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Jérôme Thion : "Finir un Ironman, ça vaut un titre de champion de France"

Thion : "Finir un Ironman, ça vaut un titre de champion de France"

Le 10/11/2017 à 11:41Mis à jour Le 10/11/2017 à 11:43

Quand il était 2e ligne du XV de France, son surnom "Machine" était déjà flatteur. Mais désormais, on peut aller plus loin dans les éloges avec Jérôme Thion. Il est un Ironman depuis qu'il a achevé dimanche avec ses 109 kilos, le triathlon longue distance de Floride, 3,8km à la nage, 180 en vélo et 42,195 de course à pieds. Il raconte cette épreuve qui à ses yeux, a la puissance d'un Brennus.

Comment vous êtes vous retrouvé sur la ligne de départ de l'Ironman de Floride ?

Jérôme Thion : C'est la suite d'un petit défi lancé avec Julien Bourdin, un copain avec qui je m'entraîne en salle pour des séances de cardio et de crossfit. J'avais envie de me lancer un défi pour mes quarante ans et lui qui avait lui déjà fait un Ironman, m'a parlé de ça. Je n'avais jamais fait de vélo, je n'avais pas recouru depuis que j'ai arrêté ma carrière sur une blessure au tendon d'Achille il y a quatre ans. Mais lui me disait : "ne t'inquiète pas, ça va aller". Un jour, il m'a envoyé la photo de sa confirmation d'inscription. Alors je me suis lancé. Je me suis inscrit sept mois avant le départ. J'ai acheté un vélo, contacté Didier Rubio, un diététicien avec qui on avait travaillé en 2003 en équipe de France, pris un entraîneur avec Stephane Poulat, un des meilleurs français sur longue distance. J'ai été le plus professionnel possible.

Durant votre carrière, vous n'aviez jamais envisagé un tel projet ?

J. T. : Non. Au départ, c'était simplement un petit défi avant les quarante ans. Puis ça a pris de l'ampleur dans ma vie. J'ai du m'adapter, ne serait-ce que professionnellement. Quand on part pour une sortie en vélo, ce n'est pas pour une heure… C'est quatre ou cinq heures. En fin de préparation, une sortie en course à pieds c'était minimum quinze kilomètres voire vingt. Pendant sept mois, je me suis entraîné presque tous les jours. J'avais un jour off par semaine mais deux jours avec deux séances au programme.

Vous avez terminé en 12h58 : c'est presque l'équivalent de dix matches…

J. T. : Je n'y ai pas du tout pensé. J'ai abordé l'épreuve autrement : en scindant les trois parties. J'avais un point fort, la natation que j'ai pratiqué pendant dix ans. Je m'en suis bien sorti en 1h07. En vélo, j'ai géré. Il restait le marathon.

" C'est tellement de contraintes que d'arriver au bout est un aboutissement, une délivrance."

Vous en aviez déjà couru ?

J. T. : Jamais. Je n'ai pas le physique. Et je ne l'aurai jamais. Quand j'ai arrêté ma carrière, je faisais 117 kilos. Là, j'étais quand même à 109 kg. Le marathon, c'est là où tu vas puiser le plus loin. C'est la dernière étape d'un périple assez long. Ca demande beaucoup de préparation, c'est tellement de contraintes, que d'arriver au bout est un aboutissement, une délivrance.

Etiez-vous le plus lourd au départ ?

J. T. : J'étais un des plus grands. Un des plus lourds non. Il y avait de tout sur la ligne de départ, pas seulement des mecs affûtés. C'est la beauté de l'Ironman : il y a tous les gabarits, tous les âges.

Jerome Thion - Mont-de-Marsan - Biarritz - 30 decembre 2012

Jerome Thion - Mont-de-Marsan - Biarritz - 30 decembre 2012Icon Sport

Y avait-il une petite peur au départ ou votre carrière en équipe de France vous avait blindé ?

J. T. : Pas une petite peur non, c'était de la grosse peur. Avant, je n'avais fait qu'un triathlon : un sprint à Saint-Jean-de-Luz où j'avais abandonné après avoir crevé deux fois sur le parcours. Je m'étais bien fait chambrer. Je n'avais jamais terminé un triathlon, jamais fait des transitions. J'ai eu peur de ne pas réussir. Durant les deux semaines avant la course, j'ai ressenti une pression. On m'encourageait, j'avais peur de décevoir. La veille j'ai dormi trois heures. On sait qu'on part pour treize heures d'effort minimum, qu'on sera seul et qu'il faudra être capable de tout gérer, l'alimentation, l'hydratation, les coups de moins bien. On sait qu'on sera dans le dur… Je l'ai été à partir du 18e kilomètre du marathon. Je me suis dit que ça allait être très long. Mais au bout, il y a les encouragements, ils motivent, font continuer. Et à la fin, je suis passé sous les treize heures, l'objectif que je m'étais fixé.

" Au rugby, tu es accompagné, cadré. Là, tu es seul."

Si vous compariez avec un match de rugby ?

J. T. : Cela n'a rien à voir. Un Ironman, c'est une épreuve individuelle. La souffrance est plus psychologique que physique. Tu finis par passer dans une autre dimension. A la fin, tu deviens un robot. Tu es programmé pour le finir. Au rugby, tu es accompagné, cadré. Là, tu es seul : tu sors du cadre, de ta zone de confort. Tu arrives dans l'inconnu.

On vous a reconnu ?

J. T. : Oui, il y avait des Français de Toulouse qui étaient là. Ils étaient assez surpris : "qu'est-ce que tu fais là?". Sur le marathon, j'ai beaucoup marché, j'ai eu le temps de discuter.

Si on vous avait dit durant votre carrière que vous vous prépareriez un jour pour un Ironman...

J. T. : J'ai toujours aimé le travail physique, les séances de préparation. Mais quand je recevais ces derniers mois mes programmes d'entraînement avec trois séances de course par semaine, je trouvais ça dur… Après, quand tu sais tout ce que tu as mis pour y arriver, être finisher c'est très gratifiant. Ce que j'ai vécu dans le rugby, ce fut une belle aventure. Mais là je peux vous dire que ça vaut un titre de champion de France...

Ce titre de finisher vous donne-t-il des idées ?

J. T. : Non… Je l'ai fait une fois et c'est très bien. C'est très contraignant. Faire un half, il n'y aurait pas de souci. Mais un Ironman, ça demande beaucoup. Et moi, j'ai toujours été habitué à m'investir à fond. Après quinze ans de rugby, je me suis remis au sport mais toujours dans l'excès. A la fin, c'est quand même une belle surprise.

Quel joueur attendez-vous sur un Ironman ?

J. T. : Je ne suis pas le premier a être passé au triathlon : Sebastien Viars, Tony Marsh, Thomas Castaignède l'ont fait. Mais la plupart du temps, ce sont des trois-quarts, pas de gros. Si je devais citer un avant, je dirais Olivier Magne sans problème.

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