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Thomas Castaignède: "Quand je vois la progression du rugby à VII..."

Castaignède: "Le rugby à XV a la force de la tradition, mais quand je vois la progression du VII…"
Par Other Agency

Le 09/05/2016 à 18:10Mis à jour Le 09/05/2016 à 18:45

Champion de France à 19 ans avec Toulouse, international l’année suivante, vainqueur du Tournoi et de la Coupe d’Europe un an plus tard : tout est allé très vite pour Thomas Castaignède. Retiré des terrains depuis 2007 et membre de la cellule technique pour relancer le XV de France, il pose aujourd’hui un regard avisé sur son sport avec, toujours, ce même souci de la passe et de la transmission.

Le rugby à 7 est une discipline que vous appréciez particulièrement et en faveur de laquelle vous vous êtes souvent engagé. Pourquoi ?

Thomas CASTAIGNEDE: C’est un sport qui correspondait plus à mes qualités athlétiques et rugbystiques, avec des espaces, de la vitesse, de la technique… Je voyais mes camarades partir pour des tournois avec les Froggies, sans moi car j’étais engagé très jeune avec Toulouse et l’équipe de France. Je n’ai pu jouer qu’une fois un tournoi à 7 avec les Barbarians et ça avait été une super expérience… En tant que joueur et observateur, j’ai toujours été attiré par ce rugby-là, avec cette magie des voyages, des tournois à l’autre bout du monde dans des villes magnifiques, et contre les plus grands joueurs du monde car plusieurs fédérations avaient fait du 7 un axe de développement. Je me souviens notamment de la Nouvelle-Zélande en 1998 avec Lomu et Cullen qui sont ensuite devenus des stars à XV. Aujourd’hui je suis convaincu qu’on doit s’en servir beaucoup plus pour aguerrir nos jeunes joueurs, comme l'ont fait d'autres nations.

A propos de la magie des tournois à l’autre bout du monde, vous étiez récemment à Hong-Kong pour les World Series…

T.C: Dès que je peux participer ou aller sur ces événements, j’y vais. Et c’est fou d’être au milieu de Hong-Kong et de voir qu’un sport comme le rugby peut être autant considéré ! C’est vraiment les trois jours les plus importants de l’année en termes de festivités. On a l’impression de participer aux fêtes de Bayonne ou de Mont-De-Marsan, mais dans une ambiance internationale et avec les meilleurs joueurs du monde qui se disputent des matches incroyables. Et des nations méconnues dans le rugby comme le Kenya ou le Portugal rivalisent face aux meilleures. Quand on voit le retour des Kenyans chez eux après leur victoire à Singapour, fêtés en héros dans un pays qui n’est pas de tradition rugbystique, on se dit que le 7 est vraiment un bel axe de développement pour le rugby !

" Pour moi, le rugby a toujours été la récompense de l’école"

Vous étiez le parrain du Centrale 7 en 2015, qu’est-ce que ce tournoi représente pour vous ?

T.C: Centrale 7, c’est l’association entre des jeunes issus de grandes écoles et un rugby que j’affectionne. A mon époque à l’université Paul Sabatier, Fred Artigaut se battait souvent avec Guy Novès et nos entraîneurs pour qu’on puisse jouer en universitaire. Même si c’était compliqué de gérer à la fois l’entraînement avec le Stade et ces matches-là, ça m’a permis de vivre de belles aventures. Pour moi, le rugby a toujours été la récompense de l‘école. Et associer tous ces étudiants, qui s’impliquent énormément dans leurs études tout en étant passionnés de rugby, je trouvais que ça donnait une belle image à la fois du côté universitaire et du côté rugby.

Lors de la conférence de la soirée de lancement, Didier Retière affirmait que la démocratisation du 7 en France nécessitait "un véritable changement de culture". Qu’est-ce que vous en pensez ?

T.C: Quand on voit les soucis qui peuvent exister dans le rugby français et la comparaison avec l’Angleterre, on peut imaginer qu’un acte fort serait de ramener le rugby à l’école. Peut-être pas le rugby de contact à XV mais un rugby à VII qui permettrait non seulement de susciter un intérêt mais aussi de préparer les jeunes. Le VII peut rendre le rugby plus accessible et permettre d’avoir une base de joueurs plus importante, ce qui est l’enjeu majeur aujourd’hui en France.

Mais est-ce que cela reviendrait à dire que le VII ne ferait "que" favoriser la formation des jeunes joueurs vers le XV qui, avec la dimension de combat, resterait le sport majeur ? Jusqu’où peut grandir le VII ?

T.C: Le XV a la force de la tradition, mais quand je vois la progression du rugby à VII avec ces événements à Hong-Kong, Singapour, Londres, Wellington Sydney… On sent vraiment un engouement incroyable et je suis curieux de voir ce que ça donnera au tournoi de Paris. Les rencontres sont captivantes, il y a des matchs toute la journée pendant trois jours, on peut y aller en famille… Les tournois à VII peuvent devenir de véritables fêtes populaires. Et l’intérêt sera encore plus important avec l’intégration aux JO et la possibilité de gagner des médailles d’or, une reconnaissance incroyable pour un athlète.

" Le rugby français actuel est le reflet de notre éducation rugbystique depuis 15 ans"

Tu faisais partie de la cellule technique qui a donné ses recommandations pour le XV de France il y a quelques semaines, y avez-vous beaucoup parlé du 7 et de ses potentialités ?

T.C: Le rugby à VII fait partie d’une réflexion globale à long terme. A l’école, il devrait être un véritable axe de développement comme je l’ai dit. Le rugby français actuel est le reflet de ce que l’on a fait en termes d’éducation rugbystique depuis 15 ans. Si on n’anticipe pas maintenant pour avoir une base de jeunes joueurs… Dans les écoles anglaises le sport est un élément de valorisation beaucoup plus important que chez nous. Mon fils a 12 ans, et quand il pleut à son école, ils ne font pas de sport ! Ça paraîtrait aberrant pour des Anglais qui font du sport tout l’après-midi ! Là-bas, tout part de l’école : on est fiers de la représenter et on s’entraîne tous les jours pour ça. Tout ce retard qu’on prend, on a du mal à le rattraper par la suite. Il y a un gros échange à faire avec l’éducation nationale sur les valeurs et atouts du rugby, et particulièrement du 7.

Propos recueillis par Martin de Wailly

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