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La chronique de P. Villepreux

Ancien entraîneur du Stade toulousain, notre chroniqueur Pierre Villepreux revient sur le sacre des Haut-Garonnais.

 
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La victoire toulousaine est sans appel même si on peut accepter que leurs adversaires se soient créés deux occasions qui auraient certainement entretenu le "suspens" et peut-être contribué à faire prendre au match un autre profil. Mais la suprématie toulousaine s'est exercée globalement dans tous les secteurs du jeu en attaque comme en défense. Leurs nombreuses initiatives les ont logiquement amenés à produire un volume de jeu supérieur mais en même temps et en plus le "mieux jouer" leur appartenait. Ces initiatives toulousaines dès le début du match ont contrasté avec la frilosité des jaunes - surprenant car nous les avons connu beaucoup plus entreprenants en cours de saison -. La défense de Toulouse y est sûrement pour quelque chose si l'on considère que le cadre tactique du jeu attendu du collectif asémiste aurait dû se mettre en place essentiellement grâce à la force de pénétration individuelle de ses avants, entre autres par Vermeulen et Cudmore généralement plutôt habiles pour faire, à l'impact, reculer le rideau défensif et placer du même coup James en position idéale pour orchestrer le jeu dans les espaces larges. En ne permettant pas cette avancée, les Toulousains ont tari les mouvements d'ensemble qui avait fait leur force en cours de saison. Réduit à privilégier le jeu au pied, le chef d'orchestre n'a pas pu entrer dans le juste tempo de la bonne alternance main-pied, celui qui aurait permis à tous de s'impliquer efficacement dans le schéma tactique qui avait tout au long de la saison alimenté leur confiance. Sortir du jeu ordonné en lequel on croit le jour d'une finale n'est pas simple et en ce sens cet insuccès sera certainement source de réflexion en Auvergne.

Toulouse avait choisi de jouer "à la toulousaine" - gagner oui mais pas n'importe comment - dans le respect de la culture du club - marque de fabrique identitaire d'un jeu qu'il s'agit bien de jouer le plus possible en mouvement, en avançant avec le soutien utile pour préserver grâce au jeu de passe l'avancée en évitant les affrontements quand ils ne sont pas indispensables. Ceux-ci, source de blocages, produisent des effets moins dévastateurs sur la défense. La qualité du soutien et l'activité tactique générées autour du porteur de balle pour assurer la vie du ballon, se sont avérées dans de nombreuses situations déterminantes. Le deuxième essai toulousain est significatif de ce jeu et de cette culture, richesse emmagasinée au fil du temps et entretenue par les différents staffs d'entraîneurs, tous issus de cette école où ils se sont réalisés comme joueur d'abord comme entraîneur ensuite. Plus facile pour faire passer le message.

Comment avancer sans multiplier les temps de jeu que l'on a tendance à valoriser dans notre rugby et qui devraient être appréhendés avec un autre regard tactique. Cette compétence pour jouer en mouvement que l'on alloue aux Toulousains passe par des contenus d'entraînements qui placent les joueurs en situation de décision et de responsabilité forcément réinvestissables dans la compétition.

Il est plutôt bien que le meilleur jeu soit pour une fois gagnant. Toulouse en ce sens contre le Munster en finale européenne, avait développé incomplètement son rugby, donc son style et n'avait pas été au bout de ses convictions. La production des rouge et noir fut beaucoup plus sincère et transparente dans cette finale.

Je dois avouer que j'ai un peu de mal à suivre la tendance qui voudrait expliquer la victoire toulousaine par leur capacité à dérégler le système de jeu des clermontois en mêlées et touches. C'est d'abord et avant tout grâce à l'ascendant pris dans la gestion du rapport de force immédiat et à venir que proposent les situations de mouvement général que Toulouse a construit son succès. La contestation et la controverse apportées à leur adversaires dans les phases statiques en sont la conséquence... Ceci pour dire aussi que c'est bien quand le ballon et les joueurs sont en en mouvement - le non organisé - que l'adaptabilité réclamée pour y répondre prend tout son sens. Les capacités d'adaptation existent bien sûr dans les phases statiques mais, elles ne s'expriment pas de la même manière et la réussite dans ces phases relève essentiellement dans ce match des déficiences clermontoises dans l'organisation et la maîtrise de la conquête non d'un processus adaptatif qui touche tout le collectif comme c'est le cas dans le mouvement général.

Cette finale est la victoire du jeu et il est bien que ces deux équipes - justement celles qui ont durant toute la saison le mieux répondu à ce que l'on attend du rugby - aient permis au public du stade de France de communier et d'apprécier le spectacle. Suffisant, pour ne pas bailler, ne pas s'ennuyer, suffisant pour faire oublier à ce public d'entreprendre la "ola" qui, trop souvent, par défaut de beau jeu, traduit un enthousiasme factice.

 - Rugbyrama
 
 
 
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