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Shontayne Hape (ex-Montpellier) lâche une bombe au sujet des commotions cérébrales

Hape lâche une bombe au sujet des commotions cérébrales

Par Fabien Pomiès
Dernière mise à jour Le 03/06/2014 à 16:27 -
Par Fabien Pomiès - Le 03/06/2014 à 16:27
Après une vingtaine de commotions cérébrales subies lors de sa carrière de joueur, l'ancien joueur de Montpellier, Shontayne Hape a décidé de stopper sa carrière. Dans le New Zeland Herald, il a raconté sa descente aux enfers. Poignant.
 

Jusqu'alors, Shontayne Hape était resté silencieux sur son état de santé. Mais il a livré un témoignage édifiant dans les colonnes du New Zeland Herald ce week-end. Un billet d'humeur au titre plutôt évocateur: "Mon combat contre les commotions cérébrales". Petit retour en arrière: en février 2013, le centre international anglais de Montpellier (33 ans, 13 sélections) a été contraint de mettre un terme à sa saison, la faute à la répétition de ces fameuses commotions cérébrales. Son club s'est alors fendu d'un communiqué sur son site: "Victime de commotions cérébrales à répétition, Shontayne Hape, centre néo-zélandais arrivé l’été dernier au sein de l’effectif, sera écarté des terrains pour le reste de la saison. En effet, Ludovic Denais, Médecin du club, en collaboration avec des experts en neurologie, ont jugé nécessaire la mise au repos totale du joueur pendant une durée de 3 mois". Disparu des radars depuis, le désormais retraité a expliqué. "Je ne raconte pas mon histoire pour avoir de la sympathie. Je dis ça car les gens, surtout les jeunes joueurs, doivent être au courant. Le rugby a parcouru pas mal de chemin concernant le traitement des commotions cérébrales mais il en reste encore beaucoup". Après les cas d'Eduard Coetzee, Rory Lamont (lire ici) ou Marie-Alice Yahé (lire ici), cette nouvelle sortie médiatique relance donc la question auprès du monde du rugby.

Ce qu'il n'avait jamais dit

Avant de prendre la décision de raccrocher les crampons, Shontayne Hape avoue avoir connu "une vingtaine de commotions cérébrales dans (sa) carrière". Ces fameux K.O, au cœur des débats depuis quelques temps dans le rugby, seraient malheureusement assez répandus. "Tout le monde s’est déjà assommé un jour sur le terrain. Tout le monde a déjà eu une commotion cérébrale. Je ne me souviens pas d'un seul des gars avec qui j’ai joué à qui cela n’est pas arrivé. Cela vous arrive et vous continuez de jouer. C’est la nature de ce sport. Ça vous endurcit. J’ai grandi comme ça".

Avant de rejoindre le club de Montpellier durant l'été 2012, il avait eu deux gros chocs à la tête avec son club de Leicester, ce qui l'avait écarté des terrains durant quatre mois. "Quand j’ai eu fini ma convalescence, il ne restait que trois ou quatre matchs à jouer donc ce n’était pas nécessaire que je revienne. Cela veut dire que j’ai eu quatre mois d’arrêt avant de rejoindre Montpellier et le sud de la France. Quand je suis arrivé, je me sentais frais et puis j’avais eu l’autorisation de jouer à nouveau. Je pensais que mes problèmes de commotions étaient derrière moi".

Lors du match de barrage entre Toulouse et le Racing Métro, le cas du centre haut-garonnais, Florian Fritz, a défrayé la chronique. Et en voyant les images, Shontayne Hape n'a pu rester de marbre, en pensant à son histoire personnell. "Récemment, j’ai vu le quart de finale entre Toulouse et le Racing. Florian Fritz a été KO, il pissait le sang. Il est sorti et on lui a dit de revenir sur le terrain. Il l’a fait mais n’était pas dans un état normal. Je vois des choses comme cela tout le temps. Les fans ont l’habitude de dire 'Wow, il est dur'. Nous devons changer les mentalités. Les jeunes joueurs ne comprennent pas les risques de jouer avec des commotions cérébrales. La chose la plus dangereuse, c’est que c’est une blessure qui ne se voit pas. L'ignorer est donc facile. Et cela arrive trop souvent".

Shontayne HAPE - Montpellier castres - 29 septembre 2012
Shontayne HAPE - Montpellier castres - 29 septembre 2012 - Icon Sport

Les phrases à retenir

Tout juste débarqué dans le Top 14 sous les couleurs du MHR avec un statut d'international, Hape reconnaît avoir voulu ne pas trop s'exprimer sur son état de santé. Avant que les commotions ne se fassent plus rapprochées. "Lorsque vous venez d’arriver dans un nouveau club et que vous êtes international, vous devez impressionner. C’était le plus gros contrat de ma carrière donc j’étais sous pression. J’ai joué la semaine suivante et j’ai subi une nouvelle commotion. Cette fois, j’ai été vraiment inquiet  […] Par la suite, j’évitais d’aller dans les rucks car j’étais terrifié d’être KO encore".

"Les choses allaient tellement mal pour moi que je ne souvenais plus de mon code. Ma carte de crédit a été avalée deux fois".

Un peu désabusé par le manque de considération apporté aux joueurs de rugby par les entraîneurs et dirigeants, le centre anglais n'est pas tendre avec ceux-ci. "En France, on te dit: 'ok, tu vas te reposer durant une semaine et ça ira'. Il y avait sans cesse de la pression de la part des coaches. La plupart des entraîneurs ne se soucient pas de ce qui va se passer plus tard dans ta vie. C’est à propos d’ici et maintenant".

"Les joueurs sont juste des morceaux de viande. Quand la viande est trop vieille ou passée, les clubs en achètent d’autres".

Au quotidien, Shontayne Hape décrit son cauchemar et les conséquences que ces commotions cérébrales à répétition ont eu sur lui. "J’ai toujours aimé la musique. Jouer au DJ fait partie de mes loisirs et j’ai tout le matériel à la maison. Mais avec les effets des commotions cérébrales, je ne pouvais plus supporter d’écouter de la musique. Le son était trop fort. La lumière du soleil également était un problème. J’ai dû rester plusieurs jours dans le noir chez moi. Je devais rester au calme et je ne supportais pas mes trois jeunes enfants. J’étais sans cesse en colère contre eux. Ma relation avec ma femme Liana a souffert. Elle a été contrainte de gérer seule nos trois enfants et la maison".

Le moment bouleversant

Conscient des dangers qu'il aurait pu prendre à continuer sa carrière, Shontayne Hape s'est résigné à stopper court sa vie de rugbymen professionnel. Un choix difficile à prendre. "Je pensais que je pourrais me reposer une année puis revenir, c’est pourquoi je n’ai jamais dit que je prenais ma retraite. Après le déni, je suis parti en dépression. J’ai eu de la chance d’avoir du soutien autour de moi. En janvier, j’ai finalement accepté que tout cela soit fini. J’ai lu qu’un jeune joueur à Auckland était mort après un choc à la tête. Mon quatrième enfant était en route et j’avais 33 ans. Jouer un an de plus et risquer ma vie en valait-il la peine ?" Et de parler de ses plus grandes blessures. "Aujourd’hui, je me souviens de ce qui s’est passé il y a longtemps mais pas ce qui est arrivé hier, les noms, les numéros et tout un tas de trucs que j’oublie constamment".

" J’ai la capacité de concentration d’un jeune enfant. Le plus grand de mes fils peut s’assoir à table et bosser durant des heures. Une demi-heure, c’est tout pour moi"

Des solutions pour améliorer le protocole mis en place ?

Quelques jours après le match de barrage entre Toulouse et le Racing, le président de l'IRB, Bernard Lapasset, a évoqué chez nos confrères de FranceBleu Toulouse le K.O du Haut-Garonnais Florian Fritz. Il a estimé que cette "affaire fera jurisprudence". Il également avoué que cette situation des joueurs commotionnés est préoccupante et qu'une réflexion est menée afin de l'améliorer, notamment en responsabilisant plusieurs acteurs d'un match. Il a milité aussi pour que les capitaines aient des rôles plus importants. "Je crois qu'aujourd'hui, nous ne sommes malheureusement pas outillés pour amener une tierce personne. [...] On a pensé au capitaine d'abord car il a un rôle à jouer s'il voit l'un de ses collègues dans une situation qui présente des risques solides de ne pas pouvoir continuer le match. Et puis, c'est l'un des acteurs majeurs. On a pensé bien sûr à l'arbitre qui lui conduit le match. Il peut mesurer l'impact, la force du choc qu'a subi le joueur. Et puis finalement celui qui est capable d'apporter un vrai diagnostic, qui mesure le dispositif, c'est à mon avis aujourd'hui le seul, c'est le médecin. Alors se pose la question: 'Est-ce qu'on prend un tierce médecin qui ne soit pas forcément soit d'un club soit de l'autre ?' On verra au fur et à mesure des cas qu'on aura à connaître quelle est la meilleure solution. Peut-être un équilibre entre les trois. Je suis assez partant pour que le capitaine de l'équipe puisse également avoir un rôle à jouer. Je pense que le rôle du capitaine est quand même un rôle important qu'il faut donner pour pouvoir apprécier une situation dans un cas comme celui-là".

Où retrouver cet entretien ?

Sur le site du New Zealand Herald ici

Shontayne Hape - Angleterre - 13 aout 2011
Shontayne Hape - Angleterre - 13 aout 2011 - Icon Sport
 
 

commentaires


  • dropandgoal11/06/2014 08:17

    ...ça s'appelle plus une cravate mais une manchette !!! ;-))) L'idée reste la même à savoir que du point de vue commotion, la poire de Chabal était très dangereuse !!!!

  • cyril2605/06/2014 18:40

    Pas grave, de toute facon ils se deplacent juste pour aller se mettre des coups de casque ailleurs, donc la en plus tu evite les deblayages dangereux lol

  • OleAvei04/06/2014 22:18

    Espérons que Mr Novès aura lu cet article.