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France-Irlande - Comment le XV de France va-t-il battre l'Irlande ?

Comment la France va-t-elle battre l'Irlande ?

Le 08/10/2015 à 11:50Mis à jour Le 24/02/2016 à 13:12

COUPE DU MONDE - Une fois n'est pas coutume, la France se présente face à un adversaire qui semble mieux armé et elle le fait dans le délicat costume d'outsider. Pourtant les Bleus peuvent croire en une victoire face à l'Irlande, un adversaire qu'elle n'a pas battu depuis 2011. Comment ? Analyse du jeu, des résultats et des statistiques de ces 12 derniers mois.

Priver Sexton de points

Les chiffres - Depuis 2012 et sa véritable prise de pouvoir en équipe d'Irlande, Jonathan Sexton n'a terminé que 2 matchs sans inscrire de point. Il bute avec une régularité affolante sur les matchs officiels (77% de réussite). Mais plus intéressant: à chaque fois que l'ouvreur irlandais n'a pas passé la barre des 10 points… son équipe a perdu ! Exemple avec l'Angleterre (8 points, défaite) et le pays de Galles (5 points, défaite) en 2015. Idem en 2014: 5 points contre l'Angleterre et défaite. Au total et depuis 2012: c'est arrivé 7 fois que Sexton n'inscrive pas plus de 10 points. Résultat, 6 défaites et un nul.

Comment ? - En insistant sur la discipline, le gros point noir tricolore. Avec une moyenne de 13 pénalités par match (dont 6,33 dans son propre camp !), la France pourrait déchanter face au métronome celte. Mais si les Bleus arrivent à se discipliner et à commettre moins de faute - ou ne pas se faire prendre -, le XV de France pourra tenter de rivaliser avec le XV d'Irlande.

Jonathan Sexton (Irlande) - Coupe du monde 2015

Jonathan Sexton (Irlande) - Coupe du monde 2015Icon Sport

Réduire le jeu au pied de pression à néant

Les chiffres - Si Sexton est un buteur reconnu, son jeu au pied dans le jeu courant est lui aussi exceptionnel. Un qualité dont Joe Schmidt use et abuse dans un système où le jeu au pied est primordial. Mais si Sexton utilise son long jeu au pied pour taper des puissantes diagonales dans le dos des ailiers, l'arme majeure si situe peut-être au poste de demi de mêlée. En effet, Conor Murray a pour mission de prendre le jeu au pied de pression à son compte. Il va multiplier les coups de pied haut pour ses ailiers. En chiffres ? Cela donne une moyenne de 8,7 coups de pied pour Murray et 10,6 pour Sexton. Une équipe qui utilise cette arme, jusqu'à taper 30 fois en moyenne (contre 19 pour les Bleus) dans la balle lors du dernier VI Nations. Énorme.

Comment ? Inutile de rêver, les Bleus ne réduiront pas le volume de "kick" des Irlandais. Mais ils peuvent essayer d'en réduire l'impact et l'efficacité. Pour cela, il faudra être efficace sur le 3e rideau et gagner les duels aériens quand ils se présenteront. Si l'Irlande rate un coup de pied, tenter de punir le XV du Trèfle en remontant les ballons du mieux possible.

Conor Murray (Irlande) face au XV de France - 14 février 2015

Conor Murray (Irlande) face au XV de France - 14 février 2015Icon Sport

Gagner la bataille de la touche

Les chiffres - Avec Henderson, O'Connell, Toner, O'Mahony, Heaslip ou encore Henry, l'alignement irlandais ne manque pas de solutions ni sur le terrain, ni sur le banc. Une force collective traditionnelle dans le rugby celte qui se perpétue sous la houlette de Schmidt : 86,8% de réussite en touche depuis un an ! Une force qui fait de la touche irlandaise un poison pour les adversaires avec 2,67 ballons volés par match lors de cette Coupe du Monde (contre 1,33 pour la France). Autre stat: l'Irlande n'a pas perdu un seul de ses lancers dans ce Mondial (35/35). Epoustoufflant.

Comment ? L'alignement tricolore n'a finalement pas grand chose à envier à l'Irlande. Des chiffres en hausse constante, un capitaine de touche qui fait partie des meilleurs contreurs du Top 14 avec Damien Chouly, un pack solide et puissant… Pour contrer la touche de l'Irlande, une seule solution: rigueur, concentration et un brin de réussite. Une mission délicate mais pas impossible.

Paul O'Connell (Irlande) face à Damien Chouly (France)

Paul O'Connell (Irlande) face à Damien Chouly (France)Icon Sport

Prendre le milieu de terrain

Les chiffres - C'est la grande bataille qu'il va falloir gagner. La retraite de Brian O'Driscoll avait fait couler beaucoup d'encre et quelques larmes. Mais dans son ombre et dans celle de Gordon d'Arcy, un autre duo est né. Deux joueurs qui s'imposent comme une évidence: Jared Payne et Robbie Henshaw. Un duo qui ne "pèse" que 23 sélections, mais qui signe quelques chiffres références. Avec ses 10,6 plaquages de moyenne quand il est titulaire au centre, Henshaw est le meilleur défenseur des lignes arrières. A l'inverse, Jared Payne est le talent offensif le plus évident: 33,1 mètres par match pour 11,7 ballons de moyenne.

Mais quand Payne n'avance plus, l'Irlande n'a plus de solution. Exemple face à l'Angleterre, le centre néo-zélandais (il est né à Tauranga) n'a gagné que 16 mètres et l'Irlande a perdu. Idem face au Pays de Galles où Payne est en dessous de sa moyenne habituelle (32m) et le match se solde par une défaite. Un contre-exemple prouve que les statistiques ne sont pas une science exacte: face à l'Ecosse, en 2014, où le centre de l'Ulster n'a parcouru que 11 mètres… pour une victoire à l'arrachée de l'Irlande 28-22 sur un essai dans les 10 dernières minutes.

Comment ? - Le duo Henshaw-Payne est solide et complémentaire. Le gros défenseur du Connacht et le joueur plus offensif de l'Ulster. Mais les deux ont finalement peu d'expérience, peu de repères en match et peuvent perdre la bataille du milieu face à un duo maintenant bien huilé, Fofana-Bastareaud. Pour cela, les joueurs du XV de France devront tenter d'aller défier Payne plutôt que d'aller s'empaler sur Henshaw.

Jared Payne (Irlande) - 7 octobre 2015

Jared Payne (Irlande) - 7 octobre 2015Icon Sport

Museler la troisième ligne

Les chiffres - C'est peut-être la clef de voute de l'édifice vert: l'association entre 3 joueurs au profil très différent. Jamie Heaslip le coureur, Sean O'Brien le destructeur et Peter O'Mahony le plaqueur-gratteur. Tout d'abord, Heaslip est le joueur le plus technique et offensivement le plus important de cette 3e ligne irlandaise. Il ne va pas forcément gagner beaucoup de terrain (23,3m par match) mais il va toucher un nombre de ballons impressionnant: plus de 15 ballons par match ! Dans un tout autre registre, Sean O'Brien aura lui pour rôle de marquer les adversaires physiquement. Pas vraiment de chiffres pour accréditer de manière visuelle son impact si ce n'est ses mensurations et ses 1m88 et 110 kilos. Enfin le moins connu des trois comparses est peut-être Peter O'Mahony. Le capitaine de Munster est un infatigable défenseur. En témoigne ses 17 plaquages face à l'Australie. Un homme de l'ombre qui permet aux autres de briller.

Comment ? - Le meilleur moyen de limiter l'influence de ce trio sera peut-être de lui imposer ce qu'il n'aime pas tellement: une guerre de tranchée. Pousser O'Brien mais surtout Heaslip à laisser du jus dans les taches obscures du combat. Car si les Bleus veulent gagner, il faudra tout d'abord asphyxier les 3 poumons irlandais.

Pierre AMMICHE

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