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Coupe du monde de rugby 2023 - Fabien Galthié - Antoine Dupont : quand les grands esprits se rencontrent...

Par Jérémy FADAT
  • Fabien Galthié, le coach, et Antoine Dupont, le capitaine, ont une vraie complicité rugbystique.
    Fabien Galthié, le coach, et Antoine Dupont, le capitaine, ont une vraie complicité rugbystique. Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Le sélectionneur Fabien Galthié et son capitaine Antoine Dupont sont les deux figures tutélaires du rugby français, dont la complicité - d’abord axée sur la passion du jeu - aurait pu prendre un autre virage en 2017, quand le technicien avait failli attirer le jeune demi de mêlée à Toulon. Retour sur leur relation

Le soleil ne s’était pas encore levé, dans la nuit du 21 au 22 septembre, lorsque Fabien Galthié a passé la porte des urgences de l’Hôpital Privé de Provence. C’est là que se trouvait son capitaine Antoine Dupont, victime quelques heures plus tôt d’une fracture maxillo-zygomatique contre la Namibie et gardé en observation dans l’établissement. Voir le sélectionneur venir à son chevet a marqué les esprits. Cela traduisait autant son inquiétude, devant une Coupe du monde alors compromise pour le joueur, que l’intensité du lien entre les deux hommes. "Il y a avant tout un profond respect réciproque entre eux, explique Bernard Laporte, l’ancien président de la FFR qui les a observés de près ces quatre dernières années. Ils ont une relation forte." Laquelle s’est construite autour de leur amour inconditionnel pour le rugby. Le technicien savait ainsi mieux que quiconque, au moment de ressortir de l’hôpital aixois, qu’il risquait de perdre le meilleur joueur de la planète, ce joyau des Bleus autour duquel il a en partie bâti son mandat et qui le fascine depuis tant d’années.

Pour trouver les sources du coup de foudre, il faut remonter à 2015 quand, à même pas 18 ans, Antoine Dupont a fait ses premières apparitions avec Castres. Il a tout de suite tapé dans l’œil de "Galtoche", comme pour tous ceux qui prétendre connaître ce sport. Le truc, c’est que le Pyréneen se trouvait en fin de contrat au CO deux ans plus tard, à l’été 2017, et qu’il avait la France entière à ses pieds. Dans son fief de Castelnau-Magnoac, à force de discussions (souvent à distance) avec son frère Clément ou sa mère Marie-Pierre, il a étudié les très nombreuses propositions avant d’accepter celle du Stade toulousain, le club de ses rêves depuis gamin. "Prendre ce genre de décision à 20 ans n’est pas simple, nous disait-il quelques mois plus tard. Ça l’est encore moins de les assumer parce qu’il faut l’annoncer derrière. […] Choisir, c’est renoncer." Quelques jours après la signature de son précontrat, le manager toulousain Ugo Mola nous assurait : "C’est bon, on tient un phénomène, la future star du rugby français." Dupont a pourtant failli lui échapper...

Boudjellal : "La sortie était à 400 000 euros, je comptais les billets"

Fabien Galthié dans tout ça ? Après deux saisons sabbatiques, aux allures de marathon juridique avec Montpellier dont il avait été évincé en décembre 2014, il avait décidé de reprendre du service, justement en 2017, du côté de Toulon. Quand il s’est engagé au RCT, Dupont l’était déjà à Toulouse. Cela ne l’a pas empêché de tenter le coup du siècle. "J’avais évidemment repéré Dupont à Castres : "C’est qui cet extraterrestre ?" On m’avait déjà dit qu’il ne s’éloignerait pas trop de chez lui pour des raisons familiales, se remémore Mourad Boudjellal, alors président du club varois. Il a signé à Toulouse, ce n’était pas la peine de s’accrocher. Mais Fabien a tout de même senti qu’il y avait une ouverture et il est allé le rencontrer." Le rendez-vous a eu lieu dans un restaurant à mi-chemin entre les deux hommes, dans le sud de la France.

Après le déjeuner et les politesses de circonstance, toujours autour de la table, l’échange a pris une tournure inattendue et (presque) décisive. "Fabien a sorti son carnet orange et les deux ont passé près de deux heures à faire des dessins de rugby, raconte Thierry Cazedevals, témoin de la scène, dans le reportage "Dupont, naturellement" sur Canal +. Antoine prenait le stylo de Fabien et disait : "Non, il faut faire comme ça." J’étais face à deux génies du rugby, deux perfectionnistes." L’entreprise de séduction était en marche, d’autant que Toulouse était empêtré dans une fin de saison galère, finissant à une douloureuse 12e place du Top 14. Et si Dupont rejoignait la côte varoise ? Boudjellal y a cru : "Je me rappelle que cela s’était très bien passé entre eux et Fabien m’a dit : "Il y a quelque chose à faire." C’était à moi de prendre le relai." Ce qui s’était matérialisé par un échange téléphonique. "J’ai passé quasiment deux heures avec Antoine, poursuit l’homme de BD. Par rapport au précontrat signé à Toulouse, je crois que la sortie était à 400 000 euros pour l’annuler. Je n’étais pas contre. Fabien me répétait qu’il fallait tout faire pour l’avoir. Au départ, Antoine était très respectueux. Puis, petit à petit, je sentais qu’il venait. Nous étions quasiment d’accord… Mais il y avait cette retenue par rapport à son histoire de famille, ce qui est tout à fait honorable."

Antoine Dupont et Fabien Galthié ont une très belle complicité.
Antoine Dupont et Fabien Galthié ont une très belle complicité. Midi Olympique - Patrick Derewiany

Dupont : "Ce qui m’a fait hésiter...."

Ainsi, Dupont n’a pas rallié la Rade. "Ce fut une grosse déception, je commençais à compter les billets", sourit Boudjellal. En août 2017, l’intéressé revenait, pour la première fois, sur cet épisode : "Ce qui m’a fait hésiter, c’est surtout que le Stade toulousain ne puisse peut-être pas valider les contrats de certaines recrues, dont moi. On entendait beaucoup de choses, on parlait de problèmes financiers, de la DNACG, j’avais peur de me retrouver sans rien à l’arrivée..." D’autant qu’il était charmé par Galthié, même si les mots d’Ugo Mola l’avaient aussi convaincu : "Le discours d’Ugo m’a séduit. Il disait qu’il appréciait mon style, qu’il collait à celui historique du Stade toulousain, à savoir un jeu de mouvement. J’ai senti qu’il me désirait vraiment." Et l’intervention du néo-président toulousain Didier Lacroix, entré en fonction en juillet 2017 mais dont la prise de pouvoir était actée depuis deux mois, fut cruciale. Dupont encore : "Il m’a juste dit : "Si tu as fait ce choix au départ, c’est que tu avais vraiment envie de venir car tu y as beaucoup réfléchi. Donc tu ne dois plus changer d’avis." C’était la vérité." Ce même Lacroix qui l’a accompagné durant la fameuse nuit d’hospitalisation à Aix-en-Provence, avant d’intervenir personnellement, en pleine nuit, pour accélérer la visite avec le Professeur Lauwers, le chirurgien qui l’a opéré vingt-six heures après la blessure.

Malgré l’acte manqué de 2017, Galthié a toujours conservé une immense estime pour Dupont. "Fabien l’adorait et ne s’était pas trompé, assure Boudjellal. Cette même année, Thomas Ramos (qui sortait d’une saison en prêt à Colomiers, NDLR) avait annoncé qu’il voulait quitter Toulouse, où il était sous contrat, pour venir à Toulon. Fabien m’avait dit : "Les deux qu’il nous faut, c’est Dupont et Ramos. Avec eux, il ne pourra rien nous arriver." On ne les a pas eus et il nous est arrivé beaucoup de choses." Deux éliminations, en quart de Champions Cup et en barrage de Top 14, conduisant Boudjellal à se séparer prématurément de Galthié. "Avec ces deux joueurs, l’histoire aurait sûrement été différente", glisse le Toulonnais. Les deux figures tutélaires actuelles du rugby français auraient travaillé plus tôt ensemble, mais ne se seraient peut-être jamais retrouvées en équipe nationale. Il fallut attendre un autre été, en 2019, pour voir Galthié et Dupont réunis, quand le futur sélectionneur fut l’adjoint de Jacques Brunel lors du Mondial japonais. Boudjellal en rigole : "J’espérais qu’Antoine ne soit pas trop être gêné vis-à-vis de Fabien après avoir refusé de venir à Toulon." Au contraire. Hasard ou pas, cela correspond au moment où Dupont - qui avait débuté le Tournoi 2019 en tribunes, devancé par Morgan Parra et Baptiste Serin - est vraiment devenu le patron du jeu tricolore.

Laporte : "Antoine ressemble à Fabien plus jeune, réservé, réfléchi"

Dès l’entame du mandat suivant, le Toulousain s’est imposé comme l’homme de base du système français, au sein duquel il fut ultra responsabilisé par son boss. Et si la complicité de ce dernier est plus évidente sur le plan strictement humain avec Charles Ollivon, premier capitaine de l’ère Galthié avec lequel il blague davantage en conférence de presse, la connexion avec Dupont est d’abord axée sur le rugby. Et elle a mûri ainsi, se renforçant sans cesse, jusqu’à en faire le leader incontestable et incontesté de cette génération, celui qui porte les espoirs d’une équipe façonnée par le meilleur joueur du monde 2002. "Il y a de vraies ressemblances entre eux, ce sont d’abord des passionnés de ce sport, qui aiment discuter de rugby et de jeu, détaille Bernard Laporte. Leurs échanges, de ce que je sais, sont quotidiens. Antoine ressemble à Fabien plus jeune, réservé, réfléchi, qui ne s’ouvre pas facilement, mais dont la parole compte. Je ne suis pas avec eux actuellement, mais je ne doute pas de leur complicité rugbystique. Ils n’ont pas besoin de s’expliquer pendant des heures, ils percutent vite."

Et chacun devinera aisément que leurs derniers dialogues ont tourné de l’état de santé du demi de mêlée, de sa capacité à défier les Springboks dimanche. En interne, Galthié se voulait prudent, sûrement marqué par un souvenir personnel remontant de 2001 quand, lors d’une tournée estivale avec les Bleus, il avait été victime d’une fracture du nez lors du premier test-match et avait absolument voulu disputer le deuxième. Il était passé au travers, diminué par l’appréhension qui était la sienne. C’était face à... l’Afrique du Sud. Son héritier a une autre histoire à écrire. Et un destin à lier définitivement à celui de son sélectionneur.

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Les commentaires (1)
CasimirLeYeti Il y a 4 mois Le 14/10/2023 à 14:32

Et dire que beaucoup, moi y compris, ont longtemps cru que Galtoche n'aimait pas Ramos, ne le titularisant qu'après des années...