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Top 14 - "Même à 42 ans, j'aurais mieux défendu que vous" : Karim Ghezal au cœur de la colère des joueurs parisiens

  • Karim Ghezal (Stade français).
    Karim Ghezal (Stade français). Icon Sport
Publié le Mis à jour
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Malgré une troisième place en Top 14, de vives tensions sont apparues depuis plusieurs semaines dans les rangs du club de la capitale. La raison ? Le management de l’entraîneur principal Karim Ghezal. Explications.

Si l’on s’en tient au strict plan des résultats en Top 14, le Stade français semble couler des jours paisibles. Troisième du classement, le club de la capitale est dans les clous de son objectif pour disputer la phase finale au printemps prochain. Seulement, les apparences sont parfois trompeuses. En interne, la crise couve depuis plusieurs semaines. Et ce ne sont pas les résultats calamiteux en Champions Cup qui en sont la raison. Ici, il est question du management de Karim Ghezal. Arrivé au titre d’entraîneur principal à l’issue de la Coupe du monde, le technicien est vivement remis en cause par les joueurs parisiens. Un premier couac est survenu à l’issue de la rencontre face à Pau. Ce jour-là, les Soldats roses s’inclinent lourdement (30-6), une semaine après avoir vu le Racing venir, encore une fois, gagner à Jean-Bouin (9-13). Dans l’intimité du vestiaire, l’ancien entraîneur de la touche du XV de France se laisse alors emporter par sa colère.

"Il a tenu des propos incroyables, en humiliant des joueurs", rapporte l’un d’eux. Un exemple ? Il s'en est pris au deuxième ligne Baptiste Pesenti, coupable à ses yeux de ne pas avoir bien défendu sur les ballons portés. "Tu fais peur à qui, Baptiste Pesenti ?" Et d’ajouter en prenant à partie plusieurs joueurs : "Il fait peur à qui Baptiste Pesenti ?" Et de poursuivre : "De toute ma carrière, je n’ai pas jamais pris un maul comme ça. Vous me faites passer pour quoi ? J’ai honte. Même à 42 ans, j’aurais mieux défendu que vous". Les propos choquent, les joueurs s’en émeuvent. Mais l’affaire "Habel-Küffner" vient étouffer la colère de ces derniers. Et pour cause. Au soir de cette défaite, plusieurs éléments s’octroient, contre l’avis du staff technique, le droit de faire une virée en ville, au cours de laquelle le troisième ligne Giovanni Habel-Küffner frappe un membre de l’encadrement de la Section paloise. L’affaire est révélée par nos confrères de l’Équipe le mercredi suivant alors que deux jours plus tôt un cadre du vestiaire, au nom de l’effectif, fait remonter à Laurent Labit, directeur du rugby, le ressentiment grandissant des joueurs à l’égard de Ghezal.

Bon les gars, on va se parler franchement. Si vous avez un problème avec moi, vous me le dites, moi je prends mon chèque et je m’en vais

Soucieux d’éteindre rapidement l’incendie, Labit convoque alors Ghezal le soir même et lui demande de prendre des précautions oratoires. Il n’empêche, plusieurs joueurs du Stade français sont alors convaincus que Karim Ghezal est à l’origine de la fuite cette histoire dans la presse. "C’était dans son intérêt, confie un joueur. On venait de perdre contre le Racing à la maison et de prendre une branlée à Pau. Il sentait la fronde monter contre lui. Il a préféré allumer un contre-feu. Ça lui a permis d’asseoir son autorité. Mais depuis ce jour-là, ça n’a fait qu’empirer."

Quelques semaines plus tard, dans la semaine précédant la rencontre face à La Rochelle (23 décembre), une séance vidéo a également failli tourner au vinaigre. À l’issue de cette séquence de travail, Karim Ghezal a demandé aux analystes vidéo de quitter la salle pour rester seul avec les avants. Il s’est alors adressé à eux en ces termes : "Bon les gars, on va se parler franchement. Si vous avez un problème avec moi, vous me le dites, moi je prends mon chèque et je m’en vais." En suivant, la discussion a été tendue. Une semaine plus tard, au cours de l’échauffement précédant le match face à Clermont à Jean-Bouin, il a également eu une altercation verbale avec son ouvreur Joris Segonds.

S’il continue à nous parler de cette façon, on n’est pas à l’abri qu’il y en ait un qui craque et qui l’emplâtre

Ce vendredi matin, nos confrères de l’Équipe révèlent qu’une nouvelle délégation de joueurs s’est entretenue avec Laurent Labit au début de cette semaine pour exprimer le ras-le-bol général. Selon le quotidien sportif, cette délégation était composée de Romain Briatte, Mathieu Hirigoyen, Jeremy Ward et Léo Barré. "Franchement, il y a 90 % des joueurs qui ne peuvent plus le blairer, rapporte un cadre du vestiaire. S’il continue à nous parler de cette façon, on n’est pas à l’abri qu’il y en ait un qui craque et qui l’emplâtre. On est d’ailleurs nombreux à regretter que Laurent (Labit) ne soit pas davantage présent sur le terrain parce que Ghezal est malin, il n’a pas le même comportement quand Laurent est là." En effet, de par ses prérogatives, Laurent Labit est amené à s’absenter. Un exemple ? Avant la rencontre face au Leinster, il a passé le début de semaine à visiter les clubs où des joueurs parisiens sont prêtés.

Dans le staff technique, l’ambiance est forcément aussi un peu tendue. Plusieurs sources rapportent que le technicien anglais Paul Gustard, celui qui a fait du Stade français la meilleure défense du championnat, s’est mis un peu en retrait. "Avant, il animait souvent nos séances vidéos, c’est beaucoup moins le cas depuis quelque temps. Surtout, il mettait toujours quelques conneries dans ses vidéos pour que ce soit plus ludique, plus sympa. C’était génial, on adorait. Or, il ne le fait plus. Il se contente de nous faire les débriefings via Whatsapp."

La multiplication des incidents n’a évidemment pas échappé à la direction du club et est remontée jusqu’au président Hans-Peter Wild. Selon nos informations, si le travail de Laurent Labit est salué par l’ensemble des strates du club, et notamment par les joueurs, celui de Karim Ghezal interroge forcément. "Les joueurs avaient l’habitude d’avoir un management plus consensuel jusque-là, glisse un administratif du club. Forcément, ça leur fait bizarre. Aujourd’hui, il y a un vrai management. Peut-être, est-il maladroit, mais les joueurs n’obtiennent plus tout ce qu’ils veulent." Assurément, l’ancien directeur du rugby Gonzalo Quesada n’était pas réputé pour avoir un management conflictuel. Au contraire. "Je ne vois pas ça comme des reproches, mais comme une opportunité de discuter avec mes leaders, tente de désamorcer Karim Ghezal dans les colonnes de L’Équipe. J’en ai parlé avec Laurent. Nous savons exactement où nous allons et les étapes par lesquelles nous devons passer. Mais il a surtout été question de contenu d’entraînement. Pas de ma façon de parler."

Le contenu des entraînements, justement parlons-en. Quelques semaines après son arrivée, les joueurs étaient allés voir Ghezal directement pour lui demander de ne pas bouleverser les annonces en touches, ni de modifier les structures sur les ballons portés. "Franchement, je ne reconnais pas les avants, ils sont paumés", avait alors confié un joueur de la ligne de trois-quarts il y a plusieurs semaines. L’an passé, le Stade français faisait référence sur les ballons portés et la conquête. C’est beaucoup moins vrai cette saison. Et si le Stade français n’a gagné qu’une seule rencontre (contre La Rochelle) sur les deux derniers mois, ce constat n’y est pas étranger. "Les avants avaient une mêlée à 89 % et 85 % en touche, confirme Ghezal toujours dans l’Equipe. L’équipe avait une bonne défense mais pas d’attaque. J’ai rééquilibré les choses (…) forcément, ça perturbe les habitudes des mecs".

C’est donc dans un contexte crispé que les hommes du président Hans-Peter Wild se présenteront samedi face à l’UBB, amputée tout de même de six joueurs titulaires de sa ligne de trois-quarts, tous retenus par le XV de France. En interne, on croise les doigts pour qu’un éventuel succès apaise un peu les tensions. Surtout que par le passé, le Stade français a déjà montré que, dans de telles situations, les résultats pouvaient être au rendez-vous...

Droit de réponse de Karim Ghezal

L’entraîneur en chef du Stade français, Karim Ghezal, a tenu à réagir et donner sa version des faits, sur les tensions qui sont apparues entre lui et ses joueurs depuis sa prise de fonction au sein du club parisien.

"Le 26 janvier 2024, Midi Olympique a publié un article me mettant gravement en cause tant sur le plan personnel que dans mon management des joueurs professionnels du Stade Français. Notamment, le Midi Olympique prétend rapporter des propos que j’aurais tenus aux joueurs du Stade Français, et insinue que j’aurais, à dessein, rendue publique une affaire extra-sportive impliquant l’un d’entre eux. Ceci est faux et je ne peux que contester de telles accusations. Si je suis prêt à accepter toutes critiques constructives sur le plan sportif, je ne peux aucunement accepter une telle remise en question de ma personne et des valeurs qui m’animent. L’honnêteté et l’intégrité dont j’ai toujours fait preuve ne doivent pas être ternies par ces rumeurs, qui en me visant, nuisent également à l’institution qu’est le Stade Français Paris. Ma mission est de permettre à mon Club de progresser, comme son classement actuel en TOP 14 en témoigne", a indiqué Karim Ghezal par courrier.

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Les commentaires (14)
Puntadelteno1970 Il y a 1 mois Le 27/01/2024 à 10:47

Quel est le bilan pour le Stade Français depuis que le Président actuel est arrivé ? Rien, rien et encore rien... L'effectif est pourtant loin d'être ridicule. Au moment de la fusion avortée avec le Racing ce club était proche de la cession de paiement. Il y a tous les ans un bordel à l'intérieur de ce club. Un tour en pro 2 leur ferai du bien !

sanpauga Il y a 1 mois Le 27/01/2024 à 00:06

sur ça tete il respire l intelligence......

Etchetchetche Il y a 1 mois Le 26/01/2024 à 19:13

Dans toute entreprise il y a des soufflantes les rugby est pro non? Mais OK il faut pas que ça dépasse certaines limites en fait manager est un exercice difficile...