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Rugby Championship - Nouvelle-Zélande : Les All Blacks ont-ils des failles ?

Les All Blacks ont-ils des failles ?

Le 25/08/2016 à 18:09Mis à jour Le 26/08/2016 à 01:57

RUGBY CHAMPIONSHIP - Avec une victoire écrasante en guise de preuve, la Nouvelle-Zélande a assis sa domination sur le monde. 42 points infligés à l’Australie et cette impression de jouer dans une autre catégorie. 6 essais, 60% d’occupation, une question : les All Blacks sont-ils injouables ?

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Cette semaine, le poste de Michael Cheika est peu enviable. Humilié par la Nouvelle-Zélande et critiqué par la presse, le sélectionneur des Wallabies est confronté à un casse-tête. Un problème sur lequel se sont fracassés tous les entraîneurs du monde depuis cinq, dix, vingt ans. Un énigme nommée All Blacks. Mais rassurons l’Australien, des solutions existent. Rares, délicates à mettre en œuvre et coûteuses. Mais véritables.

Cibler les - rares - faiblesses kiwis

Certes, présenter les choses ainsi relève du crime de lèse-majesté. Voire de l’idiotie vue la démonstration néo-zélandaise du week-end dernier. Mais si le monstre noir fait peur et semble intouchable, c’est aussi parce qu’il a réussi à convaincre les observateurs - et les adversaires - qu’il n’a aucune faille.

Première fêlure dans la cuirasse : Naholo n’est pas aussi complet que ses compatriotes. Loin d’avoir la classe de Milner-Skudder, à des années lumières du jeu aérien de Ben Smith, le tank fidjien éprouve toutes les peines du monde à exister dans le troisième rideau. La solution envisageable ? Mettre sous pression l’ailier par du jeu au pied de pression (chandelle) et d’occupation (dans son dos).

Waisake Naholo (Nouvelle-Zélande)

Waisake Naholo (Nouvelle-Zélande)AFP

Une option annulée de fait sur le prochain match. Forfait, l’ex-futur clermontois cède sa place à Julian Savea. Un changement qui ne bouleverse pas vraiment la donne, l’ailier des Hurricanes proposant peu ou prou le même profil. Le revers de la médaille ? En cas de mauvaise réalisation, l’arme qui pourrait faire tanguer la Nouvelle-Zélande fera couler l’Australie.

Autre piste à explorer, le manque de repères collectifs et de complémentarité entre les centres. Fekitoa - Crotty ou Fekitoa - Lienert-Brown n’apportent pas les mêmes garanties que le duo C. Smith-Nonu. Normal : effacer quinze ans en commun en quatre petits matches relève du miracle. Attaquer la zone pourrait être du pur suicide (Fekitoa le sécateur sanctionne tous les aventureux provocateurs à grands coups d’épaule depuis des mois), mais proposer des solutions autour de l’intervalle entre le 12 et 13 serait - en théorie - un moyen de pousser les Blacks à la faute.

Accepter de jouer moche

C’est un autre frein psychologique et cette fois, il ne concerne pas l’image des triples champions du monde, mais celle que les adversaires se font du rugby. La pire chose est de croire que la Nouvelle-Zélande peut être prise à son propre jeu : volume de jeu, vitesse de course et d’exécution, technique individuelle. Accepter le fait que les Néo-Zélandais soient intouchables dans ces secteurs là, c’est faire 50% du travail.

Beauden Barrett (Nouvelle-Zélande) face à l'Australie - 20 août 2016

Beauden Barrett (Nouvelle-Zélande) face à l'Australie - 20 août 2016AFP

Dès lors, on peut assumer (voir revendiquer) de jouer moche, capitaliser en faisant du sale, faire du vilain. Certes, faire dix, douze, quinze temps de jeu au ras et sans vitesse est harassant et affreux. Mais en partant du constat que la Nouvelle-Zélande gagne environ 80% du premier duel, que mettre de la vitesse relève ensuite de l’exploit, que conserver nécessite quatre à cinq joueurs, et que jouer au large sans vitesse est proche du suicide…

Acceptons de voir certaines formations tenir le ballon sans en faire de grandes choses. Jusqu’à épuisement, ou jusqu’à trouver une solution. Et l’axe des rucks néo-zélandais n’est pas aussi infranchissable que cela. Une solution : insister au ras (zone 0), s’appuyer sur de jeu au pied de pression et conserver au maximum la balle.

Compter sur des erreurs adverses

Pour arracher la victoire face à la Nouvelle-Zélande, il faut compter, aussi, sur une part de chance. Cruel mais réel constat. Il faut profiter de la moindre opportunité laissée suite à une erreur (mauvais jeu au pied, plaquage manqué, indiscipline) et les punir par des points. Concrétiser les temps forts n’est pas conseillé. C’est tout simplement obligatoire.

Sur leurs trois défaites en quatre ans, les All Blacks ont toujours été plus disciplinés que l’adversaire, mais ont aussi toujours affiché un secteur - et un seul - défaillant : face à l’Angleterre, une touche en perdition (75% de réussite), face à l’Afrique du Sud, une stratégie de contest à oublier (37% de possession sur près de 50 minutes) et enfin face à l’Australie, une défense à oublier (23 plaquages manqués, 86% de réussite).

Kieran Read (Nouvelle-Zélande) face à l'Australie - 20 août 2016

Kieran Read (Nouvelle-Zélande) face à l'Australie - 20 août 2016Icon Sport

En somme, pour battre la Nouvelle-Zélande, il faut compter sur la chance et sur un passage à vide dans un secteur…

Assumer une stratégie pendant 80 minutes

A force de perdre sans trouver de solution, le passif plaide largement. Et la tentation de changer de stratégie après s’être heurté à un mur pendant une heure ou plus est immense. Mais renier la stratégie mise en place, même mauvaise ou inefficace, fait partie des raisons pour lesquelles la Nouvelle-Zélande est intouchable. Car les All Blacks, eux, ne changent jamais en vain. Cette exigence, psychologique plus que technique, met en balance un élément délicat : comme pour une partie de poker, quelle confiance peut-on accorder à sa main et jusqu’où s’y accrocher ?

Au final, pour battre les All Blacks, la recette est simple : jouer à minima, se focaliser sur quelques secteurs et croire en sa stratégie jusqu’au bout. Le reste ? Compter sur un jour sans… Une rareté, qui confine parfois au miracle.

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