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CHAMPIONS CUP - Flashback : Clément Poitrenaud, le jour du (mauvais) jugement

Flashback : Poitrenaud, le jour du (mauvais) jugement

Le 11/01/2017 à 09:06Mis à jour Le 11/01/2017 à 09:09

CHAMPIONS CUP - Quand il a quitté la scène européenne en juin, Clément Poitrenaud avait trois titres de champion et un statut de Français le plus capé de l'histoire de la compétition. Mais son palmarès n'a jamais effacé son mauvais jugement un jour de finale en 2004.

C'est un match qui n'était pas gagné, qu'importe. Dans la mémoire collective, Clément Poitrenaud reste l'homme qui a fait perdre une finale de Coupe d'Europe au Stade toulousain. Le 23 mai 2004, stade Twickenham à Londres. Toulouse, champion d'Europe en titre, s'avance devant les Wasps huit ans après une humiliation inoubliable (77-16), en quête d'un deuxième titre de rang et d'une troisième étoile. Menés à la mi-temps (13-11), assommés juste après, par un essai de Mark Van Gisbergen (44e, 20-11), les hommes de Guy Novès font parler leur caractère pour revenir à hauteur juste avant le money-time. Les prolongations paraissent alors inévitables. Elles n'auront jamais lieu : à la 79e, Rob Howley, le demi de mêlée des Wasps inflige une piqure fatale au champion d'Europe. Comme un desperado, il a tenté un coup. Et la fortune a souri à l'audacieux.

Au départ, ce n'était même pas réussi : un coup de pied à ras de terre, le long de la ligne de touche qui allait finalement mourir dans l'en-but. Seulement, trois jours après ses 22 ans, l'arrière du Stade toulousain, Clément Poitrenaud s'est fait piéger. Il a laissé venir le ballon jusqu'à pouvoir aplatir. Un choix légitime : "Disons que je voulais éviter qu'il y ait une touche à cinq mètres qui n'aurait pas été évidente à négocier à ce moment là du match", racontera-t-il à la fin de la rencontre à La Dépêche du Midi. Mais au moment d'aplatir, il se fait devancer : Rob Howley qui avait suivi, surgit pour l'essai décisif. "Je ne pensais pas qu'il était si proche. Au moment où je le ramasse, il me prend les bras et je me fais avoir. Il n'y avait pas trop de doutes. J'étais persuadé qu'il y avait essai. J'aurais mieux fait de mettre un grand shoot pour envoyer le ballon dans les tribunes."

Mis à genou, les Toulousains n'ont pas le temps de se relever

Le roi d'Europe est déchu. Un coup de tonnerre mais le vestiaire fait front avec l'arrière, coupable idéal. Le capitaine Fabien Pelous sait aussi que l'avenir en dépend : "Je n'ai pas trop envie de parler à Clément à chaud car, sous le coup de la déception, je dirais des choses que je regretterais plus tard." Personne pour stigmatiser. Guy Novès n'accable pas, évoquant une finale qui s'est jouée sur "un coup de dés". Cédric Heymans parle même d'anecdote, défendant le choix de son coéquipier : "c'était très intelligent. L'idée, c'était de pouvoir renvoyer aux vingt-deux mètres, ramener le jeu chez l'adversaire et d'obtenir une pénalité." Emile N'Tamack propose même une autre analyse, signalant que Toulouse avait les moyens de "tuer le match bien avant".

Rob Howley (Wasps) - 2004

Rob Howley (Wasps) - 2004AFP

Poitrenaud est quand même touché. "Je crois que je fais un de mes meilleurs matches depuis deux saisons", délivre t-il à sa sortie des vestiaires. "Malheureusement, on ne retiendra que cette grosse, grosse connerie. Je suis désolé surtout pour mes coéquipiers qui avaient fait de gros efforts pour revenir dans le match. Maintenant, c'est un autre jour. Il faut rebondir." Clément Poitrenaud a tenu son pari, l'année suivante, titulaire en finale contre le Stade français (18-12). Et les saisons d'après. Quand il a quitté l'Europe en juin dernier, il n'était rien de moins que le français le plus capé sur la scène européenne avec 96 matches ponctués de trois étoiles. Lui, a su passer à autre chose. "Cette grosse connerie" a, elle, été retenue. Cruel. Car il est un fait que Guy Novès n'a jamais effacé de sa mémoire : l'essai n'aurait pas dû être accordé, ce ballon d'Howley était sorti en touche...

Clément Poitrenaud - Toulouse - Wasps en 2004

Clément Poitrenaud - Toulouse - Wasps en 2004Icon Sport

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