Joie Martin Castrogiovanni déception castrogiovanni - italie france - 4 fevrier 2013 - Icon Sport
 
6 Nations

Italie-France, le débriefing: "La faillite de dimanche est avant-tout collective"

"La faillite de dimanche est avant-tout collective"

Par Rugbyrama
Dans cet article
Dernière mise à jour Le 04/02/2013 à 17:12 -
Par Rugbyrama - Le 04/02/2013 à 17:12
Après la défaite des Bleus en Italie lors du Tournoi des 6 nations, vous avez été nombreux à poser vos questions à un journaliste de Midi Olympique.
 

Léo FAURE: Bonjour à tous et bienvenue sur ce CHAT DEBRIEF de la rencontre perdue par les Bleus en Italie, ce dimanche, sur le score de 23 à 18.

NZ1602: Bonjour, j'ai trouvé les Italiens très bons. Pensez-vous qu'ils ont fait un coup d'éclat ou qu'ils risquent d'être bien placés pour une victoire finale ?

Léo FAURE: Pour une victoire finale, il reste du chemin... Ils ont en tout cas, pour la première fois, montré deux arguments nouveaux: ils sont capables de tenir un match entier sur un rythme de très haut-niveau et ils avaient hier bien d'autres arguments collectifs que leur coeur. Il faudra tout de même qu'ils aillent en Angleterre et jouent l'Irlande, deux équipes qui ont fait très forte impression samedi et qui se positionnent clairement comme favoris. La victoire finale semble tout de même utopique.

Rcs34: Peut-on penser que PSA a retenu la leçon et va faire jouer de spécialistes du poste ?

Léo FAURE: La réponse sera donnée ce soir. Mais pour Fofana, puisque la question le cible particulièrement, il est clair qu'il apporte plus au centre à Clermont qu'à l'aile en équipe de France, malgré une fulgurance en première période. Il peut par exemple se retrouver en difficulté sous les chandelles, comme le lui demande le poste d'ailier. Pour le cas Michalak, autre joueur ciblé, il reste une éternelle question: est-il ouvreur ou demi de mêlée ? Difficile de lui en vouloir quand il manque d'automatismes au poste de 10 alors qu'il est presque exclusivement utilisé en 9 à Toulon. Mais la question reste un problème, pour lui comme pour les Bleus. Au sélectionneur de trancher.

Steff: Quand va-t-on donner une chance a l'équipe de France de préparer correctement les 6 nations en mettant au repos trente joueurs deux semaines avant l'épreuve ?

Léo FAURE: C'est effectivement un point, en l'occurrence celui du calendrier, qui continue de peser sur le rugby français et s'est énormément ressenti hier, avec des joueurs français qui avaient toutes les peines à se trouver et à prendre le pas physiquement sur les Italiens, habitués à joueur ensemble et où la collaboration entre les clubs et la Fédération n'est pas seulement un accord de principe. Mais comment imposer à un club de se priver de ses meilleurs joueurs pour les préserver pour l'équipe de France, alors qu'il est celui qui assume les salaires ? Difficilement concevable. On arrivera à régler ce problème soit en basculant sur un système celte, avec des joueurs rémunérés par la Fédération, soit en réduisant le nombre de dates dans le calendrier: c'est à dire basculer sur un Top 12 et réduire la H Cup. Tout un programme...

Claude: Ne pensez-vous pas que plusieurs erreurs de casting ont été commises ?

Léo FAURE: Il est un peu facile de descendre en flèche des joueurs que l'on a encensé en novembre... Ces joueurs si bon il y a trois mois n'auraient-ils plus le niveau requis ? Trop facile. La faillite de dimanche est avant-tout collective. L'adversité y était aussi toute autre, notamment dans le combat où nous n'avons pas dominé physiquement notre adversaire. Nous sommes tombés sur une équipe préparée pour cette échéance, pas sur une nation venue en bout de course après une année marathon et avec une équipe largement remaniée, comme c'était le cas pour l'Australie en novembre. Est-ce qu'il y avait eu un emballement en novembre ? En tout cas, le match d'hier face à une équipe préparée pondère les résultats de novembre... Mais je le répète, l'échec est avant-tout collectif, avec des joueurs parfois perdus sur le terrain et des séquences absolument pas structurées. Individuellement, cette équipe est compétitive.

Oki: Suis-je le seul à penser que Mermoz n'a rien à faire en équipe de France ?

Léo FAURE: Attention aux conclusions attives, où l'on brûle aujourd'hui ceux que l'on a encensé la veille. Que Mermoz n'ait pas fait un bon match dimanche est un évidence. Autant défensivement qu'offensivement. On constate d'ailleurs qu'à Toulon, l'ombre de Bastareaud se fait de plus en plus grande, jusqu'à faire de l'ancien parisien un titulaire régulier. Mermoz reste un joueur talentueux. mais il est clair que sa prestation d'hier ne peut pas suffire. A suivre pour voir si Saint-André lui conservera sa confiance, ou s'il préfèrera lancer Bastareaud, plutôt bon lors de son entrée en jeu, ou replacer Fofana au centre. Mermoz est à un poste où la concurrence est très forte. Plus qu'à l'aile, par exemple...

Tobi: Les choix de coaching sont-ils bons ?

Léo FAURE: Plusieurs choix interpellent: celui de sortir Picamoles pour faire rentrer Chouly, alors que le Clermontois peut évoluer en troisième ligne aile, ce qui aurait laissé Picamoles, un des meilleurs Bleus dimanche, sur le terrain. Idem pour la sortie de Fritz au profit de Bastareaud, alors que le Toulousain semblait mieux dans son match que Mermoz. Il reste une donnée que seuls les entraîneurs maîtrisent en temps réel: la fatigue des joueurs sur le terrain. Là-dessus, les choix pourraient s'expliquer.

lalule: Que pensez-vous des attaques placées qui n'ont jamais surpris les italiens ?

Avec des défenses très en place, il est très compliqué de trouver des espaces sur des ballons en première main. Rien de choquant là-dessus. Malgré tout, les Français ont par exemple percé une fois par Fofana, venu entre le 9 et 10. Ce qui est plus inquiétant, c'est qu'il s'agissait visiblement d'un lancement préparé et que malgré tout, on ne trouve qu'un seul soutien plus ou moins à hauteur, en l'occurence Ouedraogo, alors que le Clermontois ralenti très nettement sa course. On en revient aux problèmes de circulation des joueurs sur le terrain, avec des repères communs bien ancrés. Et sur ce point, il faut du temps. Un temps dont le XV de France ne dispose pas vraiment...

Roger: Le jeu au pied de la France n'est-il pas insuffisant à ce niveau ?

Léo FAURE: Sur le match d'hier, si. On a péché dans l'alternance et dans notre capacité à nous sortir de la pression que nous ont mis les Italiens par leur présence physique. ils ont été meilleurs que nous dans l'occupation. Cela fait parti des points qui ont fait que le match a basculé contre les Français.

Mamuka: Pour le pays de Galles, une révolution dans le XV de départ ou une seconde chance pour les joueurs qui ont perdu face a l'Italie ?

Léo FAURE: Jusque-là, Saint-André a joué la carte de la confiance et de la continuité. Il serait étonnant de voir le sélectionneur verser dans une grande révolution. Peut-être des ajustements...

Hugo_09: Machenaud/Parra ou Parra/ Machenaud? Peut être le moment de revenir à Parra, non ?

Léo FAURE: Le Clermontois a pour lui bien des atouts: son efficacité au pied, déjà, où il impressionne à Clermont. Son expérience internationale aussi impressionnante malgré son jeune âge (24 ans, 47 sélections) ou encore ses qualités d'aboyeur et de défenseur. Il pourrait être une solution bien que l'issue serait dure pour Machenaud, pas forcément le plus en difficulté dimanche et auteur de très bons matchs en novembre. Reste à savoir si l'équipe de France doit laisser la place à une seconde chance? Seul Saint-André à la réponse sur ce point, en fonction de ses convictions. Mais si Parra est une alternative plus que crédible, cristalliser les problèmes de l'équipe de France autour de Maxime machenaud serait se tromper de problème.

Hervé: Le défaut de construction dans les phases de jeu est il dû à un manque de vécu collectif ou à une carence culturelle du rugby français actuel ?

Léo FAURE: Première option. La mise en place d'un collectif et d'un projet de jeu nouveau ne se font pas du jour au lendemain. C'est une équation toujours compliquée pour l'encadrement, en recherche de temps mais pressé par l'obligation de résultats immédiats qu'impose le maillot bleu. Quand à une carence dans le rugby français, je n'y crois pas. Nous faisons plus que bonne figure en H Cup, avec actuellement un statut de deuxième nation européenne derrière les provinces irlandaises qui ne se préparent que pour cette compétition. On peut par contre plutôt payer les carences à certains postes comme ailier ou pilier où l'on retrouve beaucoup d'étranger dans nos clubs. Mais je le répète, les problèmes qui ont coûté très cher à Rome sont plus collectifs qu'individuels.

Aubrey: Bonjour, je trouve que la défense inversée des bleus a été en dessous de tout, le placement de Fofana catastrophique (le manque de repère certainement) mais pourquoi insister dans ce schéma alors qu'une défense "glissée" aurait été plus adéquate ?

Léo FAURE: Qu'elle n'ait pas fonctionné correctement est une certitude et là-encore, on a retrouvé des Français relativement perdus sur le terrain. Mais si la défense inversée est désormais largement préférée à la défense classique dans le rugby moderne c'est que, bien appliquée, elle est de loin la plus sécurisante, pour éviter de se retrouver en danger en bout de ligne face à des ailiers excellents dans le un contre un à qui on offre des couloirs de dix mètres pour travailler leur vis-à-vis. Là-encore, le problème est que cette défense demande beaucoup de maîtrise collective car mal appliquée, elle offre des situations de contre énorme aux adversaires. Visiblement, les Français ne vont pas assez vite dans la mise en place de leur système. Et s'en sont retrouvés punis dimanche.

Guest: À vous entendre, le problème de l'équipe de France vient réellement de son manque de temps de préparation. Quelles changements peut-on espérer de ce coté (autant dans les calendriers Top14 et H Cup que du coté de la salarialisation des joueurs par la fédération) ?

Léo FAURE: C'est bien le problème. Actuellement, on ne voit pas de changements majeurs arriver. Et les Bleus s'en retrouvent réduits à des exploits... et des rechutes, comme celle cinglante de dimanche!

Pierrey: Que pensez-vous de Michalak et de son match? A-t-il confirmer ses tests de novembre ?

Léo FAURE: Clairement, non. Mais pour installer ses performances dans la durée en équipe de France, il faudrait déjà qu'il joue ouvreur en club. Actuellement, ce n'est pas le cas. Dommage? D'un autre côté, au nom de quoi Bernard Laporte devra faire des fleurs à l'équipe de France, s'il juge que la charnière Michalak-Wilkinson est la plus performante à Toulon ? Et on en revient à la dualité club-équipe de France. Que beaucoup d'autres nations, de par leur système administratif, ne connaissent pas...

Yo: Fofana au centre ?

Léo FAURE: Cela fait partie des questions qui reviennent le plus. L'option est alléchante vu les performances du joueur à Clermont, mais ce replacement impose de lui trouver un remplaçant à l'aile. Jusqu'à présent, le sélectionneur a fait le choix de le maintenir à l'aile après un premier Tournoi réussi au centre. A suivre... Mais l'association Fritz-Fofana fait clairement envie.

Todomach: Des exploits et des rechutes, n'est-ce pas l'essence même de notre équipe de France ?

Léo FAURE: On l'a tristement vérifié ce week-end...

 
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