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6 nations - Erik Bonneval: "Les gens critiquent l'équipe de France mais l'aiment toujours autant"

Bonneval: "Les gens critiquent l'équipe de France mais l'aiment toujours autant"

Mis à jourLe 26/02/2015 à 16:18

Publiéle 26/02/2015 à 14:12

Mis à jourLe 26/02/2015 à 16:18

Publiéle 26/02/2015 à 14:12

Dans cet article

Pour Erik Bonneval, ancien international (18 sélections) est convaincu que la côte d'amour des Bleus est toujours la même, malgré les résultats en dents de scie. Le Toulousain fut l'un des meilleurs attaquants d'une génération dorée, celle des Blanco, Sella, Charvet, Cordoniou, Mesnel, Lagisquet... Aujourd'hui, consultant pour BeIN Sports, il est également Chef de marché pour la GMF Assurances.

Erik, qu'avez-vous pensé de ces deux premiers matchs du XV de France ?
 
Erik BONNEVAL: (réflexion) Comme tout le monde... J'aimerais plus, j'aimerais vibrer comme tous les passionnés de rugby. On aimerait qu'il y ait quelque chose de positif qui se déclenche car on aime ce sport, on aime notre équipe de France et qu'il y a des bons joueurs. On est impatient donc dur dans les jugements.
 
La quasi-totalité des staffs de l'équipe de France se sont fait critiquer sur la durée mais concernant Philippe Saint André et ses adjoints, la côte d'amour avec le public français semble être au plus bas dans les sondages et sur les réseaux sociaux alors qu'il y a toujours autant de personnes qui regardent les matchs des Bleus. C'est assez paradoxale comme situation non ?
 
E.B.: Ouais... C'est l'effet "réseaux sociaux"! Maintenant, tu ne peux plus rien faire sans que ce soit commenté. Une personne va trouver que tu as bien éternué quand une autre va te dire que tu as éternué de travers donc... Ces réseaux sociaux, ça me fait "rire" et c'est même parfois pitoyable. C'est dans l'air du temps et c'est comme ça. Les gens critiquent l'équipe de France mais l'aiment toujours autant. Cela montre qu'il y a un fort sentiment d'attachement envers cette équipe. La critique est facile en se cachant derrière un certain anonymat et tout cela devient un défouloir général. Après, il y a aussi des choses qui sont vraies, sans langue de bois. Parfois, cela ressemble au "Comité de la hache", ça découpe à tout va (Rires). Il est vrai que les résultats conditionnent l'ensemble même si la manière compte aussi.
 
A titre individuel, les entraîneurs qui composent le staff de cette équipe de France sont compétitifs car chacun a gagné des titres en club alors pourquoi éprouvent-ils autant de difficultés au niveau international ?
 
E.B.: C'est peut être ce qui accentue la déception les concernant. Des choses n'ont pas prises et on peut se poser les questions "Pourquoi ?", "Lesquelles ?". Je vais être dur dans ce que je dis mais avons-nous les joueurs pour développer le rugby que l'on veut pratiquer ? Notre rugby de clubs n'est-il pas devenu stéréotypé ? Pourquoi les joueurs arrivent à bien jouer parfois en club et pas avec l'équipe nationale ? Les messages passés par les coachs, comment sont-ils perçus, retranscris par les joueurs ? Cela est assez surprenant.

Camille Lopez. Irlande-France, 14 février 2015
Camille Lopez. Irlande-France, 14 février 2015 - Icon Sport

Selon vous, quelles sont les réelles problématiques du XV de France et de ses entraîneurs?

E.B.: C'est mon explication depuis longtemps et cela reste mon intime conviction que l'on s'est trompé en se focalisant essentiellement sur le physique et en ne parlant que de cela depuis des années. On a oublié une chose, la technique. Et sans la technique, on est triste! Aujourd'hui, techniquement, on est pas bon !

" Ça me fait rire ces plaquages aux bras pour les bloquer alors que tu n'as pratiquement plus personne qui fait une passe après contact"

La transition est toute trouvée sur le constat et la comparaison que l'on peut faire entre les championnats anglais et français, vous qui suivez les voisins britanniques au micro de BeIN Sports chaque weekend...

E.B.: Les Anglais ont bien progressé sur la technique individuelle et sont devant nous je pense. Mais là où la différence entre les deux championnats est flagrante, c'est sur le volume de jeu. Ça joue deux fois plus Outre-Manche. Et encore cette année, sur le peu de matchs de Top 14 que j'ai vu, je trouvais que ça jouait davantage que les saisons précédentes mais cela reste très inférieur à ce qui se passe en Angleterre. Je ne suis pas fan des Anglais ni de leur culture identitaire mais à chaque fois que j'avais fini de commenter un match anglais, je m'étais régalé. Les centres et surtout les ailiers touchent beaucoup de ballons. Même s'ils font des erreurs, si il y a des turnovers, ils n'hésitent pas à se proposer partout sur le terrain et à envoyer du jeu. Tu ne peux pas progresser quand tu as un "quatre contre deux" ou un "quatre contre trois" à négocier tous les quatre matchs. Nos joueurs ne voient plus ou ne savent plus jouer ces situations de jeu. Les mecs redressent la course mais la plupart du temps, c'est pour aller "péter" dans l'adversaire.

J'ai l'impression parfois qu'un joueur ne fait jamais une action pour préparer l'action de son partenaire, le mettre dans les meilleures conditions mais plus pour aller défier physiquement ou briller par soi-même. Toutes ces situations que je décris, on les voit beaucoup moins chez les Anglais. C'est devenu catastrophique car c'était l'inverse avant. Pour citer un exemple concret, je suis aller voir l'équipe de France U20 jouer contre l'Irlande (son fils Arthur faisait partie de l'équipe NDLR) et j'étais aux côtés de Didier Retière (le DTN) qui me confiait que depuis deux ans, les jeunes trois-quarts irlandais travaillent essentiellement leurs courses, leur capacité à les rentrer, à s'adapter à l'adversaire...

Récemment, Gavin Mortimer (journaliste anglais du magazine "Rugby World") s'exprimait sur la racine du mal du rugby français en pointant du doigt deux choses: un gouffre qui sépare la formation des jeunes français à leurs homologues britanniques avec une absence criante de technique au détriment du physique et un manque de pratique du sport (et particulièrement de rugby) à l'école. Partagez-vous ces deux points de vue ?

E.B.: Oui et non. Oui pour la première partie et non pour la seconde car à mon époque, on ne pratiquait pas plus de sport et de rugby à l'école que maintenant. J'appartiens à une génération de joueurs où on avait des principes de jeu et surtout, nous n'étions pas obnubilés par le physique et c'est pareil pour les quelques générations qui nous ont suivi. Mais depuis quelques années, on s'est mis en tête qu'il faut prendre le centre du terrain, l'axe du terrain et aller "péter" pour soi-disant fixer la défense adverse. Avant, tu avais des mecs aussi costauds, comme Jauzion par exemple, mais ce qui faisait la différence, c'était sa technique. Il faut une association des deux au rugby et c'est ce qui fait la richesse de ce sport. Tu ne peux pas faire cinquante kilos et être que technique et inversement, faire cent dix kilos et ne pas être technique. C'est pour cela que le rugby est beau car tu as des grands, des gros, des grands, des petits. Tu as la place pour un Bézy, un Parra qui ne font pas 70 kilos mais qui n'en font pas 95 ou 100 non plus. Sur les plaquages, ils font tomber les adversaires de la même façon. Ça me fait rire ces plaquages aux bras pour les bloquer alors que tu n'as pratiquement plus personne qui fait une passe après contact. Neuf fois sur dix, tu n'as qu'à appuyer sur la tête du joueur pour qu'il aille au sol.

Juste après le match, les Bleus se sont regroupés en cercle afin de mettre rapidement des mots sur leurs maux - Irlande France
Juste après le match, les Bleus se sont regroupés en cercle afin de mettre rapidement des mots sur leurs maux - Irlande France - Icon Sport

Pour en revenir à votre question, les Anglais ont toujours fais plus de rugby à l'école que nous et ce n'est pas pour cela qu'ils étaient meilleurs avant. Ils ont juste changé de stratégie, de vision et on le voit sur les matchs de championnat le weekend. Alors oui ils se rentrent aussi dedans car le rugby est un sport de contact, de combat mais ils se déplacent et déplacent beaucoup le ballon, vont chercher des intervalles, cherchent à déborder. Ils ne sont pas figés dans un "cadre de jeu" et cette expression me fait parfois bondir car cela signifie que tu as préétablis quelque chose avant de jouer, que tu t'y tiens et finalement tu ne t'adaptes pas aux situations face à toi. C'est tout l'inverse du "French Flair"! Sinon, on joue au football américain. Notre jeu et les joueurs sont dans des schémas de jeu trop stéréotypés mais les résultats en Coupe d'Europe nous leurrent. Cependant, quels sont les clubs français présents chaque année dans le dernier carré ? Clermont et Toulon, deux équipes qui envoient du jeu.

" On a envie de voir les Bleus heureux sur le terrain et qu'on le soit avec eux"

Pensez-vous que les entraineurs sont tombés dans la facilité en développant davantage les qualités physiques d'un joueur plutôt que les qualités techniques?

E.B.: De toute évidence, c'est sûr. Et cela est arrivé à tous les sports collectifs. Quand tu deviens professionnel, tu progresses dans quel(s) domaine(s) essentiellement ? Le physique et la défense car c'est le plus simple. Ce n'est pas bien compliqué de défendre, il suffit d'observer ton adversaire, regarder le ballon et c'est 80% dans la tête. Il n'y a pas besoin d'une grande connaissance du rugby pour défendre. Par contre, pour attaquer... Une chose qui m'a surpris et me surprend encore d'ailleurs, c'est le fait que tu prends un spécialiste des avants, des skills, du jeu au pied, de défense mais j'attends un spécialiste de l'attaque. Attaquer, c'est la moitié des choses qui se font sans ballon, que tu serves de leurre, des courses sans ballon... Dans le bon tempo, avec de la vitesse. C'est la vitesse et la justesse technique qui te permettent de battre la défense adverse aussi bonne soit elle.

Votre pronostic pour le match entre la France et le pays de Galles ?

E.B.: J'espère une victoire de la France! J'espère que l'on va repartir sur la base des vingt dernières minutes du match contre l'Irlande et que l'on ait enfin cette flamme qui va nous faire décoller. On a envie de les voir heureux sur le terrain et qu'on le soit avec eux.

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