Abonnés

Top 14 - Anthony Belleau évoque l'arrivée d'Urdapilleta à Clermont : « Je dois montrer au coach qu’il s’est trompé »

Par Paul Arnould
  • Anthony Belleau (Clermont) : "mon ambition est de retrouver le goût de la victoire et cette régularité collective et individuelle."
    Anthony Belleau (Clermont) : "mon ambition est de retrouver le goût de la victoire et cette régularité collective et individuelle." Icon Sport - Franco Arland
  • Antoine Dupont et Anthony Belleau au Stade de France face à la Nouvelle-Zélande le 11 novembre 2017.
    Antoine Dupont et Anthony Belleau au Stade de France face à la Nouvelle-Zélande le 11 novembre 2017. Icon Sport - Dave Winter
Publié le Mis à jour
Partager :

Le demi d’ouverture Anthony Belleau, arrivé cet été après huit années passées à Toulon, tire un premier bilan de sa saison à l’ASM Clermont. Pour Midi Olympique, il évoque les difficultés rencontrées par le club, son ambition et répond aux critiques le concernant.

Malgré une saison difficile (résultats décevants, changement de manager, nouveau président, des joueurs cadres sur le départ), vous êtes toujours en course hypothétiquement pour le top 6, et surtout pour la qualification en Coupe d’Europe. Comment préparez-vous ce choc à Bayonne ?

Malgré les intempéries, nous avons toujours gardé nos objectifs dans un champ de vision. Évidemment qu’il y a eu des périodes compliquées, mais personne n’a lâché, que cela soit avec Jono (Gibbes) ou Christophe (Urios). Le top 6, ça relèverait du miracle, mais il y a cet objectif fort d’accrocher l’Europe, surtout quand on connaît l’histoire particulière entre le club et cette compétition. Nous devons terminer cette saison sur une note positive et offrir une belle fin aux joueurs qui vont partir. Bayonne est un magnifique challenge pour nous. C’est un promu très surprenant qui mérite sa place. Ils ont gagné tous leurs matchs à Jean-Dauger, et plus d’un en a été surpris. Nous savons l’importance qu’ils accordent à cette dernière à domicile pour conclure en beauté. Nous, nous nous souvenons du match aller qui est un peu le début de notre spirale négative. Ce jour-là, Bayonne avait eu plus d’envie, et je pense que ça a tourné dans les têtes de tout le monde à partir de ce match. J’espère que nous serons revanchards et que nous nous rattraperons.

Quel est votre regard sur la situation du club ?

Des crises de club, j’en ai connu quelques-unes à Toulon (sourire). Il y a des gens qui étaient très surpris, qui ne savaient pas trop comment réagir. C’est sûr que la situation est délicate, je ne connais pas encore très bien le club, mais il est à un tournant de son histoire. Sur le terrain, la mayonnaise n’a pas pris, l’équipe a eu beaucoup de choses négatives à gérer, comme des blessures par exemple, qui ont fait que nous n’avons pas eu de stabilité nous permettant de développer quelque chose de fort autour du staff et de l’équipe. À mon arrivée, l’objectif était de passer la seconde avec le projet mis en place par Jono (Gibbes). Il y avait de bons indicateurs, mais d’autres n'ont pas décollé. Bref, c’est une saison riche en rebondissements dirons-nous. Avec le nouveau fonctionnement et le départ de certains joueurs historiques. Une page va se tourner la saison prochaine.

Baptiste Jauneau nous a tous régalés

On imagine que c’est plus facile d’être performant dans un environnement plus « sain » …

C'est plus facile de jouer dans un club où la stabilité prime et où tous les indicateurs vont dans le bon sens. Ce n’est pas évident de changer de coach, de président, et de voir beaucoup de changements en interne dans la direction. La réalité est que quand il y a du changement, c'est sans doute qu'il devait y en avoir et que certaines choses ne se passaient pas correctement. Après, j’ai toujours cette phrase, un peu bateau, mais qui pour moi est juste : chaque personne doit faire son boulot. L’entraîneur entraîne, le président préside et nous les joueurs, nous devons jouer, et le mieux possible. Nous avons été indirectement liés à tout ce qui a pu se passer, mais nous devons faire preuve de résilience. Les résultats n’ont pas été géniaux, il y a eu de la frustration, mais nous n’avons jamais lâché. Les supporters, les joueurs, le club : personne n’est satisfait, mais les efforts que nous faisons vont payer, même s'ils ne se voient pas tous actuellement. La saison n’a pas été évidente, mais elle nous rendra plus forts.

Parmi les satisfactions, évoquons Baptiste Jauneau, votre compère à la charnière qui est la révélation de l’ASM cette saison. Lui donnez-vous des conseils, vous qui avez explosé au plus haut niveau assez jeune ?

Baptiste (Jauneau, N.D.L.R.) nous a tous régalés. Il est très autonome donc il vient de lui-même discuter et apprendre des autres. Il se donne les moyens d’y arriver, et personnellement, je le laisse évoluer. Il sait qu’il peut compter sur moi. Il est humble, besogneux et il vit pour le rugby. Pour l’avoir côtoyé de près, je ne suis pas surpris de son évolution, et c’est un plaisir de jouer avec lui et de participer, un peu, à son éclosion. Il fait une très belle saison et il a de beaux jours qui l’attendent.

Après huit années à Toulon, vous avez fait le choix de rejoindre l’ASM l’été dernier. Racontez-nous ce changement de vie.

Ce fut un énorme changement, mais j’étais à un stade de ma carrière où j’avais besoin de découvrir autre chose en tant que joueur professionnel, mais aussi en tant qu’homme. Je voulais découvrir une nouvelle culture, un nouveau grand club. Je suis passé du tout au tout, mais ça m’a permis de prendre du recul. Je suis très content.

Regrettez-vous votre choix ?

Pas du tout ! Ça n’a pas été facile sur le moment de prendre cette décision, mais à partir du moment où mon choix était fait, j’étais déjà parti dans ma tête. Il y a aussi des raisons personnelles à cette décision. Toulon et Clermont ont des cultures différentes, on ne les présente plus, et la différence, c’est qu’en arrivant ici, j’avais un statut de joueur professionnel confirmé à assumer, contrairement à Toulon où j’étais arrivé comme un jeune au centre de formation. J’ai dû rapidement m’adapter et prendre les choses en main.

Comment avez-vous vécu votre collaboration avec Jono Gibbes, qui est le manager qui vous avait recruté et qui a été démis de ses fonctions en cours de saison ?

Elle a été de courte durée. Jono (Gibbes) est un super technicien, il était très apprécié des joueurs, et son départ a été un grand choc. Le fait qu’il m’ait recruté, surtout après le départ de Camille (Lopez, parti à Bayonne, N.D.L.R.), c’était une belle marque de confiance. Je garde un très bon souvenir de Jono, et je suis déçu de son départ, même si cela fait partie des aléas d’une saison.

Quelle est la principale différence avec le management de Christophe Urios ?

La différence toute simple, c’est que Jono (Gibbes), étant donné sa culture et ses origines, avait ce côté plus anglo-saxon dans son management, contrairement à Christophe (Urios) qui est plus à la française ; sans doute plus direct. Chaque manager à sa façon de faire, et cela demande de l’adaptation. C’est peut-être aussi pour cela que nous n’avons pas encore complètement décollé et que la saison est en dents de scie.

Il y a ceux qui parlent et qui brassent de l’air, et il y a ceux qui travaillent tous les jours

Quel bilan tirez-vous de votre saison, à titre individuel ?

Il est à l’image de l’équipe, mitigé. C’était une grande découverte pour moi après huit années passées à Toulon, et j’ai dû m’adapter pour rentrer dans l’équipe et dans le projet. J’ai découvert un club qui a une immense histoire et un grand patrimoine. Cette image que l’ASM renvoie de l’extérieur, c’est-à-dire d’un club très carré, très structuré, c’est la vérité et ça engendre beaucoup de responsabilités. À titre personnel, c’était une, (il hésite), longue saison. J’aurais préféré qu’on performe plus, moi le premier, mais je garde des ambitions très élevées. Je travaille dur pour que les voyants soient au vert.

Les voyants au vert, c’est notamment ce pourcentage de réussite au pied (64.8 %), qui vous fait défaut cette saison ?

Ce rôle entraîne la lumière, et quand ça ne se passe pas bien, forcément il y a des critiques. J’aime quand les choses se passent correctement, donc je suis frustré, même si j’essaye toujours de garder le cap après des échecs. Quand vous êtes numéro 10, vous êtes responsable de la direction du jeu. Il faut être prêt à assumer ce rôle et à accepter ce qu'il peut engendrer de négatif. À moi d’être performant.

Beaucoup de critiques vous ont visé justement à cause de vos difficultés face aux perches. Vous les trouvez justifiées ? Injustes ?

Il y a ceux qui parlent et qui brassent de l’air, et il y a ceux qui travaillent tous les jours. Moi, je sais que je bosse continuellement pour améliorer ce pourcentage. Dans cette histoire, je suis le premier frustré, car je travaille comme un dingue pour être davantage performant. Sur ce point précis, ma saison est négative. J’en suis le premier responsable et le premier déçu. Après, ce que les gens disent ou pensent, c’est leur problème. Je les laisse juger, et de mon côté, je travaille. C’est un domaine où j’ai toujours été performant les années précédentes alors je ne dois pas lâcher. Je me suis beaucoup creusé la tête - que cela soit techniquement ou mentalement - pour m’améliorer. Je fais preuve de résilience, c’est comme cela que je fonctionne et ça ne m’empêche pas de garder la tête haute. Et puis cette saison, à l'image du week-end dernier, les poteaux et les barres transversales n’ont pas été souvent de mon côté (Anthony Belleau a tapé la barre transversale face au Stade français pour un total de 4/5, N.D.L.R.).

Je ne me voile pas la face

Aimez-vous l’exercice du tir au but ?

Avec les heures que j’y passe, si ce n’était pas un exercice qui me passionnait, j’espérerais vraiment que quelqu’un me dise d’arrêter tout de suite ! Évidemment que j’aime ça. Je me souviens quand j’étais petit, mon père m’avait construit des poteaux avec de grands tuyaux dans le jardin. J’ai toujours aimé taper dans le ballon, et je suis fier d’avoir ce rôle. C’est tellement satisfaisant et beau de le voir s’envoler en direction des poteaux, d’entendre la ferveur que ça engendre, l’engouement dans le public… Certes les responsabilités sont élevées et tu as de la frustration lors des échecs, mais avoir la chance de scorer pour son équipe : ça m’anime !

Benjamin Urdapilleta arrivera la saison prochaine. Comment vivez-vous sa future arrivée et cette concurrence désormais à trois ouvreurs ?

C’est la décision de Christophe, il est venu nous l’annoncer. J’imagine qu’il doit être rassuré sur certains points, et qu’il sait qu’il peut compter sur lui pour l’avoir connu dans d’autres clubs. À partir de ce moment-là, les cartes sont un peu rebattues. Il faut être lucide, nous ne sommes pas exempts de tout reproche, moi le premier. Je vais dire la phrase bateau : « La concurrence doit nous tirer vers le haut », mais c’est clairement un coup de pied aux fesses. Je dois me retrousser les manches, continuer à travailler, et montrer au coach qu’il s’est trompé.

Vous avez 12 sélections en Bleu. Quel(s) souvenir(s) gardez-vous de votre première cape ?

C’était face à la Nouvelle-Zélande (18-38, le 11 novembre 2017, N.D.L.R.) qui marchait sur tout le monde à l’époque. J’en garde un très bon souvenir malgré la défaite, et avec le temps qui passe, je me rends davantage compte du privilège que j’ai eu. J’y repense en me disant que c’était vraiment un rêve de gosse que de jouer pour son pays face aux Blacks au Stade de France, faire face à ce Haka que je voyais petit devant la télévision…

 

Pensez-vous encore à l’équipe de France ?

J’y suis déjà allé donc forcément. Mais aujourd’hui je savoure davantage en me disant : « Put* on ne se rend pas forcément compte du truc incroyable que c’était sur le moment ! ». Maintenant, je ne suis pas en fin de carrière et si on m’appelle, j’y vais en courant, mais il serait présomptueux de dire que j’y pense. Je dois déjà retrouver de la performance et des résultats en club. Ce qui est certain, c’est que je suis content et fier d’avoir connu l’équipe de France, mais je ne me voile pas la face.

C’est-à-dire ?

Je me suis blessé sur les dernières saisons, j’ai été moins performant, et je ne suis pas dans les petits papiers. Il suffit de regarder comment tourne l’équipe de France depuis plusieurs saisons… Je n’ai pas envie de faire un faux discours. Je n’ai rien fait, pas de rassemblement ou autre, donc la réponse est claire.

SI vous pouviez changer quelque chose dans votre carrière, que choisiriez-vous ?

Cela serait trop facile de pouvoir changer des événements. La carrière que je connais me permet d’être l’homme que je suis. Les bons moments n’auraient pas la même saveur si tout était facile. J’aime mon parcours, et je ne me pose pas ce genre de questions. Donner le meilleur de moi-même pour avoir la plus belle carrière possible : voilà comment je vois les choses.

Évoluer un jour dans le Lot-et-Garonne, votre département de naissance, est-il un de vos objectifs ?

Je viens à peine d’arriver en Auvergne, laissez-moi déjà écrire une chouette histoire ici (rires). Je suis focus sur l’ASM et j’ai plein de choses à faire dans ce club avant de penser à l’avenir.

Que pouvons-nous vous souhaiter ?

Les choses les plus simples sont les plus appréciables. Avec ce nouveau projet et cette équipe conquérante, mon ambition est de retrouver le goût de la victoire et cette régularité collective et individuelle pour prétendre à des ambitions supérieures, et tout ce que ça peut engendrer derrière…

Vous êtes hors-jeu !

Cet article est réservé aux abonnés.

Profitez de notre offre pour lire la suite.

Abonnement SANS ENGAGEMENT à partir de

0,99€ le premier mois

Je m'abonne
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?

Les commentaires (1)
Lacouoste Il y a 9 mois Le 10/05/2023 à 23:23

Garçon sympathique mais manquant peut être un peu d'ambition
C'était sans doute aller un peu vite de lui confier une succession si lourde à peine arrivé dans un club si radicalement "différent"!
Il n'y a pas de raison de ne pas lui faire confiance mais il faudrait qu il travaille son "panache" et pas seulement les tirs au but ( trop anormal pour que cela ne s'arrange pas)Il a sans doute été victime de la pression qu 'il s'est mis et qu'on lui a mis alors que les causes du déclin étaient multiples (sans doute Azema est il reste trop lo f temps...et c'est bien de prendre des salariés de l'entreprise mais ça ne peut pas être une solution pérenne.