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Reportage. Champions Cup - "L’enfer, c’est pour les autres" : plongez dans le week-end historique de Bayonne au Munster

Par Pablo Ordas
  • Les Bayonnais ont signé un match nul historique au Munster.
    Les Bayonnais ont signé un match nul historique au Munster. Midi Olympique - Pablo Ordas
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À Thomond Park, où on lui promettait l’enfer, l’équipe bayonnaise, qui découvrait la grande Coupe d’Europe, a fait plus que rivaliser face au Munster et a décroché un match nul déjà historique.

Séparée par le Shannon, le plus long fleuve des îles britanniques, la ville de Limerick, froide et peu accueillante à première vue lorsque le vent se lève, que les températures peinent à dépasser les cinq degrés et que la pluie se met à vous fouetter le visage, est en fait un endroit chaleureux dans ses recoins. Ici transpire la passion pour le rugby, où les drapeaux à l’effigie de l’équipe locale (le Munster) se comptent par dizaines, à chaque coin de rue.

La délégation bayonnaise, qui se rendait sur place pour la première fois de son histoire ce samedi, n’a pas attendu ce week-end pour le savoir. Depuis maintenant de nombreuses années, le Munster s’est forgé une réputation à part dans le petit monde du rugby et on garde encore en mémoire ces après-midi de printemps, à Anoeta, au début des années 2000, où la Red Army venait envahir les rues de Saint-Sébastien pour défier le BOPB, en phase finale de la Coupe d’Europe.

Samedi après-midi, ce fut au tour de l’Aviron bayonnais de croiser la route du double champion d’Europe (2006, 2008) et pour tout dire, cette rencontre avait tout, sur le papier, d’un match casse-gueule pour les Ciel et Blanc. Peyo Muscarditz, qui a tout connu avec l’Aviron, ne disait pas autre chose, cette semaine. "Il y a pas mal d’excitation, mais aussi une forme de stress", confiait le numéro 13. Ces craintes légitimes furent accentuées par la composition quelque peu remaniée, avec laquelle les ciel et blanc se rendaient au Munster, Grégory Patat ayant laissé au repos plusieurs titulaires de ces dernières semaines (Rouet, Lopez, Mori, Megdoud, Ceyte, Paulos…). Avant le match, la question qui était sur toutes les lèvres n’était pas de savoir si Bayonne allait gagner ce match, mais plutôt de deviner combien de points le Munster allait passer à une équipe qui évoluait encore en Pro D2 il y a deux ans.

50 nuances de bruits

De claque, il n’y a pas eu et le club basque, samedi soir, a montré que l’enfer de Thomond Park, c’était pour les autres, pas pour lui. "Personnellement, je m’en souviendrai, disait Denis Marchois au coup de sifflet final. Je pense que les supporters aussi. C’est merveilleux, ce qui s’est passé. C’est un match nul qui a une grosse symbolique." Dans quatre, six ou huit ans, quand le deuxième ligne décidera de ranger définitivement les crampons, il gardera aussi, dans un coin de sa tête, les cinquante nuances de bruits qui se succèdent, sur 80 minutes, à Thomond Park. Ces sons qui font de cet endroit un lieu magique, comme il en existe peu sur la planète rugby.

Héguy et les Bayonnais étaient menés 14-3 à la pause.
Héguy et les Bayonnais étaient menés 14-3 à la pause. Midi Olympique - Pablo Odas

Dans le temple rouge, la Red Army rugit de plaisir au moindre fait de jeu en faveur de son équipe. Les décibels peuvent monter à la même hauteur pour un essai en début de match ou un ballon gratté au sol, à l’heure de jeu. À Limerick, où gamins, adolescents et jeunes retraités prennent place chaque samedi autour de la main courante, une pinte de Guinness à la main, la passion transpire et ces rencontres de Champions Cup sont des moments à part, dans l’hiver irlandais. "Jean-Dauger, c’est magnifique, mais ils sont bien, eux aussi. Il y a une ferveur qui est belle. Quand on pense à la grande Coupe d’Europe, on pense inévitablement à ce stade. C’est une fierté d’avoir joué ici", avouait, des étoiles dans les yeux, Denis Marchois. Et si son équipe n’a pas gagné, elle a décroché un match nul grâce à une transformation en coin de Thomas Dolhagaray, que le jeune ouvreur a tapée dans un silence assourdissant et presque déroutant, quand on est habitué aux sifflets des tribunes du Top 14. Sa tentative réussie a d’ailleurs provoqué l’hystérie des supporters ciel et blanc, dont quelques-uns n’ont pas hésité à laisser tomber le tee-shirt un court instant, avant que le froid polaire ne les ramène à la réalité.

Chez eux au Nancy Blake’s ou bien partout à l’extérieur

À ce sujet, on ignore à quel point la présence des Bayonnais et leurs chants incessants ont compté dans la quête de ce résultat historique. On sait, en revanche, que le manager ciel et blanc, Grégory Patat, a utilisé ce levier de motivation dans sa causerie d’avant match. Le Gersois a en effet montré, à son groupe, des vidéos tournées un peu plus tôt dans la ville, où des chanteurs basques avaient sorti les guitares pour animer le "Milk Market", un marché phare de la ville, où sont vendus des produits locaux depuis plus de 150 ans. "Il fallait s’en inspirer, racontait Patat dans la nuit de Limerick. Je pense que le Munster ne nous connaissait pas très bien. On avait à cœur de leur montrer qui on était, quel était notre savoir-faire. On voulait partager des émotions ensemble et c’est ce qu’on a fait."

D’émotions, il en a été question au coup de sifflet final, mais aussi bien plus tôt, dans l’après-midi, lorsqu’une partie de la délégation bayonnaise (salariés, supporters), s’est retrouvée au Nancy Blake’s. Dans ce pub, au fond d’une salle sombre dans laquelle l’odeur de bière et de whisky vous accueille, le groupe Kurruka, venu spécialement d’Ascain (64) a revisité les airs les plus connus des chanteurs basques, pour des moments suspendus dans le temps et qui resteront gravés dans les mémoires. "On s’est installé là avec nos guitares. Le barman nous a dit qu’ils ne pourraient pas nous payer, mais on n’est absolument pas venu pour de l’argent. On voulait juste partager un bon moment autour de quelques chansons", se marrait un des membres du groupe.

Les Basques ont savouré avec leurs supporters après le match.
Les Basques ont savouré avec leurs supporters après le match. Midi Olympique - Pablo Odas

"Ce déplacement, c’est une joie extrême pour le peuple bayonnais. Je crois que c’est une expérience qui va marquer nos esprits, en espérant qu’on puisse y revenir régulièrement. Il faut savourer ces moments", insistait Philippe Tayeb. L’après-midi venait à peine de commencer. Le président du club basque ne savait pas encore que, cinq heures plus tard, ses joueurs allaient décrocher un match nul historique. Un match qui n’avait rien de l’enfer qui était promis à l’équipe basque, qui fera date dans l’histoire de l’Aviron bayonnais et au sujet duquel les privilégiés ayant fait le voyage pourront dire, dans cinq, dix ou quinze ans, "j’y étais"

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Les commentaires (2)
Nitrousa Il y a 2 mois Le 11/12/2023 à 18:44

Il faudra absolument bonifier ce très bon résultat vendredi à Dauger pour la réception de Glasgow

monach Il y a 2 mois Le 10/12/2023 à 20:59

Super match des Bayonnais pour un " petit poucet" faire ce genre de match à thomond Park c'est un exploit avec en plus une équipe remaniée.
Je pense que ceux qui étaient sur le terrain s'en rappellerons très longtemps....
Encore bravo MESSIEURS......