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Tournoi des 6 nations - Saint-André a tout lâché et s'en est ouvertement pris aux "starlettes"

Saint-André a tout lâché et s'en est ouvertement pris aux "starlettes"

Le 03/03/2015 à 12:21

C'est un Philippe Saint-André à la fois abattu et remonté qui s'est présenté devant la presse pour débriefer la défaite de l'équipe de France contre le pays de Galles. Le sélectionneur, qui a assuré qu'il ne quittera pas ses fonctions avant la fin de son contrat, n'a pas mâché ses mots envers ses joueurs.

"Ta carrière, tu la construis sur le terrain et pas dans les médias ou en faisant des photos"

Rarement PSA s'en ai pris aussi violemment à ses joueurs que ce dimanche. Le "Goret" a tiré a vu sur ses troupes, sans ménagement. "Cela fait trois ans que je les couve et que je suis derrière eux. À un moment, il faut savoir gagner et combattre. Le maillot bleu doit te sublimer, tu dois être un gladiateur. On a progressé mais le résultat est là, on perd quatre fois d'affilée contre les Gallois. On a 50 % de réussite au pied, cinq occasions d'essais, certains joueurs ont 30 minutes d'autonomie au haut niveau, pas plus... J'ai toujours pensé que le travail finissait par payer mais à un moment donné, il faut arrêter. Des joueurs ont commencé avec nous il y a trois ans et ont aujourd'hui trente ou quarante sélections, alors il ne faut plus se cacher derrière des faux semblants. Au rugby, on doit être compétiteur pendant 80 minutes et ta carrière, tu la construis sur le terrain et pas dans les médias ou en faisant des photos". Les Yoann Huget, Morgan Parra, Yoann Maestri ou Wesley Fofana peuvent se sentir directement viser.

"Il faut arrêter de croire qu'on est cette grande nation du rugby mondial"

Positif jusqu'à l'extrême, Philippe Saint André nous avait habitué à "vendre" son équipe de France comme une parmi les quatre meilleures nations du continent. Ses illusions se sont vraisemblablement envolées avec la défaite de samedi. "On verra si on ouvre le groupe pour le prochain match. Nous avons des blessés. Morgan a au moins une grosse entorse du genou et on espère que ce n'est pas pire. Nos deux centres ont des lésions musculaires. On va prendre des nouvelles de tout le monde, des joueurs qui peuvent rentrer dans le groupe. On attendra mercredi pour faire une liste et nous aurons ensuite une semaine pour nous préparer et monter un commando pour aller gagner en Italie. Il faut arrêter de croire qu'on est cette grande nation du rugby mondial. On est la septième nation mondiale et on est à notre niveau. On a perdu quatre fois contre le pays de Galles, on n'a jamais battu l'Irlande et on s'aperçoit qu'on est en difficulté contre ces nations-là. Il nous faut tout pour gagner l'Écosse et l'Italie actuellement. Je veux des mecs prêts à mourir sur le terrain et à tout donner, surtout en équipe".

La compétence du staff pas remise en question

Solidaire avec Patrice Lagisquet et Yannick Bru, le sélectionneur national s'est insurgé lorsqu'une question a fusé sur la compétence du staff français. "Il suffit de regarder le palmarès de Yannick Bru, qui a tout gagné avec Toulouse, ou encore celui de Patrice Lagisquet. Moi, j'ai certainement celui qui a le moins beau palmarès mais j'ai quand même entraîné quinze ans, j'ai été champion d'Angleterre, j'ai gagné le Challenge Européen et fait une demi-finale de Top 14 avec Toulon alors qu'on montait de Pro D2. On assume nos responsabilités, mais ça fait trois ans qu'on le fait et j'aimerais que les joueurs le fasse aussi. Je veux bien être le mal et le problème du rugby français et je l'assume mais bon, n'y en a t-il pas d'autres ?".

Philippe Saint-André avec Patrice Lagisquet et Serge Blanco lors de la Marseillaise

Philippe Saint-André avec Patrice Lagisquet et Serge Blanco lors de la MarseillaiseIcon Sport

La faute rejetée sur les étrangers dans le Top 14 et la fragilité de ses joueurs

"Quand on voit les -20 ans qui ont fait le Grand Chelem l'an dernier, il y en a trois qui ont un peu de temps de jeu en Top 14 cette année. Ils sont où ces mecs là ? Est-ce qu'il faut attendre d'avoir 26 ans pour jouer en Top 14 ? Moi je jouais à 17 ans en première division et j'étais capitaine de l'ASM à 22 ans. Il faut se poser les questions. Sur les trois clubs français qui sont en quarts de finale de Coupe d'Europe, faite une sélection des joueurs français et non-français et faites un match. Vous verrez. Alors oui je cherche, j'ai essayé 80 mecs en trois ans et je vais continuer mais il faut se poser les bonnes questions. Regardez aussi le nombre de blessés qu'on a. On a dû essayer quinze charnières. On prend Tillous-Borde en novembre... blessé. On prend Kockott... blessé. On reprend Parra qui revient en forme... blessé aussi. On va en prendre un autre. Et puis il y en aura peut-être un cinquième et un sixième... Au très haut niveau, il y a de l'intensité et actuellement, on arrive à rivaliser en novembre, c'est dur au VI Nations et en juin, on n'y arrive plus du tout. C'est notre quotidien depuis trois ans. Il y a quatre ans, les joueurs sortaient d'un mauvais VI Nations et au final, on n'a jamais été aussi poche d'être champion du monde. Mais l'écart s'agrandit chaque année entre les Coupes du monde avec les meilleures nations. Il faut se poser les questions".

Camille Lopez en prend pour son grade

Il ne faut pas être un expert en communication pour comprendre que Camille Lopez a déçu son sélectionneur contre le XV du Poireau. Sa maladresse sur les coups de pied de but est clairement pointée du doigt. "On va se battre et j'ai confiance pour la Coupe du monde. On arrivera peut-être à optimiser les joueurs de 20 %, 30 % voire 40 %. Mais actuellement, on est à notre niveau. On est en place défensivement et on se crée des occasions, mais si le trois contre un, tu ne le réussis pas, si la pénalité à 25 mètres en face des poteaux tu la loupes... On a pris Romain Teulet pour faire bosser les buteurs mais bon. J'ai eu la chance de bosser avec Jonny Wilkinson et pour lui, le but était une obsession. Il y va tous les jours. Nous, on a des mecs... (il réfléchit), il faut qu'ils soient plus précis. Ils bossent. Mais quand on est à 50 % de réussite, les huit-neuf points manquent à la fin. Morgan Parra a également raté une pénalité samedi".

Camille Lopez, l'ouvreur du XV de France, a été pointé du doigt après la défaite face au pays de Galles

Camille Lopez, l'ouvreur du XV de France, a été pointé du doigt après la défaite face au pays de GallesIcon Sport

PSA ira jusqu'à la Coupe du monde, mais pas avec des "starlettes"

"Je ne suis jamais parti du navire, tant comme joueur que capitaine, qu'entraîneur ou que père de famille. On m'a donné un rôle: préparer cette équipe pour faire une grande Coupe du monde. Je vous assure que je vais me battre tous les jours pour cela et je vais mourir avec mes convictions. Ce qui est sûr, c'est qu'à partir du 4 juillet, on va travailler et on va aller encore plus loin. Par contre, je veux aller en Angleterre avec des mecs dont j'ai la conviction qu'ils sont prêts à aller au bout du monde. S'il y en a qui trouvent que c'est trop dur et qui ne sont pas prêts à faire les efforts, ils ont tous mon numéro de téléphone. Ils m'appellent et je prends quelqu'un d'autre. Quitte à prendre un gamin de 20 ans qui n'a pas de temps de jeu en Top 14 ! Mais il va falloir y aller et se battre. Le rugby, c'est du combat et de l'humilité. On n'a pas besoin de starlettes. La star, c'est l'équipe et on a besoin de champions. Hier, des champions, je n'en ai pas vu, ou pas beaucoup. Certains jouent leur tête d'ici la fin du Tournoi". Une atmosphère terriblement pesante attend le groupe France au prochain rassemblement des Bleus.

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