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L'édito : Owen the saint

  • Owen Farrell.
    Owen Farrell. Icon Sport
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Ce n’est pas franchement populaire, ce qui va suivre. Certainement pas en France. C’est même une opinion quasi délictuelle, dans notre rugby qui s’est unanimement lié dans sa détestation, sportive s’entend. Owen Farrell a donc annoncé, cette semaine, qu’il mettait entre parenthèses sa carrière internationale. À 32 ans, ce n’est pas encore un adieu, mais c’est un « au revoir » sans certitude de lendemain. Et vous savez quoi ? Ici, on se plaît à croire qu’Owen Farrell va nous manquer. Pour des raisons qui, elles, ne manquent pas.

La première figure dans l’énoncé ci-dessus : la rivalité. Parce qu’elle est vitale au sport tant qu’elle ne vire pas à la haine sincère ; celle qu’entretient la France avec l’Angleterre du rugby donne le sel à toutes les saisons internationales des Bleus, exception faite des Coupes du monde. Le Crunch, c’est du Saint-Exupéry lu dans la fumée de Gainsbourg : l’étrange histoire d’anamour entre un coq et une rose. C’est surtout, chaque année, le match le plus suivi du rugby français. Oui, même devant un France-All Black : les chiffres d’audience et les ventes d’hospitalités en témoignent. Et qui incarne mieux l’Angleterre, depuis dix ans, que l’ouvreur des Saracens ? Celui qu’on aime détester et qui nous laisse un peu orphelins de nos plus futiles batailles en arrogance.

Farrell va nous manquer parce qu’il revendique tout ce que nous ne sommes pas. Un rugby programmatique, théorisé en amont du match, pensé selon les zones du terrain, la météo et les faiblesses de l’adversaire et qui nous abandonne ici à notre romantique rugby de bohème, celui qui trouve son confort dans l’inattendu. Oui mais voilà, le rugby de Farrell est aussi un rugby qui gagne. C’est un autre enseignement de la dernière Coupe du monde, qui nous renvoie à notre manque structurel de culture tactique. Et cette idée que seule la victoire est belle, qu’importe le chemin qui l’y conduit. S’il faut taper trente fois dans le ballon, pour mettre trente fois les ailiers adverses sous pression dans leurs couloirs, alors "faisons-le !" Si le jeu réclame la restriction de son expression, il ne faut plus hésiter. C’est aussi cela, l’intelligence du jeu de rugby.

Farrell va nous manquer parce qu’il part pour des raisons qu’il ne faudrait plus ignorer : protéger sa santé mentale et celle de sa famille. Farrell, c’est un des plus gros palmarès de la dernière décennie qui dit "stop", parce qu’usé de trop d’exigences. Celles qu’il s’est imposées à lui-même pour en arriver là, au sommet. Celles que lui a imposées le milieu, demandant toujours plus à un corps et un esprit parfois en quête de paix et de repos. La machine à laver du rugby mondial n’autorise plus cela, imposant souvent plus, parfois trop. Et les esprits se fanent, de trop de sollicitations.

C’est alors qu’il faut bien rendre hommage à son œuvre froide, mécanique, pourtant sublime. À tout ce qu’il a accompli et tout ce qu’il a triomphé. Dans son obsession de victoire, coûte que coûte et qu’importe la manière, l’ouvreur anglais s’est aussi sacrifié à titre personnel. Cela fait écho, quelques semaines après les adieux de Jonathan Sexton, autre ouvreur au caractère métallique et parfois irrationnel. Et si dans ses mots, le retrait d’Owen Farrell n’est pas encore une retraite, c’est déjà un pincement au cœur. Cela déplaît ? Tant pis pour les romantiques.

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Les commentaires (4)
Lucifer34 Il y a 3 mois Le 01/12/2023 à 12:19

Salut à tous,
Owen , comme le dit l'éditorialiste, c'est le sel et le piment de nos France-Angleterre. C'est très bien.
Par contre je constate une fatigue morale et physique chez certains internationaux, voire même un vague à l'âme après une coupe du monde qui aura laissé sur le cul, joueurs et supporters français....Allo docteur !!!!

unepunk Il y a 3 mois Le 01/12/2023 à 11:52

Ce que je retiens surtout de lui est qu'il se comporte très souvent comme une petite p u t e sur le terrain. Toujours un mauvais coup à distribuer, l'air de rien.

envoituresimone Il y a 3 mois Le 01/12/2023 à 10:37

Il va se reconvertir comme parqueteur. Il a du savoir en matière de lattes dans la courge celui-là.

Gillesdd Il y a 3 mois Le 01/12/2023 à 14:03

Excellent!