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La chronique de H. Broncan

Retrouvez les pas perdus d'un coach, la chronique d'Henry Broncan, l'entraîneur du SUA.

 
La chronique de H. Broncan - Rugby - Nos ExpertsMidi Olympique
 

Lundi 28 avril

21 heures : un surprenant Cantona dans un thriller à la française. Acteur étonnant : bête de cinéma après avoir été bête de stade. L'un a-t-il préparé l'autre mieux qu'une école de comédie ? J'ai quand même été impressionné et depuis Kopa aucun footballeur –même pas Platini et Zidane – ne m'avait ainsi sidéré ! Présence physique et donc pondérale en plus, j'ai cru revoir les yeux fascinants de Jacques Dufilho, notre ancienne vedette de Ponsampère et du Bois de Berdoues.

Mardi 29 avril

Le vent s'acharne sur Gruissan chassant les nuages mais délivrant le plus beau de l'azur, agaçant les premières sirènes mais délectant les professionnels du windsurf qui s'entraînent pour un pseudo championnat du monde qui a lieu dans les jours à venir ; Plage des Chalets, le Grazel est encore désert. Un accent parisien appelle au secours : «Nous sommes sous des trombes d'eau et je viens de m'abriter sous un porche : ici, c'est le déluge…Mais pourquoi n'ont-ils pas mis la capitale à Toulouse ou Montpellier ?... » J'aurais préféré qu'il me cite Auch !

Repas au Miam avec un ami. Narbonne a retrouvé Alain de Pouzillac, le sourire, des ambitions pour la remontée en Top 14, la saison prochaine. Notre maire de Gruissan sort de sa réserve et relance depuis l'en-but. Il va certainement s'étonner des changements survenus dans l'esprit de notre sport. Dans 15 jours, le RCT jouera gros à l'Egassiairial.

A 15 heures, communiqué de presse : «Je serai toujours Gersois mais je suis bien à Agen et j'aime beaucoup le Lot-et-Garonne. Je suis l'entraîneur en chef de la SASP SUALG et donc de l'équipe professionnelle jusqu'au 30 juin 2010. Le seul combat que l'on perd, c'est celui qu'on abandonne, un Gersois n'abandonne jamais. » Mon fils me joint : beaucoup de blessés contre Montferrand et donc beaucoup d'absences pour se déplacer au Stade Toulousain, vendredi soir. Il fera appel à plusieurs joueurs du Centre de Formation dont Frédéric Medvès, le capitaine des Espoirs. Je ressens l'honneur fait au flanker de Montmorency venu à Auch pour «apprendre à jouer au rugby » . Il lui manquera sans doute un peu de vitesse et parfois d'anticipation offensive mais en défense et au «grattage », aucun auscitain ne peut faire mieux.

Dimanche, les Espoirs du Stade se sont largement imposés sur l'annexe 2 d'Armandie. J'avais pourtant aidé au renforcement des bleus et blancs avec des joueurs ayant opéré moins de 20' la veille contre Pau : Lassalle, Carabignac, Guitoune. De plus, Cabarry renforçait la première ligne tandis que Chavet et Mirande reprenaient la compétition. Ajoutons les présences de Sore, Ostrikov, Fund, parfois équipiers premiers. Malgré tout, les Stadistes de Didier Lacroix et Michel Marfaing nous ont balayés : énorme impact physique d'abord, technique individuelle parfaite ensuite, et collectif bien en place ; la formation agenaise est un gros chantier. Déception sur le terrain mais aussi le long de la barrière. Je taquine les dirigeants toulousains dont l'éternel intendant soigneur : «C'était plus chaud à Paul-Vignaux et au Bourrec ! » Mon interlocuteur en rajoute : «Au moins, on savait à quoi s'attendre : des quolibets d'abord, après des chandelles, des marrons ensuite et pour finir, vous nous battiez et si par bonheur, nous l'emportions, -ça arrivait quand même – vous nous piquiez nos ballons… » C'est exagéré, ne le croyez surtout pas. A Armandie, notre public trop smart n'a jamais fait l'effort d'encourager les siens voire de taquiner les visiteurs ni même d'agacer l'arbitre. Pourtant, ceux qui étaient là, dimanche après-midi, comptaient parmi les meilleurs. Il y a du boulot pour redonner de l'enthousiasme sur l'envie de gagner. Le jeune ouvreur des Crabos, 18 ans depuis une semaine, fait une belle apparition en seconde mi-temps. C'est ma seule satisfaction du dimanche. Faux : nous nous sommes régalés ce matin sur le terrain de Pistre même si Francis n'a cessé de râler, Christian de garder le ballon et Jean-Pierre de jouer l'Arlésienne…sauf pour le champagne du final. C'est dingue comme l'amitié peut tenir chaud.

Place Barberousse, on parle surtout allemand, anglais et hollandais. Comment sont-ils toujours en vacances, les gens du Nord ?

Au vieux village, je cherche le marin : il semble bien parti définitivement pour une mer encore plus lointaine que celle du Sud.

Mercredi 30 avril

Le patron du Joffre reprend du bec : le rugby à XIII et les Dragons l'enchantent. Il me cite des noms que j'ignore, tous contactés par les XV : untel au Stade Français, untel à l'USAP…Lui qui désespérait du sport qu'il pratiquait –champion de France avec l'U.S Carcassonne – a retrouvé tous ses élans : on pénètre, on passe les bras, on touche des ballons. En plus, c'est chaque fois la fête en pays catalan : les Anglais descendent en nombre, remplissent les hôtels et vident les fûts de bière. «Je vais t'emmener….quand tu n'entraîneras plus ; tu vas te régaler…Tes quinzistes, ils font trop de musculation, ils n'avancent plus et leurs ligaments ne peuvent plus suivre : petit à petit, les meilleurs tombent…Et toi, à Agen ? »

10 heures : la bonne ( ?) surprise, le marin a repris son poste, terrasse du Café de la Paix. Tout le village lui sourit. Amaigri, trop pâle, je l'entends raconter une hospitalisation, des soins à ne pas négliger, etc…A-t-il oublié l'albatros ? Je suis heureux de le revoir vivant mais je regrette le teint hâlé, les yeux brûlés, la voix claire. Est-il le même ? Trop blanc, trop clair, trop sage. Se rappelle t-il au moins des fjords de Norvège, d'une pêche miraculeuse au large de Terre-Neuve, des calmes équatoriaux et des tempêtes en Mer de Chine, d'un naufrage près du Cap Horn, des filles d'Amsterdam ?

Jeudi 1er mai

Depuis 2 jours, j'assiste, admiratif, un peu envieux, aux préparatifs des athlètes qui viennent pratiquer le fameux championnat de wind surf. C'est un peu comme au rugby : si vous êtes comme moi, petit, gros, un peu moche et beaucoup vieux, choisissez un autre sport. Ici aussi, on fait dans l'athlétique. D'abord, avant même de pratiquer sur l'eau, il faut arriver avec le dernier camping car « in » ou bien avec le 4/4 le plus gros possible, accompagnatrice blonde de préférence, longiligne, teint hâlé obligatoire, absence de cellulite, matériel sophistiqué, couleurs indiscrètes. Après faut reconnaître qu'il faut des « brandillons », de l'équilibre, de la classe et que l'exercice bien réalisé semble très attrayant. Ici, on « s'envoie ». Dans les multiples plaques minéralogiques, je cherche longuement et vainement nos 32. C'est vrai dans le Gers, que nous n'avons pas la mer mais les immanquables parisiens, eux, sont là et toujours aussi nombreux. Alors ? Je vais prendre l'entraînement très vite – demain ?- et peut-être sauverai-je l'honneur de mon département ! Ma copine pouffe : «mais t'as pas vu tes petits bras et….d'abord….je ne suis pas blonde ! » En maugréant, je me retourne vers la préparation de la semaine rugbystique agenaise à venir. Ma copine re-pouffe : «Tu es sûr d'être entraîneur, lundi ? » Si l'étang n'était pas si froid, je crois bien que j'aurais tenté la noyade ! Pour elle, bien sûr !

Vendredi 2 mai

Affolement chez les wind surfeurs : du vent à vous mettre cul par-dessus tête, 360 jours par an, à Gruissan, et depuis hier, pas le moindre souffle à se mettre sur la voile ! Compétition interrompue, huit cents « camés » sevrés, seize cents pieds rivés sur le sable, autant d'yeux en manque de tramontane et de marin. Comme je ne puis « mater » les huit cents blondes puisqu'elles sont dans l'obligation de consoler leurs albatros, je me rabats sur le livre de Denis Robert : « Une affaire personnelle », 350 pages pas écrites pour vous rendre le moral : du fiel, de l'amertume, beaucoup de questions, aucune once d'optimisme en ces temps de déprime. En pleine lecture, plage du Grazel, ventre brûlé et pif plus rouge que le journal de ce nom, je suis interrompu par un septuagénaire volubile, nerveux, lui aussi visiblement en quête d'existentialité : «Il nous manque un 4ème pour jouer à la pétanque ! »

- «Je n'ai jamais pratiqué. » C'est vrai ; pardon pour les millions de boulistes de mon pays et pourtant les rugbymen sont des adeptes, dès le premier rayon de soleil, en attendant les coups d'envoi, surtout pour les phases finales. Mon amateurisme ne décourage pas l'agresseur :

- «Tant pis, vous allez apprendre…nous allons rencontrer les D….Vous êtes d'où ?

- du Gers

- Mon père est né à Castillon-Debats…Je m'appelle C… »

Je l'ai déjà dit, tous les français sont gersois : Je revois le village cher au Colonel Dugros, héros de la Résistance, Corps-Franc Pommies, longtemps maire de cette commune, fana de footing sur la piste du Moulias, il y a peu de temps encore, à 80 ans passés !!!

- Vous avez des boules ?

- Je n'en ai jamais eu !

- Vous avez des enfants ?

Réponse positive qui lui permet de se lancer dans les bienfaits de l'éducation par la pétanque et qui me fait culpabiliser « grave » car je comprends enfin pourquoi mes enfants avaient parfois mauvais caractère.

Chez nos adversaires, les D…, je ressens dès avant la joute, une certaine lassitude. Encore plus septuagénaire que mon condisciple, je crois deviner qu'ils sont les victimes rituelles de la pétanquomanie de mon partenaire. Ce dernier m'a trouvé trois boules, les plus vieilles de sa boîte magique et il nous conduit sur le terrain préféré de ses exploits. Patiemment, j'écoute ses conseils :

- « Pointeur ? Tireur ?

- … ?

- Je serai le tireur mais je commencerai pointeur parce que la première boule est la plus importante. »

Nous voilà partis pour deux heures de temps. Mon capitaine entraîneur – il devait être instituteur – est un maniaque du cercle et du centimètre, un scrutateur expérimenté du terrain, un passionné de balistique : plus haut, à droite, au milieu…A près un début très convenable, comme je n'arrive plus à me concentrer, j'ai droit à des leçons de sophrologie. Grâce à toutes ses recommandations, nous finissons par l'emporter laborieusement tandis que nos adversaires si unis, si amoureux, finissent par se désunir dans les tourments de la défaite : «Ne tiens pas la boule comme ça…Plie les jambes….Etc… » Divorce pour pétanque ! Je me sens obligé de réconcilier le couple. Le mari me dévisage : «Vous êtes bien entraîneur de rugby d'Auch et d'Agen…Mon fils est le Président du Stade Dijonnais… » Et nous voilà partis pour raconter la saison des bourguignons manquant les phases finales pour un point perdu à Marmande. Je lui avoue avoir le numéro de téléphone de son pilier droit venu de Nouvelle-Zelande, etc, etc…Le rugby me semble alors moins agressif que la pétanque ! Cette conversation ne passionne pas mon instituteur. Néanmoins, tout aux lauriers conquis, il pavoise et me lâche enfin un compliment intéressé :

- «Bien, bien, nous rejouerons n'est-ce pas ? «

Tout ce qui me reste de politesse acquiesce mais je sais d'ores et déjà que je ne remettrai plus les baskets Plage du Grazel ! A partir de maintenant, je filerai jusqu'à Mateille !

20h30, le treiziste, patron du Joffre, m'a convié à suivre Stade Toulousain-Auch sur son écran géant, trop grand, trop large comme Ernest Wallon pour mes Gersois. Au bout de 5', j'ai compris : l'addition sera lourde ; touche absente, défense en dents de scie, trop de réticences au plaquage. Côté Toulouse, c'est l'euphorie. « En mai, fais ce qu'il te plait », rugby magnifique, irrésistible. Je souffre pour mes petits ; à l'exception d'Edmond-Samuel, Valdes et Albert, je les ai tous entraînés et deux – Erwan, Vincent – ont même eu droit à mes cours d'histoire. Je fulmine en les voyant s'exposer sur leurs buts par des relances hasardeuses : suicidaire contre le Stade ! Dans la soirée, leur coach m'expliquera : «En fermant le jeu, nous en aurions pris quand même 50 ! » N'empêche septante trois, c'est pas joli ! Record de la saison ! Je vois le retour dans le car des Martet : nous ne klaxonnerons pas devant le « coin du feu «, ni chez les Rabassa, ni rue d'Alsace…A l'arrivée, parking du Bourrec, les corps et les sacs paraîtront plus lourds que d'habitude. Un texto tombe venu d'une maman en colère : «J'ai honte et pitié du FCAG d'aujourd'hui…Tu m'as pris mon fils pour ensuite l'abandonner…J'espère qu'il pourra rebondir. » Tout à l'heure, les yeux vides du Président Laffitte ont crevé l'écran. Aux agenais qui raillent, je rappellerai le 47 à 0 du printemps 2007. Et pourtant Caucau et Mathieu et Conrad étaient sur la pelouse !

Dimanche, les frères de la Save ont rendez vous à Samatan pour un duel de dupes : Hagetmau les a doublés…Hagetmau, Alain Lansaman, Ducourneau, Tudela, St-Jean, Labarrère, Pulquérie, Argel … Les grandes équipes ne meurent jamais. A Armandie, Caudecoste-Virazeil puis Monflanquin-Lavardac : le bonheur des finales des séries régionales ; que le rugby sache les conserver !

Cette semaine, à Auch, les joueurs vont raser les murs. Aucun c&oeligur à l'endroit, pas de tête à l'envers, D'Artagnan bien seul sur son escalier monumental : défaite interdite face à l'Aviron. Le SUA reçoit le Stade Rochelais de Serge Milhas l'auscitain, de Florian Ninard le lislois, de Yan Fior le Barcelonnais : les gersois sont bien partout !

Samedi 3 mai

Gruissan-Montpellier pour soutenir les Espoirs qui après le Stade Toulousain, vont se frotter à la meilleure équipe du championnat. Beaucoup de circulation et quelques difficultés pour trouver le stade Yves du Manoir. Déception avec la présence d'à peine une cinquantaine de supporters pour assister à un match de haut niveau. Chez les locaux, Tissot a bien travaillé les mauls. Chez nous, les avants souffrent et les ¾ brillent sous l'impulsion de Carabignac excellent. Bons retours de François, de Sylvain et d'Adrien. Défaite trop large mais bon esprit d'ensemble. Retour sur Agen. Sur l'autoroute, commentaires Sud-Radio : Dax s'échappe, souffre et gagne ; Montpellier domine, mène et perd ; Albi peine, bégaye et s'illumine. Passionnant mais cardiaques s'abstenir. Toulouse-PSG : Baup face à Le Guen !

Dimanche 4 mai

Finales des séries régionales à Armandie. Repas sympa sous la Tribune Ferrasse. J'aime beaucoup le Président du P.A, Jacques Laurans, son CTR Thomas Darracq, et je fais la connaissance de gens simples, humbles et …bénévoles, de véritables amoureux du rugby. A ma table, les maires et les Présidents de Caudecoste et de Virazeil amoureux à fond derrière leurs couleurs mais beaucoup de respect pour leurs adversaires. J'apprends l'exclusion d'Issigeac pour la saison à venir : agression d'un arbitre lors d'un match de réserves, le week- end précédent. Issigeac : quelques jours après le tournage du film « La Soule », avec le LSC, nous avions, sur la route de Bergerac, réalisé notre réveil musculaire sur le petit stade de cette si belle cité de Dordogne. Les joueurs de celle-ci avaient servi de figurants auprès de Richard Bohringer et ils gardaient un souvenir ému de l'acteur et de ses 3èmes mi-temps. Ecrivez-lui pour qu'il vienne au secours de cette équipe qui ne peut pas disparaître même si l'acte commis est impardonnable.

Caudecoste s'impose largement devant Virazeil privé de son Président capitaine et suspendu le week-end précédent pour s'être interposé sur une « générale » ! Aujourd'hui, match d'une correction exemplaire. Le petit arrière des vainqueurs, ouvreur des Espoirs du SUA –les avantages du tutorat- domine la rencontre ; son père vient le rejoindre sur le terrain en seconde mi-temps. Comme un conte de fées !

Finale Honneur ; même correction ; arbitrage excellent : Lavardac s'impose 7-6 grâce à l'intelligence de son capitaine et à la poisse des buteurs de Monflanquin particulièrement malheureux. Janouille devra consoler les siens. Quelques larmes, beaucoup de joie, des bras dessus dessous, des chants, des tapes amicales. Je n'ai jamais été de la saison, aussi chez moi…à Armandie !

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