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Top 14 -"Je ne lui vois pas de défaut" : le portrait de Maxime Lucu, "le Monsieur Propre" de l'UBB

Par Nicolas ZANARDI
  • S’il fait l’unanimité autour de lui, ce n’est pas seulement pour sa capacité tant humaine que sportive à s’adapter en permanence au profit d’un collectif
    S’il fait l’unanimité autour de lui, ce n’est pas seulement pour sa capacité tant humaine que sportive à s’adapter en permanence au profit d’un collectif Icon Sport - Icon Sport
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Maxime Lucu - Demi de mêlée de Bordeaux-Bègles. S’il fait l’unanimité autour de lui, ce n’est pas seulement pour sa capacité tant humaine que sportive à s’adapter en permanence au profit d’un collectif. C’est aussi pour son caractère de compétiteur en acier trempé, forgé dans le défi permanent et la volonté inexpugnable de donner tort à ceux qui s’avisaient de ne pas croire en lui…

Et si c’était lui, le véritable indispensable ? À l’UBB, en tout cas, Yannick Bru ne s’embarrasse plus vraiment de la question. S’il a déjà offert des vacances à ses stars Matthieu Jalibert, Damian Penaud ou autres Louis Bielle-Biarrey et Yoram Moefana depuis leur retour de la Coupe du monde, Maxime Lucu est bel et bien le seul international de l’UBB à avoir participé à toutes les rencontres de son club depuis le 15 octobre. Tout sauf un hasard… "Ce n’est pas une demande de sa part. C’est juste un joueur dont les entraîneurs ont du mal à ne pas coucher le nom sur la feuille, s’amuse le président Laurent Marti au sujet de son capitaine, auteur ce samedi de l’essai de la victoire contre Bayonne. Mais ne vous en faites pas, il a bien des plages de repos prévues avant le Tournoi…"

À désormais 31 ans (qu’il fêtera la semaine prochaine), Maxime Lucu semble en effet plus que jamais proche d’atteindre son Graal : disputer le Tournoi dans la peau d’un titulaire, alors qu’il semble actuellement au sommet de son jeu. Inimaginable ? Pas loin, pour son président, qui se souvient non sans émotion des raisons qui lui firent jeter son dévolu sur l’ex-demi de mêlée de Biarritz, alors en Pro D2. "Depuis la fin de la saison 2017-2018, je sentais que Baptiste Serin risquait de partir. C’est pour cela qu’au début de la saison 2018-2019, j’ai commencé à me renseigner sur des demis de mêlée, et à suivre Maxime. Tant et si bien que je n’ai même pas attendu la décision finale de Baptiste : comme d’autres clubs du Top 14 s’étaient mis sur Max et que je ne voulais pas le perdre, j’ai "anticipé" le départ de Baptiste. Je trouvais qu’il s’agissait de la meilleure option pour l’UBB."

Un modèle nommé Yachvili

Le hic ? Il est que, comme tout au long de sa carrière, Maxime Lucu n’a pas exactement vu le tapis rouge se dérouler devant lui. "Lorsque Christophe Urios est arrivé, le recrutement pour la saison 2019-2020 était pratiquement terminé, se remémore Marti. Il m’avait alors demandé si Maxime Lucu avait vraiment signé, parce que lui ne l’aurait pas pris. Sauf que le précontrat était signé, que la parole était donnée et qu’on ne pouvait plus revenir en arrière. Heureusement, Christophe a reconnu très vite qu’il s’était trompé à son sujet." "C’est l’histoire de sa carrière, ça, sourit son frère Ximun. Pour sa première saison au BO, on lui avait dit qu’il serait le troisième numéro 9. Il n’a rien laissé paraître, mais il s’est dit en son for intérieur "on va bien voir". Il s’est fixé un défi personnel, il l’a atteint en répondant présent sur le terrain, jusqu’à devenir le capitaine de l’équipe. À Bordeaux, puis en équipe de France, ça a été pareil. Il met toujours un peu de temps parce qu’il a besoin d’un moment d’analyse, mais à la fin, il parvient toujours à lever les doutes le concernant."

Top 14 - Maxime Lucu (UBB)
Top 14 - Maxime Lucu (UBB) Icon Sport - Icon Sport

Et à se défaire du "délit de sale gueule" dont on l’accable sans cesse, au prétexte d’un jeu jugé peu spectaculaire par le grand public. "Le danger, quand on évalue un joueur, c’est de le faire sur ses fulgurances, détaille Marti. Si un demi de mêlée traverse deux fois par match mais qu’il n’est pas capable d’organiser le jeu de son équipe, de gérer les sorties de camp et d’assurer ses rideaux en défense, est-il vraiment bon ? Maxime ne traverse peut-être pas souvent le terrain ballon en main mais en revanche, si on analyse sur la durée son rendu sur les bases du poste, c’est le meilleur." "Quand il était plus jeune, il prenait davantage d’initiatives individuelles parce qu’il était beaucoup plus dominant, reprend Ximun Lucu. Rien qu’en Pro D2 avec Biarritz, il nous a fait gagner des matchs sur des fulgurances, à l’image de ce qu’il a pu faire récemment à Clermont. Mais sa marque de fabrique a toujours été celle d’être un joueur très stratège, tourné vers le collectif. Le modèle dont il s’est nourri à Biarritz, c’est Dimitri Yachvili. Aujourd’hui encore, il garde en tête ce modèle." Quitte à pousser parfois le bouchon jusqu’à l’extrême, voire à la caricature.

"En tant que buteur, même s’il est sur un 100 %, il laisse sans sourciller le tee à Jalib’ (Matthieu Jalibert) s’il est sur le terrain, souligne Ximun Lucu. À l’inverse, il est déjà arrivé que Matthieu ne le sente pas à l’échauffement, et à ce moment Max prend le relais sans problème. En toutes circonstances, il sait mettre son ego de côté et c’est sa force : il sait s’adapter. On l’a vu il y a dix jours à Clermont, où il a réussi quelques exploits en portant le ballon. On en avait parlé avant le match, il savait qu’il devrait prendre davantage le jeu à son compte, alors que lorsqu’il évolue avec Jalib’, il sait qu’il doit avant tout se concentrer sur la vitesse d’éjection des ballons. La seule chose qui l’intéresse, c’est le bien de l’équipe. Max est convaincu que s’il doit briller, c’est par le collectif. En ça, il est différent de beaucoup de joueurs. Il sait et dit toujours qu’il a besoin des autres et en cela, depuis deux ou trois ans, on ne peut pas dire qu’il se soit beaucoup trompé."

Marti : "L’homme est d’une droiture exemplaire, je ne lui vois pas de défaut et je n’ai pas envie d’en voir"

C’est ici, pour tout dire, que réside la clé du fonctionnement de Maxime Lucu : si certains joueurs affichent des profils parfois schizophrènes, avec des styles de jeu à rebours de leur personnalité, le "Maxime Lucu joueur" se situe quant à lui dans la continuation parfaite du "Maxime Lucu de la ville", toujours au service des autres. "Max, pour un club, c’est du bonheur, savoure Laurent Marti au quotidien. L’homme est d’une droiture exemplaire, d’un engagement sans faille, ultra compétiteur sur le terrain mais toujours disponible en dehors… Je ne lui vois pas de défaut et je n’ai pas envie d’en voir." "Des défauts, on en a tous et les siens, je préfère les garder pour moi, se marre son frère. D’ailleurs, à mes yeux, il n’en a pas. Je suis juste très fier de lui, comme mes parents. Chaque fois qu’on va le voir à Bordeaux, c’est impressionnant de voir à quel point il fait l’unanimité. On sent que tout le monde l’apprécie, des employés du club aux supporters. C’est l’image qu’il veut renvoyer, toujours : celle d’un soldat au service des autres et du collectif. La preuve, c’est que comme à Biarritz, il a fini par être nommé capitaine de l’UBB." Quand bien même Maxime Lucu n’avait, paraît-il, pas de prédispositions naturelles pour cela… "On m’avait dit qu’il n’était pas forcément un "vrai" capitaine, qui rameute, qui rassemble, témoigne Marti. Force est de constater que chez nous, après avoir démontré qu’il était un leader de jeu, il est aussi devenu un leader de vestiaire dont les prises de parole sont toujours très justes."

Coupe du monde 2023 - Maxime Lucu (XV de France)
Coupe du monde 2023 - Maxime Lucu (XV de France) Abaca / Icon Sport - Abaca / Icon Sport

Un patron par l’exemple, en somme, et surtout un modèle de compétiteur dont la racine est, comme toujours, à chercher dans l’enfance. "On habitait à 100 mètres d’un fronton et comme il a tout de même quatre ans de moins que moi, il prenait quelques branlées à la pelote, rigole Ximun Lucu. Idem au rugby, quand on allait voir notre père jouer à Saint-Pée… Mais même s’il était le plus jeune, il avait ce truc qu’ont certaines personnes : celui d’être doué dès qu’il touchait à quelque chose. Quand il perdait, il était agacé mais ne laissait rien transparaître. Si on y retournait avec les copains le lendemain, juste pour le plaisir de jouer, lui venait avec une autre idée en tête : celle de progresser et à la fin, de nous battre. Il a grandi dans ce défi permanent. Jusqu’à présent, il les a tous relevés." Jusqu’au prochain, dont on ignore s’il sera le dernier, mais qui constituera probablement pour le "Monsieur Propre" de l’UBB le plus grand de sa carrière. En bleu, pour le prochain Tournoi des 6 nations. Enfin en pleine lumière…

Toujours "officiellement" invaincu avec le XV de France

C’est une boutade signée d’un de nos confrères qui, à une heure de grande inspiration dans cette nuit du 15 novembre 2023, aurait pu faire sourire dans un autre contexte. "Il n’est pas superstitieux, Fabien Galthié. Pour être champion du monde, c’est bien simple : il n’était pas obligé de faire sortir Dupont, mais il fallait faire rentrer Lucu !" Argument massue à l’appui… En effet, s’il a figuré à 21 reprises sur les feuilles de match du XV de France, Maxime Lucu ne compte "que" 18 sélections, les capes ne prenant en compte que les matchs où les remplaçants (pardon, les finisseurs...) entrent en jeu. Autrement dit ? S’il a vécu le quart de finale perdu par les Bleus comme un échec collectif, le demi de mêlée n’a "officiellement" pas perdu cette rencontre, et demeure en conséquence invaincu sous le maillot bleu. De quoi donner des idées à Fabien Galthié, en quête d’un grand chelem en 2024 pour rebondir au plus vite ? C’est, plaisanterie à part, évidemment ce qu’espère Lucu. "Il sait que des gens pensent qu’il a 30 ans (il fêtera ses 31 samedi prochain, NDLR) et qu’il ne doit pas jouer ce Tournoi, parce qu’il ne pourra pas postuler à la prochaine Coupe du monde en 2027, sourit son frère Ximun. Mais lui, comme d’habitude, s’est dit "on va bien voir". Et il fera tout pour parvenir à ses fins, parce qu’il est déterminé à se battre pour que son aventure en équipe de France ne s’arrête pas sur ce quart de finale…" Quitte à prendre le risque de perdre, mais sur le terrain cette fois…

Digest

Né le : 12 janvier 1993 à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques)

Mensurations : 1,77 m, 82 kg

Surnom : Max

Poste : demi de mêlée

Clubs successifs : Saint-Pée-sur-Nivelle (2004-2010), Saint-Jean-de-Luz (2010-2011), Biarritz (2011-2019), Union Bordeaux-Bègles (depuis 2019)

Sélections nationales : 18, en équipe de France (2021-2023)

1er match en sélection : à Bordeaux, le 14 novembre 2021, France - Géorgie (41-15)

Points en sélection : 5 (une pénalité, une transformation)

Palmarès : Vainqueur du Tournoi des 6 Nations en 2022 (Grand Chelem).

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Les commentaires (2)
nionenithree Il y a 1 mois Le 09/01/2024 à 11:53

à moins d'un contretemps ,ce sera la charnière Lucu-Jalibert pour le prochain VI Nations;il n'y a pas mieux en ce moment ,en attendant le retour de la charnière toulousaine :Dupont-NTamak. ;)

LeoDuc Il y a 1 mois Le 09/01/2024 à 13:34

Lucu-Jalibert, bien contre l'Écosse ou l'Italie mais contre l'Irlande et autres grosses nation ça ne suffira pas. Lucu pas assez rapide et Jalibert ne sait pas défendre.