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La chronique de H. Broncan

La chronique de H. Broncan

Par Rugbyrama
Par Rugbyrama - Le 26/05/2009 à 12:09
Comme chaque semaine, retrouvez la chronique d'Henry Broncan, le manager du SU Agen. Son récit se termine juste avant les demi-finales de Pro D2 qui opposaient notamment son club à Oyonnax. Henry Broncan racontera l'élimination agenaise dans une nouvelle chronique en fin de semaine.
 

Mercredi 13 mai

A 65 ans et autant d'années passées dans l'incapacité de résoudre la moindre difficulté mathématique, me voici, enfin, admis dans la prestigieuse Ecole Centrale de Châtenay-Malabry ! En fait, il s'agit d'une conférence réunissant chefs d'entreprises et entraîneurs de rugby sur le thème suivant : "De l'individuel au collectif" ou encore "repérer et associer les compétences individuelles afin de créer la synergie au sein du collectif". Amphithéâtre du bâtiment Olivier largement garni car Xavier Pujos, pur Gersois de Vic-Fezensac, professeur d'EPS de l'établissement, a fait venir les participants du Tournoi international de rugby à 7 qui se déroule sur les belles installations de l'Ecole. Parmi ces joueurs, des Belges, des Bulgares ! des Sud-africains et même des Chinois ! Sur l'estrade, un trio de chefs de grandes entreprises, tous trois anciens élèves de Centrale – les entreprises ont de la chance que je n'ai jamais passé le concours ! – et les deux grands Pierre de notre rugby : Villepreux, 34 capes internationales et entraîneur de l'Equipe de France de 95 à 99 ; Berbizier, 56 sélections et entraîneur de l'équipe de France de 91 à 95. Le premier, coach finaliste de la Coupe du Monde 99, le second demi-finaliste en 95. Là aussi, vous évaluez le poids de ma sélection France U – remplaçant qui plus est – de 1968, l'année où on a donné le Bac à tout le monde et sans doute les capes universitaires aussi ! Ajoutez, dans la salle, la présence de René Deleplace, le père spirituel de la grande majorité des entraîneurs des quatre dernières décennies et vous comprendrez mon désarroi. Heureusement pour moi, dans l'assistance, la présence de quelques supporters et même d'une dame m'ont permis de transformer mon stress en "énergie positive" comme dit mon psychologue.

Plaisanteries mises de côté, mon Maire d'Agen a laissé un très bon souvenir dans l'Etablissement et j'ai plusieurs amitiés à lui transmettre de ses anciens partenaires ainsi que de son directeur de l'époque : "Un de mes meilleurs élèves", a-t-il déclaré... peu surprenant !

Jeudi 14 mai

Toujours parisien… Là-bas, des Cigales à la Chapelle de Lafitte, il fait sa dernière course. Un Gascon pure souche, grand, brun, beau comme sa mère, fin, coquin, taquin, comme son père… Je l'accompagnais derrière la croupe des boeufs jusqu'aux Béougues et quand il m'a installé sur le premier Ferguson de la ferme, René Coty n'était pas loin d'être le cousin de mes dix ans… Notre fête, c'était le marché aux cochons de Trie-sur-Baïse le mardi, et le petit restaurant de la Place – c'était si rare le restaurant ! – la fille de la patronne était si belle ! et sa mère aussi ! – le retour par le Marguis, le riz au lait et le petit vin blanc de tante Germaine…. Les contes des veillées au coin de la cheminée : le feu était notre télé ; les battages, les vendanges, des corvées certes mais des fêtes aussi… Les distributions quotidiennes de lait jusqu'à l'Isle de Noë : le confluent des deux Baïse était presque le bout de mon monde…mais le plus grand bonheur que nous partagions, c'était les dimanches de Mathalin : l'Usap abattu par Barbé et Montsarrat, les gros packs aujourd'hui disparus de Tulle et de Chambéry, le Racing et Alain Porthault qui courait trop vite, le PUC et Steiner beau comme un dieu, la bagarre générale interminable contre Dax et bien sûr le grand Lourdes que même Doudou Justumus ne pouvait abattre…

Des années où nous étions inséparables et puis la vie qui vous éloigne peu à peu, jamais complètement pourtant car, à chaque retour, j'éprouvais le besoin de retrouver son sourire, ses espiègleries, ses gasconnades si douces, jamais méchantes. Jusqu'au bout de ses 96 ans, nouis ajustions la plaisanterie coutumière mais aux tonalités toujours différentes :

- "Quand vas-tu me faire jouer ?" demandait-il.

- "Quand tu auras repris l'entraînement !"

- Ce soir, je me souviens de Ruth Gendler : "Le courage ne craint pas de montrer ses larmes, ni de prier, même s'il ne sait pas ce qu'il prie…"

Vendredi 15 mai

Fièvre sur Agen et même si le match contre le Racing-Metro n'a aucune incidence sur le classement, on attend déjà la grande foule sur Armandie. Par ailleurs, nous alignons trois équipes dans les dernières étapes de leur championnat respectif. Toutes ont eu beaucoup de chance, le week-end dernier : les Espoirs se sont imposés devant une bien belle formation du Stade Français grâce à un exploit de Sofiane Guitoune. Chez les Parisiens, de la bonne graine, en particulier un certain Briatte en numéro 8. Le dimanche, à Narbonne, beaucoup de difficultés pour triompher de Montpellier en Crabos - 5 dernières minutes sur la ligne et 2 essais refusés – puis de Toulon en Reichel : le petit Barthélemy a un pied encore plus imposant que son père !

Problème à Armandie m'annonce Marie : Nous avions prévu de faire évoluer deux équipes de moins de 9 ans pendant 2 fois 4 minutes à la mi-temps du SUA-Racing mais la veille les petits concernés –ceux du Passage d'Agen et du SUA – ont un tournoi à Villeneuve et la règle veut qu'ils ne puissent pas jouer le lendemain ! Je songe aux parties de notre enfance où nous débutions le match à 14 heures et dont seule la tombée de la nuit servait de sirène !

Samedi 16 mai

Marmande, avant la finale Espoirs entre Béglais et Agenais abrite un tournoi de moins de 15 ans et les petits de chez nous l'emportent en finale face aux Girondins. Match terminé, goûter avalé, les gens reprennent leur match à eux sur la belle pelouse : un ballon fou que se disputent des garçons en jean et en t-shirt, sans besoin d'arbitre ni de temps de récupération. Le CTR me glisse : "Ils s'amusent enfin !". La meilleure école de rugby, celle de la liberté !

Les protégés de Pat Diniz et Guillaume Bouic s'inclinent à la 84e sur un drop de l'arrière Péluchon auteur des 24 points de son équipe. Juste avant le temps additionnel, un drop de Guénin avait placé les nôtres en tête mais la gestion des arrêts de jeu fut catastrophique : plaquage à l'épaule, carton jaune, coup de pied direct en touche… Chez les vainqueurs Dospital au talonnage et Chalon en troisième ligne sont prêts pour la marche au-dessus. Les dirigeants du club local me confient leurs espérances pour le match retour qui les opposera à Lannemezan. Ils vont découvrir, demain, l'enfer du Plateau.

Dimanche 17 mai

Le car des visiteurs du jour vide ses occupants au pied des guichets : 22 joueurs, 3 entraîneurs et 2 accompagnants, sacs de sport, sacs à maillots, pharmacie, bouteilles d'eau… Gestes machinaux, têtes au match à venir, demi-finale à gagner. Accueil amical mais cerbère officiel, veston et écusson du pouvoir. Contrôle effectué sur la seule femme du groupe ! Que les machos se réjouissent : c'est pas demain qu'une femme deviendra Présidente de la Fédération Française de Rugby !

Reichel au tapis, seuls les Crabos seront en finale dimanche prochain. Au retour, j'apprends le succès de l'Isle-Jourdain sur le Lombez Samatan Club dans le grand derby de la Save. En refusant la montée, le pourtant si fier LSC n'a-t-il pas perdu son âme ?

Autre nouvelle : Oyonnax vainqueur à l'Egassiairial sera sur Armandie dimanche prochain. Les Menotti, Rafant, Nemecek, Beukes, Volle, Naufatu, N'Goma n'ont guère l'honneur des pages glacées de magazines people de notre rugby. Longtemps les spécialistes prévoyaient, dans leurs pronostics de début de saison, le retour dans le monde amateur, des joueurs de l'Ain. Peu à peu, laborieusement, opiniâtrement, les gars de l'USO ont gagné le respect de tous. Un club exemplaire qui sait progresser patiemment. Les descendants des maquisards de l'Ain ne voudront pas lâcher la proie facilement.

Jeudi 21 mai

Les billets s'arrachent à la Boutique. La fièvre bleue monte dans une ville folle de rugby et sevrée de phases finales. Les supporters se pressent à l'entraînement.

A Auch, même dans les titres 2004 et 2007, je n'ai jamais ressenti – et de loin ! – une telle passion. Dimanche, il n'y aura pas une place libre dans le stade. Tous les joueurs du SUA veulent participer à l'évènement et je comprends la lourde peine de ceux qui seront écartés.

 
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