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Coupe du monde de rugby 2023 - REPORTAGE. " Longue vie aux rois !" : retour sur le quatrième sacre de l'histoire de l'Afrique du Sud

  • Retour sur le quatrième sacre de l'histoire des Springboks.
    Retour sur le quatrième sacre de l'histoire des Springboks. Midi Olympique. - Patrick Derewiany.
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Fidèles à leurs principes et passés maîtres en l’art de faire la guerre, les Springboks ont remporté samedi soir le quatrième trophée Webb-Ellis de leur histoire. Les forçats de la joute ont encore frappé.

À présent, le Stade de France se vide lentement de ses 80 000 habitants. Ils ont l’air un peu égarés, un peu absents, comme conscients d’être désormais rendus à un convoi somme toute ordinaire, à la banalité des jours ouvrables. C’est que, comme le disait en son temps Pierre Mac Orlan, il n’appartient qu’au rugby de frapper tout un stade de mort subite, au coup de sifflet final : ailleurs, c’est simplement la fin d’un match ; ici, c’est le temps qui s’arrête et, au bout de cette compétition qui chevauche deux saisons, ce tournoi qui débute sous le cagnard de l’été et se ponctue dans un froid de gueux, ce Mondial dont la temporalité même est un bras d’honneur à l’empressement moderne, on se sent déjà orphelin des entrechats néo-zélandais, du bouillonnement portugais, d’un Bongi Mbonambi portant en bandages divers l’équivalent du budget annuel d’un club de Fédérale 3, de l’armée de ripailleurs ayant accompagné le XV de France en chacun de ses voyages ou de cette Irlande trop tôt déchue de son trône en Formica. Au terme de ces deux mois de rugby à haute dose, ne restent donc aujourd’hui qu’une poignée de souvenirs et cette image, centrale, majeure et cardinale, d’un trophée vissé aux mains de Springboks décidément injouables, dès lors qu’il est question de grands matchs…

Siya Kolisi (Afrique du Sud).
Siya Kolisi (Afrique du Sud). PA Images - Icon Sport

On est donc en droit de croire Siya Kolisi, lorsque le Supremo des Boks avance que lui et ses camarades jouent pour quelque chose qui les dépasse. Il faut aussi faire confiance à son sélectionneur Jacques Nienaber, quand le Yul Brynner de Bloemfontein jure dans son accent "so Boer" avoir senti jusqu’au Nord de Paris "l’énergie déployée" chez lui par "62 millions de Sud-Africains", accrochés au rêve de ce quatrième titre mondial comme à une bouée de sauvetage, cette armée de l’ombre convaincue que ce sport ayant trente ans plus tôt soudé en apparence un pays mille fois déchiré aura à jamais le pouvoir de reproduire le miracle.

Ce Pierre-Stéphane est inhumain !

Parce qu’il n’y eut évidemment rien de génial ou de renversant, dans le dernier né des quatre blockbusters sud-africains. Il y eut chez ces Boks l’autorité d’un dominant vis-à-vis de ses obligés, une digne expression de la force brute, une certaine idée de la stratégie, aussi, qui dut parfois faire croire à Novak Djokovic et Roger Federer, présents en tribunes, que le rugby pouvait foutrement ressembler à un échange de fond de court à Roland-Garros mais surtout, un désir de vaincre qui surpassa celui de tous leurs concurrents directs en phase finale, fière parenthèse de trois matchs remportés par la plus petite des marges possibles.

Quelques clichés de la #RWCFinal à déguster au petit-déjeuner... \ud83d\udcf8 pic.twitter.com/FzDtowb2BI

— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) October 29, 2023

Est-ce à dire que les Sud-Afs sont de meilleurs rugbymen que ne le sont les All Blacks ? Non, cent fois non. Mais dès l’instant où le temps tourne à l’orage et gonfle, dans l’air, le souffle des gros matchs, ces Springboks semblent consumés par un feu qui leur fit, samedi soir et face aux vagues noires, gratter 7 ballons au sol ou produire près de 200 plaquages, dont 28 d’entre eux furent accomplis par le seul Pieter-Steph du Toit. "Pierre-Stéphane", n’est-ce pas ? C’est exact. Et c’est une façon toute à lui de nous rappeler qu’au-delà de posséder un irrépressible attrait pour le coup de casque à joueur à terre ou d’avoir la particularité d’être passé à deux doigts de l’amputation en 2021, le numéro 7 des Springboks, élu meilleur joueur du monde il y a très exactement quatre ans, valait bien le million d’euros hors taxes que lui avait alors proposé le président de Montpellier Mohed Altrad. "Pieter-Steph est exceptionnel, racontait samedi soir Nienaber, le bras négligemment passé autour du trophée Webb Ellis. Si un sac en plastique avait traîné sur la pelouse du Stade de France, il l’aurait poursuivi avec la même ardeur qu’il a chassé les All Blacks." C’est vrai, mon bon Jacques. Et le pire dans tout ça, c’est qu’on a désormais beaucoup de mal à biffer de nos songes votre étrange allégorie, à présent rejointe en ces lieux par celle d’un labrador ivre de bonheur sur une plage de Normandie…

Comment Rassie a instillé la crainte

De fait, cette dixième finale de Coupe du monde s’est à la fois jouée sur le dévouement confinant au sacrifice des défenseurs sud-africains, sur l’ultime coup de pied raté par Jordie Barrett comme sur le sans-faute du tonton flingueur Handré Pollard, finalement sorti du formol au bon moment : avec treize coups de pied réussis sur treize tentés lors de cette Coupe du monde, le buteur de Leicester a rappelé en figeant dans la glace cette phase finale qu’il n’y a pas si longtemps, dans l’Hérault, on lui préférait pourtant Paolo Garbisi ou Louis Foursans-Bourdette. Et quoi ? Aux grands matchs les grands joueurs, mon bon Boer ! Et ici, on imagine juste que Pollard, comme Gaël Fickou au Racing, Johnny Sexton au Leinster et Siya Kolisi chez les Sharks, a généralement moins d’appétence pour la besogne ordinaire de son championnat domestique que pour l’affiche en mondovision de samedi soir, carton d’audience gobé par 11 millions de téléspectateurs chez nous et un peu plus d’un milliard, sur l’intégralité de la planète.

Au sujet des Springboks de Pollard, on se demande in fine s’ils ne sont tout simplement pas devenus samedi soir l’équipe la plus dominante de tous les temps. Une médaille en chocolat qu’ils partageraient d’ailleurs avec les All Blacks de Richie McCaw, eux aussi détenteurs d’un "back to back" similaire, en 2011 et 2015. On se dit ainsi qu’avec en pognes deux trophées Webb Ellis, une tournée des Lions et un Rugby Championship, rien ou presque n’a ces quatre dernières années résisté à Rassie Erasmus, son "bomb squad" et surtout, sa grande gueule : en prenant le parti de jeter en pâture au grand public les arbitres qu’il jugeait hostiles au jeu des siens, ledit Rassie a certes été gentiment ressemelé par World Rugby mais en agissant comme il le fit vis-à-vis de Wayne Barnes après le test perdu par ses Springboks à Marseille (novembre 2022), il a aussi inspiré la crainte autour de son équipe et contribué à draper les siens d’un voile d’indulgence, pour ne pas dire de totale impunité, au fil de cette Coupe du monde.

A-t-il aussi ouvert une boîte de Pandore que l’exception culturelle du rugby aurait voulu à jamais close ? A-t-il au contraire simplement mis le doigt sur l’absurdité d’un sport dont les plus grandes productions sont le plus souvent tranchées par le seul individu du terrain n’étant pas autorisé à porter le ballon ? Puisqu’aucun des grands matchs de ce Mondial ne s’est achevé sans faire jaillir dans l’instant un scandale d’arbitrage, le débat du sifflet mérite au moins que l’on y revienne plus en profondeur dans les mois à venir. En gardant à l’esprit, toutefois, qu’on devrait tous être enterrés vivants pour nous être ne serait-ce qu’une seule fois vautrés dans une vulgarité qu’un sport de gentlemen n’aurait su dignement tolérer…

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Les commentaires (12)
Coubertin Il y a 4 mois Le 01/11/2023 à 16:01

Le rugby est un sport sans valeurs avec des élites défendent l'immoralité.

Cogulot Il y a 4 mois Le 31/10/2023 à 18:01

Bravo aux sudafs bouffés en mêlée, bouffés en touche, et qui ont su rester étanches ou presque en defense dans des conditions difficiles. Un petit mot pour les ailiers probablement les meilleurs du tournoi.

GeGe49 Il y a 4 mois Le 31/10/2023 à 12:07

Faire la guerre est une chose ...jouer au rugby une autre, jusqu'à preuve du contraire, démontrée aujourd'hui !!!!