Franck Corrihons, ancien entraîneur de Grenoble - Icon Sport
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Franck Corrihons: "On ne fait pas jouer nos meilleurs jeunes"

Corrihons: "On ne fait pas jouer nos meilleurs jeunes"
Dans cet article
Dernière mise à jour Le 08/10/2014 à 15:48 - Publié le 08/10/2014 à 14:19
Par Sébastien Liebaut - Le 08/10/2014 à 15:48

Franck Corrihons, entraîneur durant neuf saisons au FC Grenoble, était avant tout un joueur vif et technique, que ce soit au Biarritz Olympique (1991-1993), durant ses nombreuses années du côté de l'Isère (1993-2002) ou en équipe de France à VII dont il fut le capitaine. "Coco", comme on aime le surnommer, se livre sans retenue sur ses activités actuelles mais aussi sur la formation française.

Quelles sont les activités de Franck Corrihons?

Franck Corrihons: Elles sont multiples. J'ai repris mon emploi à mi-temps dans la fonction publique. Ensuite, j'ai une fonction à mi-temps au FC Grenoble en tant que Conseiller technique où je suis Responsable de la formation des U15 jusqu'au U18 (moins de 15 ans, moins de 16 ans et moins de 18 ans). Je travaille avec les éducateurs et sur le plan de formation du joueur également. Ajouter à cela la détection et le recrutement. Enfin, Consultant rugby pour le Groupe Canal Plus.

Pas trop déçu de ne plus être au bord du terrain quand on voit le très bon début de saison du FCG?

F.C: Non car je l'avais anticipé et d'autant plus que c'est moi qui l'ai décidé. Je le vis forcément bien même si la vie qu'il y a autour des matchs me manque un petit peu. Mais je retrouve mon bonheur auprès des jeunes du club et le fait d'être proche du terrain avec eux me permet de compenser le manque parfois de ne pas entrainer. Le fait d'aller les voir jouer le week-end me fait un bien fou aussi. C'est d'autant plus agréable, intéressant car il n'y a pas la pression du résultat et que nous sommes sur la formation du joueur par rapport à l'attente du haut niveau. Je prends mon pied avec ces jeunes car le résultat est plus que secondaire et on est vraiment sur le développement et le perfectionnement du joueur par ces aptitudes et ces attitudes, techniques, tactiques, physiques, sur les contenus des entrainements. Choses que l'on n'a pas tout le temps de faire en Top14.

Franck CORRIHONS - 08.08.2013 - Oyonnax  Grenaoble - Match amical 20132014
Franck CORRIHONS - 08.08.2013 - Oyonnax Grenaoble - Match amical 20132014 - Icon Sport

Parlons du rugby à VII pour lequel vous avez été joueur et capitaine de l'Equipe de France. Quel est votre regard sur le rugby à VII en France?

F.C: J'ai commencé avec l'équipe de France à VII en 1996 pour finir en 2002. J'ai participé à une trentaine de tournois dont cinq ou six Honk Kong Sevens (la référence des tournois de rugby à 7 dans le monde, ndlr) et fais deux Coupes du Monde. J'ai un peu bricolé dans cette discipline mais à une époque où elle était beaucoup moins professionnelle qu'aujourd'hui et avec beaucoup moins d'attente également. Concernant le rugby à VII en France, il est en train de se développer avec une structure professionnelle à Marcoussis, je trouve que c'est une très bonne chose. Le fait d'avoir des garçons toute l'année et de pouvoir planifier sur une saison par rapport aux tournois, c'est également très intéressant. D'avoir cette équipe réserve (France Développement, ndlr) qui fait les tournois européens donc qui commence à toucher le haut niveau, c'est encore quelque chose d'intéressant et d'enrichissant.

" On prend des joueurs par défaut et non par choix"


Malheureusement, cette discipline a du mal à trouver son envol dans notre pays. On n'implique pas assez les jeunes joueurs. C'est à dire qu'il manque des compétitions à VII dès les moins de 14 ans jusqu'au moins de 16 où on pourrait draguer des garçons et détecter les forts potentiels. Or aujourd'hui, on commence à parler du VII en France pour les moins de 18 ans et j'ai envie de dire que c'est trop tard car ils n'ont presque tous jouer qu'au rugby à XV et pour certains d'entre eux, le VII ne leur parle pas! Il faudrait impliquer le VII dès les moins de quatorze ans dans les collèges via l'UNSS par exemple. Le mettre en place aussi dans les pôles espoirs. Pourquoi pas aussi mettre en place une compétition fédérale dès le plus jeune âge pour les sensibiliser à ce jeu là qui est fabuleux? Le rugby à VII est très complémentaire du rugby à XV que nous connaissons tous.

La France fait partie des grandes nations du rugby mondial. En quoi sommes nous en retard par rapport à d'autres nations majeures concernant le rugby à VII?

F.C: Quand on voit les Néo-zélandais, les Australiens et Sud-africains qui représentent les nations majeures du rugby et de ce jeu, aujourd'hui, ils ont des joueurs sous contrat, qui jouent aussi à XV mais qui ont entre 18 et 22 ans. Si on prends les All-Blacks par exemple, hormis Forbes (le capitaine), ils jouent en ITM CUP, le championnat à XV le plus relevé après le Super Rugby. Chez nous, malheureusement, les garçons qui sont sous contrat à VII jouent dans des clubs de Fédérale ou se sont retrouvés sans club. Notre politique est bien différente des Sudistes où ils prennent des jeunes joueurs pour le VII avant de les envoyer au XV. Il me semble que l'on prend des joueurs par défaut et non par choix.

N'auriez-vous pas envie de vous diriger vers un poste d'entraineur à VII?

F.C: On ne m'en a pas fait la demande. Personne n'est venu me solliciter par rapport à cela. Je ne me suis même pas posé la question d'autant plus que je suis bien pris par mes diverses missions qui sont très intéressantes et me conviennent totalement. Si un jour on vient me solliciter, j'y réfléchirai mais pour l'instant, ce n'est pas à l'ordre du jour.

" Un système aberrant"


Pour conclure, parlons de la formation française...

F.C: Maintenant, je suis passé de l'autre côté de la barrière et il y a un point qui m'énerve fortement! On parle de la formation française et on ne fait pas jouer nos meilleures jeunes joueurs en Top 14 ou en Pro D2. Mais aujourd'hui, je me pose la question par rapport aux joueurs qui sont des moins de 15 ans jusqu'au moins de 18 ans où il y a un gros souci! En effet, sur le développement du joueur à ce jour, on a un problème majeur des licences jaunes et des tutorats. Dans les effectifs des moins de 16 jusqu'au moins de 18 ans, on ne peut faire jouer qu'un nombre limité de joueurs recrutés! Il faut savoir que quand on recrute un joueur, il est systématiquement "licence jaune". Et quand on veut faire jouer des licences jaunes sur un match, c'est à dire une équipe de vingt deux joueurs, tu ne peux en faire jouer que quatre! C'est à dire qu'aujourd'hui, les meilleurs jeunes de la région que tu cibles et que tu recrutes, tu ne peux pas tous les faire joueur. Si tu as sept ou huit recrues, tu ne peux en faire jouer que quatre maximum. Ce sont les mêmes conditions pour les tutorats. C'est-à-dire que tu vas récupérer des garçons dont tu ne sais pas s'ils ont le potentiel pour tout le temps jouer avec toi donc tu les mets en tutorat pour qu'ils puissent rejoindre leur club le week-end pour jouer.

L'intérêt est de ne pas payer les autres clubs et ils t'obligent à jouer avec un nombre restreint de jeunes sur les feuilles de match. Il faut quand même savoir que ces jeunes joueurs à potentiel ne font qu'un match sur trois ou quatre...Et le pire, c'est que le joueur recruté est licence jaune pendant deux ans! L'année dernière, c'était sept licences jaunes ce qui me semblait correct. Cette année, on est descendu à quatre et on ne sait pas pourquoi ni comment. Le côté vicieux, pervers est qu'au lieu de recruter des garçons à 15/16 ans, tu les recruteras à 13/14 ans maximum. Ainsi, après deux ans de licence jaunes, ils pourront enfin jouer à 16 ans. Comment voulez vous que les garçons à 18 ans soient prêts pour évoluer dans les centres de formation ou à haut niveau? Je trouve cela complètement aberrant. Nous avons de très bons jeunes et Il faut qu'on fasse jouer les meilleurs gamins.

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