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Rugby - Analyse technique: Le offload, l'arme absolue pour (enfin) voir du beau jeu ?

Le offload, l'arme absolue pour (enfin) voir du beau jeu ?

Mis à jourLe 24/02/2016 à 13:18

Publiéle 13/01/2016 à 12:03

Mis à jourLe 24/02/2016 à 13:18

Publiéle 13/01/2016 à 12:03

Article de Pierre AMMICHE

La passe après contact est morte, vive le offload! Un changement de nom en forme de couronnement, un anglicisme qui lui donne un coup de jeune… Mais qu'est-ce qui permet à ce geste de (re)devenir aussi populaire? Focus sur une action, souvent spectaculaire, qui nécessite autant de qualités qu'il n'implique de conséquences.

Dans une chute de manière désespérée, après avoir surpris le défenseur d'un crochet ou suite à une grosse percussion, le offload est toujours un moment inattendu. Un anachronisme du rugby "tout physique". Les maitres en la matière se nomment Sonny Bill Williams, Juan-Martin Hernandez ou encore Leone Nakarawa. Geste habituel du rugby à XIII, décisif à XV, le offload régale les spectateurs, est craint par les défenses et affole les statistiques.

  • Un instrument de mesure ambigu

Comme bien des données dans le rugby, le offload est quantifié, analysé, décortiqué. De quoi permettre à ce geste éternel de devenir bien plus qu'une passe. Il se transforme, via la statistique, en un véritable instrument de mesure et mieux, en un indicateur de qualité. Illustration avec deux matchs du week-end dernier: d'un côté, le douloureux Toulon-Bath, peu enthousiasmant et qui ne compte que 17 passes après contact. De l'autre, le convaincant Racing-Glasgow et ses 34 unités, dont 24 pour le seul club francilien. Plus le nombre de offloads est important et plus l'impression de fluidité d'un match sera grande.

Offload de Chris Masoe (Racing) face à Glasgow - 9 janvier 2016
Offload de Chris Masoe (Racing) face à Glasgow - 9 janvier 2016 - AFP

Mais attention: comme toutes les statistiques, celle-ci nécessite une analyse rationnelle. La passe après-contact n'est pas la garantie absolue d'un match de qualité. Mais elle implique plusieurs facteurs permettant une bonne rencontre: des joueurs dotés d'une bonne technique individuelle, la volonté de prendre des risques en attaque et un rythme permettant aux deux équipes de créer des décalages ballon en main. La passe après contact n'est que la conséquence d'un match bon et pas sa cause. Mieux: elle est un indice et pas une preuve.

  • Une réponse efficace aux défenses agressives

La raison de ce retour en grâce, ou en tout cas de sa médiatisation récente, se trouve peut-être dans le fait qu'elle constitue une réponse adaptée aux défenses agressives. Dans les systèmes en vogue (rush-défense, défense inversée), la ligne est dense sur le première rideau, elle laisse très peu de temps au porteur de la balle pour assurer une passe avant contact en fermant les extérieurs... mais évolue sans filet. Le moindre duel perdu au milieu du terrain peut être décisif et la moindre erreur défensive se paye cash. Le offload devient donc une solution viable et donc recherchée par beaucoup.

Offload du Fidjien Leone Nakarawa face à l'Angleterre - Coupe du monde 2015
Offload du Fidjien Leone Nakarawa face à l'Angleterre - Coupe du monde 2015 - Icon Sport

Faire vivre le ballon après le plaquage permet deux choses. La première, de fixer de manière définitive le plaqueur, qui s'élimine sur le porteur de la balle. La deuxième, de réduire les chances de la défense de ralentir la sortie de balle, le ruck n'ayant pas lieu puisque le ballon ne s'arrête pas. Cette volonté de faire vivre l'action est un bon moyen de mettre en échec la stratégie de contest de l'adversaire et de gripper la mécanique défensive d'une équipe. Encore faut-il réussir cette fameuse passe après contact et ne pas… "vomir" le ballon à l'impact.

  • Un geste complexe qui parait simple…

Le paradoxe du offload est certainement que l'impression de facilité qui s'en dégage tranche violemment avec la complexité de sa réalisation. La passe après-contact est le fruit de deux volontés antagonistes et difficiles à concilier en peu de temps: jouer un duel face à un défenseur et assurer la continuité de l'action. Et c'est bien là que réside toute la difficulté. Car le geste se compose avant toute chose d'un duel. Impossible d'assurer la transmission sans le gagner. Basculer trop tôt sur l'action de passe, c'est l'assurance de se faire découper. Trop tard, et c'est la petite fenêtre de temps entre le plaquage et la situation de ruck qui se referme définitivement.

Offload de David Smith (Castres) face à Pau - 9 janvier 2016
Offload de David Smith (Castres) face à Pau - 9 janvier 2016 - Icon Sport

Les spécialistes de l'exercice sont donc des joueurs qui combine dynamisme et qualité gestuelle. Exemple avec le Castrais David Smith, qui comptabilise 7 passes après contact face à Pau, un record ce week-end, ou avec Nathan Hughes, qui a porté avec les Wasps le record de passes après contact dans le championnat anglais à 36 unités en seulement 20 matchs.

  • Bilan

La passe après-contact n'est pas nouvelle, mais c'est certainement le regard que l'on porte sur elle qui évolue. Elle apporte une réponse, soit. Elle est le geste technique le plus hybride du rugby, combinant force et finesse, d'accord. Mais le offload permet surtout d'individualiser la performance. Une conséquence directe de l'approche statistique. Le public veut des héros, des gladiateurs, des vedettes, du spectacle. Et de ce point de vue, le offload est parfait: le geste est beau, le sacrifice du passeur au nom de la continuité du jeu est noble, la batterie de ralentis et de loupes mettant en valeur le joueur nombreuses.

Un superbe offload de "SBW" en tombant face à l'Angleterre en 2014
Un superbe offload de "SBW" en tombant face à l'Angleterre en 2014 - Icon Sport

Exemple de cette tendance à l'individualisation avec Sonny Bill Williams, qui est devenu malgré lui le dépositaire légal de la passe après-contact. Une singularité qu'on ne peut que comprendre: pendant le Coupe du Monde, le centre néo-zélandais a réussi 12 offloads en 7 petits matchs (dont 2 seulement comme titulaire). De quoi encore alimenter les "highlights"... et la réputation d'un joueur à la carrière et au parcours symptomatique du rugby moderne.

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