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Jacky Lorenzetti: "Si remporter un titre passe par l'élimination de Toulon, tant mieux..."

Lorenzetti: "Si remporter un titre passe par l'élimination de Toulon, tant mieux..."

Le 02/02/2016 à 13:48

TOP 14 - À la tête d'un club leader de Top 14 et quart de finaliste de Champions Cup, Jacky Lorenzetti est un président comblé. Les résultats, Carter, le recrutement, Sexton, Boudjellal... le patron du Racing 92 se livre dans un entretien qu'il nous a accordé.

Est-ce la période la plus agréable de votre mandat de président du Racing 92 ?

Jacky LORENZETTI: Oui et non. Je ne suis pas arrivé dans le rugby pour satisfaire un caprice ou une passion mais comme entrepreneur. Je ne serais jamais venu au Racing s'il n'y avait pas eu un projet économique derrière, en l'occurrence l'Arena. Ponctuellement, les bons résultats m'apportent du baume au cœur. Je pense économie mais aussi sportif car je veux réussir et la réussite, c'est la victoire. On est premier en Top 14 et on va recevoir notre quart de finale en Champions Cup, mais notre seul titre est champion de rien. La seule consécration de toute l'entreprise sportive et économique sera d'avoir une belle réussite avec l'Arena et de remporter des titres.

Est-ce la saison du Racing 92 ?

J.L: Encore une fois, rien n'est fait et il faut rester humble. Certains essaient aussi de nous refiler la pression. J'ai lu des déclarations de Mourad Boudjellal à propos du quart de finale de coupe d'Europe, disant que le Racing était le grand favori et Toulon un Lilliputien venant avec ses petits poings...Je crois qu'il faut être raisonnable et ne pas s'enflammer. La vision sur le court terme est que nos résultats sont probants mais cela ne veut rien dire. Nous avons une vision sur le long terme.

Le président du Racing-Metro, Jacky Lorenzetti

Le président du Racing-Metro, Jacky LorenzettiIcon Sport

Cette bonne période du club vient-elle à point nommée pour le duo Travers-Labit, critiqué lors des deux premières saisons ?

J.L: Je ne leur ai pas mis de pression, ils s'en mettent déjà suffisamment. Ce sont des grands compétiteurs, ils sont arrivés avec des ambitions et les ont toujours. On a eu un moment difficile la saison dernière, comme peut le vivre Clermont en ce moment. On a essayé de faire preuve de sérénité et, pour leur montrer mon engagement, je les ai prolongés jusqu'en 2019. Ils n'ont donc pas de souci à se faire sur le plan alimentaire pour les trois prochaines années ! Je pense aussi que l'équipe a progressé cette saison par rapport aux précédentes et que nous vivons notre meilleure saison de rugby.

" S'imaginer que les Britanniques pouvaient jouer en France a été notre erreur"

À quoi attribuez-vous cette réussite ?

J.L: Elle coïncide avec plusieurs choses. Cela fait neuf ans que je suis là et l'équipe a, depuis, emmagasiné de l'expérience. On a aussi fait le choix de ne pas recruter de joker Coupe du monde et de faire confiance aux jeunes du centre de formation, ce qui nous a d'ailleurs valu d'être dernier du championnat Espoirs. Ils ont amené énormément de fraîcheur et d'insouciance à une équipe obnubilée par les résultats à court terme. On a enfin réussi un recrutement judicieux avec Masoe, Nyanga, Tameifuna, Tales, Rokocoko et bien sûr Carter.

Vous devez être aujourd'hui très satisfait d'avoir "cassé" votre tirelire pour attirer Dan Carter au Racing 92…

J.L: Je me rappelle du scepticisme des journalistes lorsque nous avons annoncé sa venue. C'était normal, il avait connu des blessures pendant deux ans. Mais il s'est lâché durant la Coupe du monde et nous avons eu la sagesse de le laisser se reposer après son titre mondial. Il est arrivé chez nous en pleine forme. La tête absorbe bien son changement de vie et le corps aussi. Tous ses coéquipiers pourront le confirmer, c'est un bon camarade, quelqu'un de simple et humble, et pas du tout une diva. Et puis sur le terrain, c'est exceptionnel. Au jour d'aujourd'hui, la venue de Dan est une complète réussite, sur et en dehors du terrain.

L'arrivée de Carter au Racing 92 est une vraie réussite

L'arrivée de Carter au Racing 92 est une vraie réussiteAFP

En plus de Dan Carter, Chris Masoe brille aussi avec le Racing. Est-ce la validation d'un changement de cap opéré par le club sur le recrutement, avec beaucoup moins d'internationaux en activité, surtout pas britanniques, et plus d'anciens ?

J.L: On est dans l'aboutissement d'une expérience. On savait que les jeunes étaient indispensables et on a continué de s'appuyer dessus. On a gardé notre base de joueurs français et on a ajouté une dose d'étrangers qui ont de la bouteille, donc anciens et qui ne sont plus astreints à leur sélection nationale. On fait aussi attention à ne pas recruter trop d'internationaux. On a changé de stratégie dès lors que nous avons décidé de ne plus recruter de Britanniques. On a fait une erreur, celle de s'imaginer qu'on pouvait les faire jouer en France.

" Si Sexton nous est proposé dans deux ou trois ans..."

Vous avez toutefois déclaré sur Sud Radio que l'histoire avec Jonathan Sexton n'était pas terminée. Qu'avez-vous voulu dire par là ?

J.L: C'était une remarque personnelle. Jonny a été discuté au Racing, même par certains joueurs. Pour ma part, c'est un homme que j'ai toujours beaucoup apprécié. Nous avons toujours eu d'excellentes relations, qui dépassaient le cadre de joueur/président. J'aimais bien son caractère un peu revanchard et combatif. S'il nous est proposé dans deux ou trois ans et que les coachs le veulent, nous regarderons. Il aura peut-être arrondi ses angles d'ici là. Pour moi, c'est en tout cas un très, très bon joueur.

Jonathan Sexton plait vraiment au président Lorenzetti

Jonathan Sexton plait vraiment au président LorenzettiIcon Sport

Vous avez prolongé plusieurs cadres cette année. Allez-vous en faire de même avec votre vice-capitaine Maxime Machenaud, dont le contrat prend fin en juin 2017 ?

J.L: Pour Maxime, on va laisser passer la période du VI Nations et s'y atteler très rapidement. La volonté du club est de le conserver, sauf évidemment si ses conditions financières deviennent exorbitantes et inatteignables. Le poste de numéro 9 est celui où il y a le plus de choix en France, contrairement à celui de 10.

" Je ne crois pas qu'il y ait de Mutuelle of the Sun outre-Manche…"

Comment avez-vous accueilli la demande particulière de Mourad Boudjellal d'intégrer Toulon à la Premiership anglaise ?

J.L: Avant de donner de l'écho à une telle proposition, il faut se renseigner. Comment pensez-vous que les pouvoir publics et les collectivités territoriales, qui donnent 5 millions d'euros au RCT, l'accueille ? On peut aussi poser la question à ses partenaires, comme Foncia, qui, je le sais, n'a pas d'implantation en Angleterre, ou Mutuelle du Soleil. Je ne crois pas qu'il y ait de Mutuelle of the Sun outre-Manche…On peut enfin la poser aux supporters toulonnais. Bref, Mourad a fait une "Mouradienne", il anime à sa façon mais nous ne sommes pas dans cette perspective.

Le prochain quart de finale de Coupe d'Europe à domicile face à Toulon doit avoir une saveur particulière pour vous…

J.L: C'est une belle perspective de pouvoir rencontrer, chez nous à Colombes, le champion d'Europe. En plus, c'est Toulon, avec sa myriade de stars, qui sait se mobiliser dans les grandes occasions. Ils ne viendront pas pour faire du tourisme mais pour se donner une chance de faire la passe de quatre. On est donc enchanté de les jouer. Nous n'avons pas encore remporté de titre sous ma présidence. On appelle tous de nos vœux de voir nos efforts récompensés. Si cela passe par l'élimination de Toulon, tant mieux.

Grande guerre des mots entre Boudjellal (Toulon) et Lorenzetti (Racing)

Grande guerre des mots entre Boudjellal (Toulon) et Lorenzetti (Racing)Icon Sport

Commencez-vous déjà à faire ce rêve d'un Racing champion d'Europe ou de France en titre, l'année de son entrée dans l'Arena 92 ?

J.L: On est quatorze à rêver. Certains le font plus bruyamment - je ne vous fais pas de dessin - d'autres plus humblement. Nous rêvons de gagner la coupe d'Europe et le Top 14 comme Thierry Émin, le patron d'Oyonnax. On rêve comme les autres : ni plus, ni moins et un peu moins bruyamment que l'autre.

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