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Top 14 : un Eldorado menacé ?

Le Top 14, un Eldorado menacé ?

Le 17/09/2014 à 11:17

Présenté comme le meilleur championnat du monde, le Top 14 est aujourd’hui confronté à une réorganisation des grandes nations du rugby. Entre salary cap et contrats avec les Fédérations, le championnat français pourrait voir son standing malmené.

La Premiership vers deux joueurs hors salary cap

Il est le carrefour du rugby mondial. Tous les regards sont braqués sur lui. En l’espace de cinq ans, le Top 14 est devenu la terre d’accueil des grands noms de la planète ovale. Un Eldorado entretenu par des salaires hors de portée des nations du Sud et des pays d’outre-Manche. Mais voilà, l’âge d’or du Championnat de France pourrait bien être menacé par une fronde à plusieurs visages. Une fronde venue notamment d’Australie, du pays de Galles et d’Angleterre. Ce mercredi, les hauts responsables du conseil d’administration de la Premiership reverront le plafond du salary cap à la hausse (+ 500.000 livres sterling). Actuellement de 5 millions de livres (6,27 millions d’euros), le salary cap anglais est encore loin du niveau français (10 millions d’euros).

Cette nouvelle offensive, à laquelle il faut ajouter la possibilité d’avoir dans son effectif deux joueurs en dehors du salary cap, contre un à ce jour, souligne néanmoins la volonté d’attirer ces « marquee player » (joueurs stars) qui font actuellement défaut à la Premiership. La prudence est pourtant de mise. Comme l’explique The Times dans un article publié le 16 septembre (« French lessons must be learnt if cap is to fit »), les Anglais ne veulent pas reproduire les mêmes erreurs que les Français. « Les clubs souhaitent bien évidemment attirer ces joueurs d’exception mais ils sont heureux dans ce système actuel, nous explique Simon Gillham, vice-président du CA Brive. Ils ne souhaitent pas tendre vers les excès du modèle français où des clubs puissants s’appuient sur les étrangers face à une Fédération qui n’a pas su mettre en place un système adéquat pour protéger son équipe nationale. L’équipe de France de rugby, à l’image de l’équipe d’Angleterre en Football, est aujourd’hui victime d’un championnat où les étrangers sont très sollicités. »

Le Gallois George North évolue notamment chez les Saints de Northampton.

Le Gallois George North évolue notamment chez les Saints de Northampton.PA Sport

Les Gallois de retour au pays…

Un peu plus à l’ouest, le pays de Galles s’organise également pour stopper la fuite de ses cadres à l’image de Jamie Roberts, Mike Phillips, Luke Charteris, Dan Lydiate (Racing-Métro 92), Leigh Halfpenny (RC Toulonnais) et Jonathan Davies (Clermont). Un cri d’alerte - un lobbying - porté par Warren Gatland, le sélectionneur du XV du Poireau, relayant un soi-disant mal être de ses joueurs. « Ils sont partis en France et beaucoup d'entre eux réalisent que ce n'est pas aussi bien qu'ils l'imaginaient, souligne le technicien néo-zélandais. Ils se disent qu'ils vivent une expérience, mais que ce n'est pas le meilleur endroit pour être pris en considération. Ils sentent qu'ils seront mieux considérés au pays de Galles. » Des joueurs mieux considérés et mieux protégés.

Jamie Roberts contre la France, le 21 février 2014.

Jamie Roberts contre la France, le 21 février 2014.Icon Sport

« La saison est très longue en Top 14, poursuit Gatland. Et beaucoup d'entre eux n'ont que deux ou trois semaines de préparation avant la prochaine. Beaucoup de joueurs qui évoluent dans le Top 14 nous ont fait savoir qu'ils désiraient revenir au pays. Nous les encourageons grandement à le faire. » Pour cela, la Fédération galloise (WRU) a donc signé un accord avec les provinces en s’engageant à leur verser une aide financière pour conserver leurs joueurs majeurs. Un signal fort à l’image de la prise en charge d’une partie du salaire du troisième-ligne Sam Warburton resté au Cardiff Blues. Une dizaine de joueurs pourrait ainsi signer un contrat « mixte », pris en charge conjointement par une province et la WRU.

Des contrats flexibles en Australie

L’Angleterre, les All Blacks et les Wallabies demeurent les seules nations à ne sélectionner que des joueurs évoluant au pays, les Springboks ayant changé leur politique après l’exode d’un bon nombre de leurs cadres (les Pumas ambitionnent eux de ne sélectionner que des joueurs évoluant en Super Rugby dès 2016 et la création d’une franchise Argentine au sein de cette compétition, NDLR). Fin août, les Australiens ont pourtant remis en cause ce système d’éligibilité en autorisant les internationaux encore sous contrat à jouer pendant un an à l’étranger, à partir de 2016, afin d’enrayer la fuite des meilleurs éléments vers des championnats plus rémunérateurs. Une mesure qui permettrait de retenir les joueurs australiens sur le long terme. « En adoptant un modèle flexible de contrat, nous créons pour nos joueurs une plateforme qui leur permettra d'expérimenter ce que le rugby a à leur offrir, aussi bien en Australie qu'à l'étranger, tout en restant fidèle au rugby australien pendant cette période », a expliqué Bill Pulver, directeur de l’ARU, précisant que ces contrats flexibles seraient mis en place au « cas par cas » afin de conserver un « bassin suffisamment important » de joueurs pour évoluer avec les Wallabies.

" Le Top 14 sera toujours un Eldorado pour les joueurs de 29, 30 ans""

Face à ces nouvelles mesures, le Top 14 sera-t-il fragilisé ? « Notre championnat doit être vigilant mais honnêtement, cela ne changera pas grand chose, souligne Simon Gillham. Il faut aussi reconnaître que la plupart des plus grandes stars jouent actuellement dans leur pays. Mais le Top 14 sera toujours un Eldorado pour les joueurs de 29, 30 ans, comme Matt Giteau, qui ont tiré un trait sur leur carrière internationale. Après, c’est vrai que les grands pays de rugby trouvent désormais des solutions pour protéger leur équipe nationale. En France, rien n’est fait pour donner envie aux clubs d’aider le XV de France. Il n’y a que le bâton, pas la carotte. Que fait l’équipe de France pour la plupart des clubs ? Rien. » La plus grande menace du Top 14 ne viendrait donc pas de l’extérieur…

Matt Giteau avec Toulon, contre Grenoble, en août 2013.

Matt Giteau avec Toulon, contre Grenoble, en août 2013.Icon Sport

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