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Guy Accoceberry: "J'ai peur que le XV de France perde ses valeurs et son latin"

Accoceberry: "J'ai peur que le XV de France perde ses valeurs et son latin"

Le 30/09/2014 à 14:50

International à 19 reprises, décisif sur "l'essai du bout du monde", Guy Accocebery s'est livré pour nous sur l'UBB, le Top 14, le XV de France et ses joueurs "naturalisés".

Guy Accoceberry, enfant de l'US Tyrosse, a éclos aux yeux du rugby français sous le maillot à damiers du Club Athlétique Bordeaux Bègles Gironde (CABBG) dont il fut le capitaine. Mais Guy Accoceberry, c'est aussi 19 sélections en équipe de France de 1994 à 1997 au poste de demi de mêlée où il fit face à la forte concurrence des Philippe Carbonneau et Fabien Galthié. Sous le maillot bleu, il participe à la Coupe du monde 1995 en Afrique du Sud, gagne la coupe Latine la même année et en 1997, et la consécration dans le Tournoi des cinq nations où il remporte le grand chelem. "Acco", comme on le surnomme, est surtout reconnu pour avoir été le dernier passeur (à Jean-Luc Sadourny) de ce que le monde du rugby a qualifié "d'essai du bout du monde" qui permit au XV de France d'arracher à la dernière minute, un succès historique en terre néo-zélandaise (1994), entrant ainsi dans la légende de ce sport. Cet essai a été élu comme le plus bel essai de l'histoire du XV de France.
 
Quelles sont les activités actuelles de Guy Accoceberry ?

Guy ACCOCEBERRY: Nombreuses (rires). En grande partie dans mon officine puisque je suis pharmacien depuis plusieurs années où je suis associé avec mon épouse. Ensuite, je suis élu aux sports à la mairie de Bordeaux et consultant sur France Info pour les matchs de l'équipe de France. Trois activités complètement différentes mais toutes aussi passionnantes les unes que les autres.

A la fin de votre carrière, n'avez vous pas eu envie de devenir entraineur ?

G.A: Il aurait fallu que je fasse des choix. Un petit regret de ne pas l'avoir fait mais je n'en ai pas forcément eu la capacité et l'opportunité. Et puis j'étais déjà investi dans mon officine avec un emprunt à rembourser donc le choix a vite été fait. En revanche, j'ai entrainé pendant deux ans les moins de 11 ans à l'école de rugby de l'UBB avec mon fils qui faisait partie de l'équipe. J'y ai pris beaucoup de plaisir car cela m'a aussi rapproché du terrain et de l'entrainement. C'était très agréable d'autant plus que je pense leur avoir donné la passion. Ils sont heureux de me revoir et me disent dormir avec leur ballon. Le message est bien passé. Maintenant, il faut qu'ils grandissent, qu'ils progressent et j'espère en retrouver un ou plusieurs du groupe au plus haut niveau, ce serait génial !

Pensez vous que votre club de cœur, l'Union Bordeaux Bègles, a franchi un palier ces derniers temps ?

G.A: Déjà la saison dernière, ils avaient failli le franchir ce palier. La prochaine étape par rapport à ce qu'ils font depuis plusieurs saisons, c'est la qualification. Cette année, le recrutement est intelligent. Ils ont renforcé en quantité mais aussi en qualité donc je pense que ça peut être la bonne année. D'autant plus que certaines grosses écuries sont à la traîne. Ils ont les moyens et le potentiel pour se qualifier et je l'espère pour eux car ce serait dans la continuité de ce qu'ils réalisent depuis quatre-cinq ans. Qu'ils jouent un barrage voir une demi-finale car sur un match, ils sont capables de battre n'importe qui. 

" Si tu mets ce joueur en équipe de France, tu ne pars pas pour multiplier les temps de jeu mais plutôt un jeu restrictif de conquête, d'occupation, de jeu au pied... et pas plus loin"

Que vous inspire le capharnaüm autour du XV de France à un an de la Coupe du monde ?

G.A: Pfff... c'est un peu décevant d'en être là à douze mois de la Coupe du monde ! Après, je pense que la qualité des joueurs est là. Tout le monde va se reconcentrer sur l'objectif et la saison à venir sera meilleure. Je pense que la France fera une bonne Coupe du monde. La seule chose qui me dérange, c'est de vouloir à tout prix faire rentrer des étrangers dans ce collectif surtout à des postes où on a des joueurs qui ont de la qualité. Cela va à l'encontre de la formation et de ce qui a toujours fait le rugby français. C'est un rugby formateur et j'ai peur que l'équipe de France y perde ses valeurs et son latin.

Justement, comment justifiez vous que l'on fasse appel à des joueurs étrangers au détriment des joueurs français ? Sont-ils meilleurs ?

G.A: A partir du moment où tu fais venir beaucoup de joueurs étrangers dans le championnat, cela signifie que tu empêches certains jeunes joueurs de jouer donc automatiquement, tu remarques plus l'étranger qui occupe le poste que le jeune joueur français. Et vu que ce phénomène se multiplie dans beaucoup de clubs, à certains postes, tu retrouves plus d'étrangers que de Français. Au moment de faire la sélection, le choix se porte davantage sur l'étranger que sur le Français. Je peux le comprendre sans le comprendre mais sur le poste de pilier par exemple, on en a de moins en moins en France. On a trois piliers au niveau international donc que l'on en prenne un quatrième avec le Néo-Zélandais Atonio, pourquoi pas après tout. En revanche, sur le poste de demi de mêlée, ca me dérange davantage. Tu vas chercher Kockott  qui fait de belles saisons certes mais qui a un style de jeu particulier. Si tu mets ce joueur en équipe de France, tu ne pars pas pour multiplier les temps de jeu mais plutôt un jeu restrictif de conquête, d'occupation, de jeu au pied... et pas plus loin. A ce poste, on a quand même des Parra, Machenaud, Tillous-Borde, Pélissié, Paillauge voir le petit Serin à l'UBB qui a des qualités énormes. J'en cite cinq-six donc à ce poste, aucun intérêt d'aller chercher un étranger.

Votre point de vue par rapport à l'équipe nationale est plutôt positif, négatif ou mitigé ?

G.A: Mitigé, mitigé. Je pense que les matchs de novembre dans un premier temps puis ceux du Tournoi vont être de bons évaluateurs pour voir ce qu'il va se passer. Je suis quand même un peu inquiet car cela fait deux saisons que ça ne tourne pas et que les résultats sont loin d'être au rendez vous. Cela dit, j'aurai tendance à y croire quand je vois l'éclosion de quelques jeunes à l'image d'Ollivon à Bayonne. Ce garçon, il faut l'essayer. Ce que fait Tillous-Bordes depuis deux saisons à Toulon, il faut le réessayer tout comme Trinh-Duc avec Montpellier. Aux postes clés, il y a des gars à essayer et si à ces postes tu retrouves une bonne ossature avec des mecs qui tiennent la baraque, tout est permis.  De la qualité, il y en a en France et on en a mais il faut aller très vite et ne plus se tromper.

Votre regard sur le Top 14 avec des sorties de plus en plus fracassantes de présidents, d'entraineurs... qui à votre époque existaient moins ?

G.A: Il faut faire attention même si le rugby est devenu un sport-spectacle. Quelques sorties font parler de ce sport dans les médias, c'est bien, mais attention. Il y a une ligne blanche à ne pas franchir et on le dit depuis plusieurs années, ne rentrons pas dans les travers du football... Même dans certaines déclarations de joueurs et dans le contenu, je trouve cela un peu "tristouner", un peu trop formaté. Ils me font parfois penser aux footballeurs. Les quelques sorties fracassantes font partie du charme du rugby mais il ne faut pas que ces dernières dépassent les limites du respect et que le joueur garde son caractère, sa personnalité et évite les déclarations toutes faites dans ses propos. Le rugby va finir par perdre son âme, sa cohérence alors qu'il bénéficie d'une image très positive auprès du grand public et il faut le conserver.

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