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Vincent Clerc : "Je ne suis pas encore dans la réflexion de savoir si je continue ou si j'arrête"

Clerc : "Je ne suis pas encore dans la réflexion de savoir si je continue ou si j'arrête"

Le 30/11/2016 à 12:01

TOP 14 - L'aventure toulonnaise de Vincent Clerc n'a pas vraiment commencé. La faute à une douleur persistante au tendon d'Achille qui a contraint l'ailier de 35 ans à l'opération. Arrêté depuis septembre, il pourrait revenir à la compétition fin décembre. En attendant, l'homme aux 98 essais en championnat a accepté d'évoquer sa blessure, son avenir et les prestations des Bleus.

Comment allez-vous après cette opération au tendon d'Achille ?

Vincent CLERC : Ça va beaucoup mieux, j'ai repris la course la semaine dernière. Ça fait du bien. On est vraiment dans les temps voire un peu en avance. Il n'y a pas de stress par rapport à ça. Il y a pas mal de frustration car ça traînait depuis le mois d'août mais la rééducation a été assez rapide et s'est bien passée. Maintenant, c'est la dernière ligne droite. Je sens que je me rapproche du terrain, que je vais retrouver l’entraînement avec les mecs, ça fait du bien au moral aussi. J'espère reprendre le collectif d'ici 10-15 jours, quand je pourrai accélérer, et un retour à la compétition pour la fin d'année. Ce serait un beau cadeau.

Pour rappel, quelle était la nature de la blessure précisément ?

V.C. : J'avais une douleur au tendon d'Achille, qui était usé. Je m'étais beaucoup entraîné dessus, il n'y avait pas de risque de rupture, mais une douleur persistante et gênante qui m'empêchait de m'exprimer et d'être bien. Il valait mieux prendre la décision d'opérer pour pouvoir être à 100 % pour la suite.

Vincent Clerc

Vincent Clerc Icon Sport

Le match face à Brive, votre seule apparition sous le maillot toulonnais, a servi d'ultime test avant de prendre la décision ?

V.C. : On avait voulu un peu forcer le truc, mais c'était vraiment trop handicapant. Je ne prenais aucun plaisir car j'avais mal à chaque appui. J'étais vraiment limité. Parfois, il y a des douleurs qui se gèrent. Dans une carrière, on joue souvent avec de petites douleurs mais certaines sont trop importantes pour être à son niveau. Il fallait arrêter les frais. C'était frustrant car j'avais envie de jouer d'autant que je venais d'arriver. Il y avait aussi un peu de culpabilité de ne pas pouvoir rendre la confiance qu'on m'a donnée. D'autant plus que ça tombait à une période avec beaucoup de blessés au poste d'ailier. Mais le club, du président à l’entraîneur en passant par les joueurs, a été au top et m'a dit que la meilleure solution était de me soigner.

" Les blessures sont toujours aussi frustrantes, c'est même de pire en pire !"

Avec l'expérience, notamment avec les blessures connues par le passé, est-ce que ces situations sont plus simples à gérer ?

V.C. : C'est toujours aussi frustrant et c'est même de pire en pire ! Alors, on se jette à corps perdu dans les soins et la récupération. Je ne vis pas très bien ces situations. Du coup, je compense par beaucoup d'activités en parallèle avec des soins et de l’entraînement afin de ne pas perdre trop de temps. Même si je venais d'arriver, le groupe a été super et ça m'a permis de mieux vivre la blessure.

Malgré ce contretemps, comment vivez-vous cette aventure toulonnaise ?

V.C. : Je suis très bien ici. Il me tarde de vivre pleinement l'aventure sur le terrain. Cette nouvelle vie me convient parfaitement. Il n'y a pas de manque, je suis dans une découverte permanente de nouvelles choses, notamment des joueurs contre qui j'ai joué par le passé. C'est aussi agréable d'être confronté à un nouveau mode de fonctionnement.

Vincent Clerc (Toulon) - septembre 2016

Vincent Clerc (Toulon) - septembre 2016Icon Sport

" Je comprends que dans des clubs comme ça, les matchs ratés ne passent pas"

Vous avez donc vécu le début de saison animé de Toulon un peu à distance. Comment avez-vous perçu les changements dans le staff ?

V.C. : De l'extérieur, cela a été perçu comme de gros chamboulements. Mais à l'intérieur du groupe, les choses ont été différentes. Bien entendu, il y a des changements, mais cela a été plus doux que ce que l'on peut croire. La transition a été faite, les joueurs n'ont pas été trop impactés et on continue de bosser. Maintenant, il y a une stabilité qui était importante à avoir. Petit à petit, ça va monter en puissance. J'avais échangé avec Diego (Dominguez) mais également avec Mike (Ford) quand il est arrivé. Il s'est appuyé sur ce qui a été fait et apporte son expérience, avec sa rigueur et sa façon de voir les choses. Les joueurs aiment cette culture anglo-saxonne avec un cadre et une ligne directrice.

Vous parliez tout à l'heure de nouveau mode de fonctionnement. Avez-vous été surpris par le contexte toulonnais, parfois bouillonnant ?

V.C. : Même si c'est un peu différent, c'est proche de ce que j'ai connu à Toulouse. Je comprends que dans des clubs comme ça, les matchs ratés ne passent pas. On attend tellement plus du club et des joueurs, que parfois une défaite peut prendre des proportions qu'on atteint pas dans d'autres clubs. Il y a une grosse ambition de performance, mais c'est une pression positive d'aller toujours chercher plus loin et d'être dans le dépassement, de ne jamais se satisfaire de ce que l'on a. J'ai connu ça à Toulouse et je le retrouve ici. On ne gagne pas sans avoir l'état d'esprit d'en vouloir toujours plus. Parfois, les choses sont exacerbées ici, mais il y a aussi un président qui prend beaucoup sur lui et protège les joueurs.

Vincent Clerc, le nouvel ailier de Toulon - juillet 2016

Vincent Clerc, le nouvel ailier de Toulon - juillet 2016Icon Sport

" Pour l'instant, il n'y a pas de lassitude, j'ai toujours envie de jouer"

Vous vous êtes engagé pour une année avec Toulon. Est-ce que la blessure peut influencer votre décision pour la suite à donner à votre carrière ?

V.C. : Je prends année après année maintenant. La blessure ne change rien, j'ai toujours envie de jouer et de m'éclater, de gagner des titres. Je ne suis pas encore dans la réflexion de savoir si je continue ou si j'arrête. Le corps et la tête décideront. On verra en temps voulu. Je suis focalisé sur mon retour à la compétition. Je veux jouer, être performant et si on doit parler d'une suite on verra. Je ne mets pas de limite. Pour l'instant, je m'aperçois qu'il n'y a pas de lassitude, j'ai toujours envie de m’entraîner et de jouer. On fera le point, mais d'abord on se focalise sur la reprise.

A Toulon, vous côtoyez Josua Tuisova, un ailier au style différent du votre. Pensez-vous qu'il symbolise une évolution du poste ?

V.C. : Tuisova est un joueur avec un gros potentiel physique mais qui a aussi la volonté de faire jouer après lui. Il ne s'enferme pas dans ses qualités purement physiques. Je ne pense pas que ce soit l'évolution du poste. On retrouve des profils différents. Par exemple, un joueur comme Yoann Huget a des caractéristiques différentes. L'Irlande ou l'Angleterre, avec des profils dynamiques, n'ont également pas ce genre de gabarit derrière. Puis, par le passé, il y a aussi eu des joueurs très costauds à ce poste. Quand Aurélien Rougerie jouait à l'aile il était dans ce type là. Il y a aura toujours différents gabarits, ça dépend aussi du style de l'équipe.

Vincent CLERC - 08.10.2011 - France

Vincent CLERC - 08.10.2011 - FranceIcon Sport

Quel regard portez-vous sur l'équipe de France après cette tournée ?

V.C. : Je trouve que c'est bon signe que l'on soit frustré d'avoir perdu contre les Australiens et les Néo-Zélandais. Selon moi, on doit gagner ces deux matchs. Contre l'Australie, ça ne passe pas loin, et les All Blacks on leur fait des cadeaux alors qu'on les a franchis plus de fois... mais ils ont ce réalisme que l'équipe de France n'a pas encore. Cependant, on a senti cette équipe se faire plaisir. Sur l'ensemble de la tournée, on a vu une meilleure animation offensive même s'il manque encore ce réalisme. Globalement, on a senti une grosse intensité et du plaisir pris par les joueurs mais également par le public. On perçoit un gros potentiel. C'est très encourageant. L'ossature semble là, le groupe se construit et ce sont de bons signes pour l'avenir.

" Au moment des hymnes, c'est encore très émouvant"

On vous a vu dans le rôle de consultant à la télévision pendant la tournée. C'est quelque chose qui vous plaît ?

V.C. : C'est arrivé un peu par hasard. Il y avait un doublon, Raphael Ibanez était pris par un match avec Bordeaux-Bègles. J'ai été appelé et je trouvais ça marrant à faire ! C'est plutôt sympa, ça permet de garder un contact avec le sport et le terrain. Mon rôle n'est pas d'être critique sur les joueurs mais d'analyser, de comprendre si la situation a été bien gérée ou pas.

Qu'est-ce que cela fait de se retrouver au plus près de la sélection ? Il y a de la nostalgie ?

V.C. : Ça manque ! C'est décuplé par le fait que je ne joue pas en ce moment. Mais c'est bon signe. Puis, au moment des hymnes, c'est encore très émouvant... On sent qu'on y était il n'y a pas longtemps et ça donne envie. Il y a un gros manque, c'est évident.

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