La sélection algérienne en 2008, lors de sa victoire face aux Espoirs du Stade français - Other Agency
 
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En Algérie, les Fennecs rêvent d'avoir une fédération

En Algérie, les Fennecs rêvent d'avoir une fédération

Par Gaspard Augendre
Dernière mise à jour Le 10/07/2014 à 14:45 -
Par Gaspard Augendre - Le 10/07/2014 à 14:45
Depuis plus de sept ans, plusieurs rugbymen franco-algériens se battent pour développer la pratique du ballon ovale dans leur pays d’origine. Dans l’espoir d’assister, un jour, à la création d’une fédération algérienne de rugby, et permettre du même coup à la sélection nationale de disputer des compétitions officielles.
 

Février 2007. La Fédération tunisienne de rugby invite une sélection de joueurs algériens à disputer une rencontre à Nabeul, dans le nord-est du pays. A cette occasion, des joueurs venus des quatre coins de la France se retrouvent pour un premier rassemblement, point de départ de l’aventure des Fennecs de l’Ovalie. Parmi eux, Azzouz Aïb, deuxième ligne évoluant à l’époque à Millau, Sofiane Benhassen, solide pilier de Gennevilliers et Djemaï Tebani, entraîneur et frère de Salim. Ces trois-là, animés par la même passion, vont vite prendre les choses en main pour tenter d’officialiser ce début euphorique, concrétisé par une victoire 8 à 7 face aux Tunisiens. La même année, Aïb et Benhassen posent les fondations du premier club de rugby en Algérie, le Stade Oranais. A ce moment-là, tout semble aller très vite. Le rugby algérien est sur de bons rails.

Sept ans et neuf matchs amicaux

Sept ans et neuf matchs amicaux plus tard, on ne peut pas dire que la situation ait vraiment évolué. "Ça n’a pas avancé. De temps, en temps, on est au fond de la gamelle, soupire Azzouz Aïb, aujourd’hui directeur sportif des Fennecs. Mais ce projet nous tient tellement à cœur !" Au lendemain d’un succès face à la Côte d’Ivoire en mars dernier à Toulouse, il a pu, en compagnie de Sofiane Benhassen, lui aussi retiré des terrains et désormais manager, rencontrer pour la première fois le Ministre des Sports algérien. "C’était tout à fait courtois, mais il n’avait aucune connaissance du dossier", raconte l’ancien deuxième ligne de Millau, passé par notamment par Brive et Limoges. Malgré un développement en marche, les pouvoirs publics algériens, au niveau national comme au niveau local, rechignent à faire avancer le dossier. Pourtant, avec l’aide de l’IRB, ils ont tout de même pu former une quarantaine d’éducateurs à travers le pays, ainsi que des arbitres, répartis sur douze associations qui s’apparentent à des écoles de rugby, les moyens en moins.

Entraîneur à Clichy, où il a débuté avec son frère et un certain Serge Betsen il y a plus de vingt ans, Djémaï Tebani est aussi président du club de M’Sila.. A l’été 2007, il part faire la tournée des plages algériennes, organise des journées portes ouvertes, mixtes, le tout dans une ambiance bon enfant. "On a eu un accueil magnifique, il y avait même parfois trop de monde, se souvient-il. On a même fabriqué des poteaux avec des gouttières ! C’était mortel." Trois ans plus tard, il décide de prendre un congé sans solde, et s’installe au bled le temps de poser les bases de son association. Pour lui, pas question de lâcher prise. La France, l’Algérie, le rugby : son identité s’est forgée autour de ces trois piliers. "Je suis, et je me sens franco-algérien. Sans cette double culture, je ne peux pas vivre, explique-t-il. Et puis exporter les valeurs du rugby dans mon pays d’origine me paraît essentiel. Je ne suis pas Gandhi, mais je crois que comme ça, la terre tournerait mieux."

Cinquante points et des émeutes

Après une nouvelle victoire face aux Espoirs du Stade Français, nos trois compères décident de convier le voisin tunisien au stade Zabana d’Oran, pour un "match retour" le 30 mai 2008. Les joueurs des deux équipes sont déjà sur place, dans leurs hôtels respectifs. C’est un moment historique. Jamais depuis l’indépendance, un match de rugby n’avait été organisé sur le sol algérien. Seulement, une semaine auparavant, la relégation du club de foot local en deuxième division a déclenché des émeutes sans précédent dans toute la ville. Au dernier moment, la rencontre est annulée. A ce jour, les Fennecs n’ont plus jamais eu l’occasion de ferrailler sur leurs terres. Reconnue par l’IRB et par la Confédération africaine de rugby (CAR), l’équipe ne l’est toujours pas en Algérie. Alors elle dispute ça et là quelques rencontres. En novembre 2010, elle participe au Tournoi du Caire, une compétition "développement" mise en place par la CAR. Les coéquipiers de Boris Bouhraoua, grand frère de Terry et demi de mêlée de la sélection, ne feront qu’une bouchée de la Libye, de la Mauritanie et de l’Egypte, trois pays qui disposent pourtant d’une fédération au niveau national. Trois succès, cinquante points marqués en moyenne, aucun encaissé. Mais malgré les bons résultats de sa sélection, le pouvoir algérien, pour le moment, n’accède pas aux revendications des trois pionniers. Leurs sollicitations restent vaines, et, quand on daigne leur répondre, cela se résume bien souvent à cela : "La pratique du rugby n’est pas ancrée dans la société algérienne, il n’y a pas lieu de créer une fédération." 

Né à Alger, Sofiane Guitoune aurait également pu porter les couleurs de la sélection algérienne - France Tonga - novembre 2013
Né à Alger, Sofiane Guitoune aurait également pu porter les couleurs de la sélection algérienne - France Tonga - novembre 2013 - Icon Sport

Un argument qui tient la route ? Pas si sûr. L’existence d’une équipe nationale reconnue n’aiderait-elle pas à développer une pratique relativement méconnue au sein de la population ? D’autant qu’en France les joueurs compétitifs et sélectionnables en équipe d’Algérie sont légion. Salim Tebani, premier capitaine des Fennecs, Saïd Hirèche, Karim Ghezal, Russlan Boukerou, Karim Kouider, Malik Hamadache, pour ne citer qu’eux. Au sein du XV de France, Maxime Mermoz, Rabah Slimani et Sofiane Guitoune, né à Alger, l’étaient également selon les règles de l’IRB, avant d’être appelés par la sélection tricolore. Autant dire qu’avec un tel réservoir de joueurs, l’Algérie a largement de quoi jouer les premiers rôles au niveau africain, et peut même envisager, à terme, une qualification en Coupe du monde. A condition d’avoir un cadre légal. "L’Afghanistan a une fédération, le Rwanda a une fédération, et pas nous, grimace Azzouz Aïb. Imagine, en Algérie, il y a même une fédération de ski !" Djemaï Tebani embraye : "Vraiment, on n’y comprend plus rien. J’aimerais bien qu’on m’explique".

Les joueurs de Fédérale 1 et 2 qui composent le plus souvent la sélection doivent, faute de fédé, payer leur voyage. Quelques généreux donateurs, qui croient en ce projet, aident également les Fennecs de l’ovalie. Les joueurs professionnels, eux, ne peuvent pas être libérés par leur club. Enfin, inutile de préciser qu’Aïb, Tebani et Benhassen sont bénévoles. Ces trois-là rêvent de voir, un jour, l’Algérie soulever la Coupe d’Afrique, et entendre l’hymne algérien chanté par vingt-trois guerriers, à quelques secondes du coup d’envoi d’un match du Mondial ? Chaque chose en son temps. Pour eux, l’essentiel est ailleurs. "On veut apporter une valeur ajoutée au pays. Peu importent les trophées, on n’est pas mégalos. Mais si on ramène des résultats, alors les enfants sauteront dans le wagon du rugby algérien." En attendant le "One, two, three" à la sauce rugby.

Les Fennecs après leur victoire face à la Côte d'Ivoire en mars 2014
Les Fennecs après leur victoire face à la Côte d'Ivoire en mars 2014 - Other Agency
 
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