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Top 14 - Santiago Chocobares : "Lors de mon premier entraînement à Toulouse, je me suis demandé où j'avais mis les pieds"

Par Vincent Franco
  • Santiago Chocobares est arrivé en avril 2021 à Toulouse.
    Santiago Chocobares est arrivé en avril 2021 à Toulouse. Icon Sport
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Arrivé en avril 2021 à Toulouse, Santiago Chocobares s'est depuis imposé comme un élément important de l'effectif haut-garonnais. L'Argentin de 24 ans se livre, et décrit les coulisses de son arrivée au Stade toulousain, il y a deux ans et demi.

Premièrement, comment vous sentez-vous, un mois et demi après votre retour de la Coupe du monde ?

Très bien ! Après le Mondial, j’ai pu profiter de deux semaines de vacances pour bien me régénérer psychologiquement. Et au niveau physique, n’ayant pas joué la petite finale face à l’Angleterre, j’ai finalement eu trois semaines pour me reposer. Je suis parti en Thaïlande avec ma petite amie, j’avais besoin d’être auprès d’elle après de longues semaines de séparation.

Était-ce un choix de ne pas rentrer en Argentine, comme l’ont fait certains de vos coéquipiers chez les Pumas ?

À vrai dire, si j’étais allé sur mes terres, je n’aurais pas assez changé d’environnement. J’aurais été heureux de voir mes amis, ma famille… Mais on m’aurait parlé de rugby toute la journée. En Thaïlande, j’ai complètement déconnecté, sans penser au ballon ovale. Mentalement, cela m’a fait énormément de bien. J’ai ensuite retrouvé Toulouse avec le sourire aux lèvres, et c’est ce que je voulais.

On parle énormément, et à raison, de l’état physique et psychologique des internationaux français. De votre côté, êtes-vous à 100 % ?

Dans la tête et les jambes, je suis à 100%. Je le ressens. C’est techniquement que je dois retrouver un peu plus de sensations. Je ne suis pas encore à mon meilleur niveau, j’en suis conscient. Mon retour au club s’est très bien passé. Le staff toulousain me fait confiance puisque je suis souvent sur les feuilles de match, mais il est vrai que je ne suis pas encore pleinement satisfait de mon niveau sur le terrain.

Qu’est-ce qu’il vous manque au juste ?

Par exemple, lors du match face au Stade français, je me suis fait avoir comme un cadet sur une attaque en première main des Parisiens. Cette erreur défensive que j’ai faite, elle peut être acceptée quand c’est un pilier droit, mais pas quand tu joues centre. La défense, c’est mon point fort, et je n’ai pas le droit de me rater. C’est sur des actions comme ça que je vois que je ne suis pas encore en pleine possession de mes moyens. En attaque, c’est un peu pareil. Ces quelques détails que je n’ai pas encore récupérés coûtent cher, mais je travaille pour m’améliorer, et vite.

Avez-vous mal vécu le fait d’être placé sur le banc depuis ce déplacement à Paris ?

Quand tu joues mal, et que t’es placé sur le banc les semaines suivants, je trouve ça normal. Bien sur que j’aimerais débuter les matchs, mais ce que je veux surtout, c’est jouer ! Quand tu vois les mecs qui peuvent jouer au centre à Toulouse… Pita Ahki, Pierre-Louis Barassi, Paul Costes, Sofiane Guitoune… C’est du très haut niveau ! Mais c’est ce qui me motive aussi. Si j’étais certain de jouer tous les matchs en tant que titulaire, je ne progresserais pas.

Vous ne l’avez pas vu comme une punition ?

Je comprends le choix du staff. Au Stade toulousain, il n’y a presque pas le droit à l’erreur. J’étais surtout déçu de moi-même après le match à Paris. Je suis censé être un des meilleurs défenseurs de l’équipe. C’est interdit de manquer des plaquages comme ce fut le cas pour moi là-bas. Ça remet les pieds sur Terre.

Depuis votre arrivée à Toulouse en 2021, dans quel secteur de jeu avez-vous le plus progressé ?

Je ne suis plus le même joueur avec le ballon dans les mains, c’est une certitude. Avant de m’engager ici, j’étais habitué à évoluer dans des équipes qui utilisaient énormément le pied pour se donner de l’air et occuper. Ma vision à été bouleversée depuis que je joue sous le maillot toulousain. Lors de mon premier entraînement en France, je me suis demandé où j’avais mis les pieds. Ça jouait de partout, je n’en revenais pas. On nous disait de relancer depuis les 22 mètres, qu’il fallait prendre des risques. Pour moi, c’était interdit de faire ça, les risques étaient trop importants.

Aujourd’hui, êtes-vous imprégné par la philosophie de jeu du staff toulousain ?

Il y a toujours des choses à apprendre, et je ne connais pas tout. Je pense qu’au fond de moi, je ne considérerai jamais être au maximum de mes capacités. Ici, il faut toujours être réactif et prêt à faire la passe de plus, le geste décisif sur une action. Pour cela, seul le travail paye.

Vous alternez entre le numéro 13 et le numéro 12, préférez-vous évoluer en tant que premier ou second centre ?

Comme j’adore défendre, je préfère jouer en tant que premier centre. Tu es plus actif défensivement, donc c’est un poste qui me correspond un peu plus. Avec Toulouse, j’ai plus souvent joué avec le numéro 13 dans le dos, notamment dans les gros matchs, donc cela ne me déplait pas non plus (rires).

Avec quel joueur formez-vous le meilleur duo au centre du terrain ?

Je n’ai pas de préférence. Par exemple, je n’ai pas encore eu le chance d’évoluer aux côtés de Paul Costes, qui est un joueur incroyable. Ensuite, c’est avec Pita (Ahki) que j’ai le plus joué. Nous avons gagné deux finales ensemble, donc les automatismes sont là. Mais j’aime jouer avec tout le monde. Quand il y a le talent, ce n’est pas difficile de se comprendre.

Vous évoluez à Toulouse depuis deux ans et demi, avez-vous le sentiment de jouer dans un des plus grands clubs du monde ?

Tu ne peux que réaliser. Quand tu vois l’engouement qu’il y a autour du club… Nos supporters sont exceptionnels et à chaque fois que tu te déplaces, t’es l’équipe à battre. Le Stade toulousain est connu de tous et je le dis souvent à Juanchi (Juan Cruz Mallia N.D.L.R.) : « Tu te rends comptes où et avec les joueurs qu’on joue ? ». Parfois, j’ai du mal à y croire.

Vraiment ?

Vous savez, j’ai commencé le rugby dans un petit club argentin, dans la ville de Rufino. Les « Pampas de Rufino » ! Parfois, on s’entraînait le soir mais on n’y voyait rien car l’éclairage n’était pas bon. On partait en déplacement à douze ou treize, on mettait nos crampons en sachant qu’on était forfait. Alors quand tu as connu ça, tu te dis simplement que c’est une folie de porter le maillot du Stade toulousain.

Et quand vous en parlez avec des coéquipiers au sein de la sélection argentine, que vous disent-ils ?

Ils me disent simplement que j’ai la chance de jouer dans le plus grand club du monde. Quand ils nous affrontent, ils veulent absolument nous faire tomber. Même chez les entraîneurs, Toulouse est une institution. Felipe Contepomi adore le jeu toulousain et sait très bien dans quel environnement nous évoluons Juan Cruz et moi.

Le rugby est-il une affaire de famille chez vous ?

Mon père a joué, mais jamais au haut niveau. Il évoluait pilier gauche, donc pas vraiment le même style que moi (rires). Alors j’ai rapidement eu un ballon ovale dans les mains, j’ai commencé à 3 ans. Et heureusement, je suis un peu plus gentil que mon père sur un terrain. Il aimait le rugby à l’ancienne et était très méchant sur le pré. Aujourd’hui, nous n’avons plus le droit de faire ce qu’il faisait, et heureusement.

Vous jouiez aux Jaguares avant de rejoindre la France. Comment Toulouse vous a contacté ?

Je disputais la coupe sud-américaine avec les Jaguares et le staff toulousain a pris contact avec moi, me disant qu’il me voulait. J’avais 48 heures à l’époque pour donner ma réponse. J’ai directement appelé mon père, qui ne savait pas quoi me dire. Dans un premier temps, je voulais refuser et attendre un peu. Rejoindre un club en cours de saison ne m’attirait pas vraiment.

Santiago Chocobares a disputé le Mondial 2023 avec l'Argentine.
Santiago Chocobares a disputé le Mondial 2023 avec l'Argentine. Icon Sport

À quel moment avez-vous changé de décision ?

Une nouvelle discussion a eu lieu avec mon père, et on s’est dit que je ne pouvais pas laisser passer ma chance. Alors j’ai dit oui. J’étais en Uruguay, je suis donc parti à Rosario en bâteau. J’ai retrouvé là-bas ma petite amie, que je n’avais pas vue depuis deux mois. Ma première phrase en la voyant a été : « Demain, je pars en France jouer. » Elle ne m’a pas cru, mais c’était bien vrai. Du coup, on s’est vu quelques heures et je suis reparti loin d’elle durant plusieurs mois, avant qu’elle ne me rejoigne. Aujourd’hui, elle est installée avec moi, elle travaille et tout va bien dans notre vie.

Était-ce dur au début de vivre loin de vos proches ?

Il y a eu des moments difficiles effectivement. Lorsque nous avons gagné le Top 14 en 2021, ma famille n’a pas pu venir à cause du Covid-19. C’était un coup dur de plus. Même lors du Rugby Championship, aucun match ne pouvait se dérouler en Argentine. Au final, j’ai passé six mois sans ma copine.

Quel relation entretenez-vous avec Juan Cruz Mallia ?

C’est mon frère. Nous sommes tout le temps ensemble. Nous avons passé Noël ensemble, et allons fêter la nouvelle année ensemble. Nos familles sont très proches et j’ai hâte qu’il revienne à la compétition pour rejouer avec lui.

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Les commentaires (2)
Espytrac Il y a 2 mois Le 28/12/2023 à 15:16

Chocolatine est un très bon joueur, digne du stade toulousain !

Jeff66 Il y a 2 mois Le 27/12/2023 à 17:49

Les argentins c'est une valeur sûre...