il en existe des milliers d’autres.

(À cet instant là, Juan Imhoff entre dans la salle et lance : "Chaque fois que je donne une interview, les journalistes ne me posent plus que des questions sur toi, Henry ! J’en ai marre ! Renvoie moi l’ascenseur, un peu !" Il ressort aussitôt, hilare).

Et le rugby, alors ? Comment l’avez-vous débuté ?

C’est juste un truc de famille. Mon père y a joué. Mon frère (Jack) aussi, avec les moins de 19 ans de Gloucester. Moi, j’ai débuté à 7 ans au petit club de Trowbridge, non loin de Bath. À l’époque, c’étaient mon père et ma mère qui m’amenaient au stade. Pendant que je m’entraînais à buter pendant des heures, ils m’attendaient dans la voiture. Ils ont été patients, mes parents… Puis il y eut l’équipe de Harrow, l’académie des London Irish et au bout du bout, le rugby professionnel…

Avez-vous immédiatement percé dans le rugby anglais ?

Non : il m’a fallu au préalable me transformer physiquement. Il y a encore trois ans, je jouais avec les moins de 18 ans anglais ; j’étais déjà rapide mais surtout très maigre. Je pesais quoi ? 85 kg ? À peine, oui…

Et alors ?

Le jour où le confinement a été annoncé par le gouvernement britannique (mars 2020), j’ai décidé de me transformer : j’ai demandé à un voisin de ma mère de me prêter un banc de musculation et tout a donc commencé là-bas, dans un garage dépourvu de fenêtres… L’après-midi, j’allais bosser mes "skills" (technique individuelle) et mon jeu au pied dans le jardin : je posais une poubelle au milieu de la pelouse, courais vers elle, tapais au-dessus et tentais de récupérer le ballon.

Vous étiez motivé…

À l’époque, je venais de découvrir "The Last Dance" (un documentaire sur la vie de Michaël Jordan). Le parcours de Jordan m’a beaucoup inspiré. Je voulais tendre vers son modèle et c’est devenu une obsession, presque : puisque personne ne pouvait plus accéder aux salles de gym, je me suis juste dit que le moment était venu de rattraper mon retard physique sur les autres.

A quel point avez-vous changé ?

J’ai pris 7 kg en quelques mois. Ca m’a beaucoup aidé pour amortir les impacts et développer mon rugby, de façon plus globale.

Malgré ça, quel ailier vous a-t-il fait le plus souffrir dans votre carrière ?

Nemani Nadolo (1,97 m et 135 kg), sans aucun doute. En février 2022, j’ai vécu un cauchemar contre lui. Ce mec, c’est un monstre. Ce jour-là, il a cassé la ligne plusieurs fois et je ne pouvais le faire tomber, c’est aussi simple que ça.

Que feriez-vous si vous croisiez sa route ?

Je ne sais pas mais j’ai clairement une vendetta contre lui ! J’y laisserais peut-être une épaule mais je donnerais tout ! (rires)

Pourquoi Michaël Jordan est-il votre idole ?

C’est le plus grand athlète de tous les temps. Personne n’a dominé son sport comme il l’a fait, lui. La première fois qu’il a joué les play-off de NBA, face aux Boston Celtics, il a terminé le match avec le record de points jamais marqués en phase finale…

Qui est le Michaël Jordan du rugby ?

(il soupire) Antoine Dupont est le joueur le plus impressionnant qu’il m’ait été donné de croiser sur un terrain.

Est-ce que "facteur X" est une bonne définition de vous ?

Je pense. J’aime quand le jeu est spectaculaire, rapide, excitant. J’essaie de faire des choses que les autres ne font pas. Mais on ne peut pas seulement être un "facteur X", sur un terrain de rugby : il faut surtout être fiable, solide. C’est ce qui rend Dupont si fort : il est capable de fulgurances mais réalise aussi très bien les basiques de son poste.

Vous vous êtes fait un nom après avoir aplati un essai de 100 mètres face à Toulon, l’an passé. Pouvez-vous nous raconter cette action ?

Elle a changé ma vie. Sur les réseaux sociaux, l’essai est devenu viral. Pour moi, c’était vraiment spécial parce que Toulon fait partie des géants du rugby français : Toulon, c’est le club aux trois coupes d’Europe, le club où Jonny Wilkinson a tout remporté. […] Sur l’action, Nick Phipps (demi de mêlée) est sous la pression de Gabin Villière mais parvient à me donner la balle. Je suis quasiment dans mon en-but. Face à moi, il y a seulement deux défenseurs et je pense : "Où sont les autres ?" Alors, j’accélère, accélère encore et après un long voyage, je marque. Pendant le reste du match, j’ai pensé : "Mince, que vient-il de se passer ?" C’était très particulier…

À ce point ?

Oui. La veille, j’avais rencontré Eddie Jones (alors sélectionneur du XV de la Rose) à l’hôtel où logeait l‘équipe et il m’avait dit : "Demande le ballon, Henry ! Et sois toi-même". Après le match, il m’a envoyé ce message : "Tu as trouvé le ballon, camarade. Bien joué !"

Plus récemment, vous avez signé un triplé contre Toulon en championnat. Mayol vous réussit plutôt bien…

Après ce match, Baptiste Serin a dit : "Je ne veux plus qu’il revienne à Mayol, lui !" C’était drôle et plutôt flatteur, venant d’un demi de mêlée tel que lui…

En trois titularisations avec le Racing 92, vous avez déjà marqué quatre essais. D’où vous vient cette pointe de vitesse ?

J’ai toujours pensé que le cricket était trop lent pour moi. Alors quand j’étais jeune, j’ai fait beaucoup d’athlétisme : 100 mètres, 200 mètres, saut en longueur… Je dois en garder quelques restes, voilà tout…

Étiez-vous le joueur le plus rapide du Premiership (le championnat d’Angleterre), la saison dernière ?

Louis Rees-Zammit (Gloucester) et Adam Radwan (Newcastle) sont aussi très rapides. Je ne sais pas… On n’a jamais fait de course, tous les trois…

Et avez-vous fait une course avec Juan Imhoff, au Racing ?

Non… Mais je le battrai certainement ! Il commence à prendre de l’âge, Juan. (rires) Non, plus sérieusement, ce mec est incroyable : il a 35 ans et court comme s’il en avait 21.

Pourquoi avez-vous choisi de signer au Racing, il y a quelques mois ?

J’avais déjà besoin d’un boulot ! (rires) Les London Irish venaient de faire faillite. Derrière ça, j’ai eu quelques discussions avec des clubs français mais rien de très sérieux. Stuart (Lancaster) m’a alors envoyé un message. Je connaissais sa réputation. Je savais ce que disaient les joueurs du Leinster à son sujet. Et puis…

Quoi ?

J’ai toujours considéré le Racing comme le Real de Madrid du rugby. Le club des Galactiques. Pour moi, l’opportunité de jouer dans la même équipe que Gaël Fickou, Siya Kolisi, Juan Imhoff ou Josua Tuisova ne pouvait se refuser. Tous mes anciens coéquipiers des London Irish n’ont pas eu ma chance. Moi, quelques jours après la banqueroute des London Irish, le Racing m’invitait déjà à visiter ses installations.

Comment vous sentez-vous, ici ?

À merveille. Le Top 14 est de très loin le meilleur championnat du monde.

Bien plus fort que le Premiership ?

Oui. Tous les week-ends, tu affrontes en Top 14 les plus grands joueurs de la planète. Où que tu te rendes, les stades sont pleins, l’ambiance est dingue… J’ai joué quelques matchs internationaux (dix) et à mon sens, le Top 14 est le championnat qui se rapproche le plus de ce niveau-là. (il marque une pause, reprend) Mon père était à Paris-La Défense-Arena dimanche soir, pour le match contre La Rochelle. Pfffff…

Quoi ?

Il avait des étoiles dans les yeux, au coup de sifflet final. Il avait l’impression d’avoir assisté à un spectacle de NFL (le championnat de football américain). Il disait que l’ambiance était folle. […] Je suis Anglais. J’aime mon pays, notre rugby et nos supporters. Mais au stade, il y a beaucoup de différence entre 10 000 fans anglais et 10 000 fans français : les Français sont un peu dingues, hein…

Quelle est votre ambition, ici ? Le Top 14 ou la Champions Cup ?

Je ne vois pas pourquoi le Racing ne pourrait pas faire le doublé. On a l’équipe. On a le staff. On a un stade magnifique et des supporters passionnés. Alors, pourquoi pas ? […] Quand j’avais 10 ans, j’ai couché dans un petit livre ce que je souhaitais accomplir : jouer d’abord pour mon académie, puis pour l’équipe d’Angleterre des moins de 20 ans, puis pour le XV de la Rose ; plus tard, disputer une Coupe du monde, faire partie des Lions britanniques… Je porte toujours ce cahier dans mon sac.

En clair ?

Peu importe ce que je réalise sur un match. Peu importe que je signe un exploit ou une performance catastrophique : ça ne doit pas changer la semaine de travail qui suit et les objectifs que je poursuis, sur le long terme.

Steve Borthwick, le sélectionneur anglais, vous a rendu visite la semaine dernière. Que vous a-t-il dit ? Et que ferez-vous la saison prochaine ? Tous les clubs anglais vous veulent…

Je n’ai pas encore pris ma décision. Pour ça, j’attends encore quelques semaines. Mais j’étais content de voir Steve, oui. Il m’a dit qu’il voulait que je revienne. On verra… Pour l’instant, je suis concentré sur le début de la Champions Cup et le gros match qui nous attend face aux Harlequins : les Quins, ce sont les rivaux historiques des London Irish.

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Les commentaires (2)
31Decat Il y a 2 mois Le 01/12/2023 à 16:28

Les clubs Parisiens ne sont-ils pas un peu trop confiants et prétentieux , que d'annoncer qu'ils peuvent faire le doubler.
Ils ne sont pas les seuls , la concurrence est rude . Bonne chance.

Papimag Il y a 2 mois Le 01/12/2023 à 15:41

En cherchant bien ...