• Header Villepreux
 
"Clermont-Ferrand déroule son rugby"
07/03/2013 - 11:58

"Clermont-Ferrand déroule son rugby"

Excepté le derby basque, les matchs de cette  dernière journée du Top 14 nous ont globalement gratifié d’un jeu de qualité. D’abord, Toulon-Toulouse,  un match qui a tenu toutes ces promesses et n’a pas accouché d’un rugby frileux. Quelquefois, quand les meilleures se rencontrent, on attend beaucoup et on repart déçu. Depuis quelques temps, les performances et résultats précédents de ces deux équipes n’étant pas forcement source de sérénité, on pouvait s’attendre à un jeu plutôt coincé, sans ambition. Il faut accepter que les équipes les plus en vue connaissent des périodes de hauts et de bas. Gagner génère de l’optimisme et a contrario les défaites répétées du pessimisme. Mais en sport,  on sait que la progression se gère dans l’acceptation de ces deux contraintes. On ne devient pas soudainement bon et pas davantage mauvais. Savoir réagir collectivement symbolise un état mental qu’il s’agit de développer.

D’abord dans l’entraînement. Celui-ci sert à retrouver le jeu recherché qui à un moment vous échappe. Logique puisque on y développe "l’art du possible" le jeu qui va rassurer, dans les limites bien sûr qu’impose le potentiel de son groupe. Celui de ces deux clubs n’étant pas négligeable. Produire collectivement sans défaillance individuelle  le rugby ambitionné, implique d’évacuer la crainte du résultat et de se concentrer sur son jeu et moins sur celui de l’autre. La production de début de match est capitale pour que "l’art de l’impossible" s’impose mentalement et s’exprime. Ce qui demande de provoquer le jeu sans à priori.

Il faut rendre à Toulon ce qui lui appartient. Ce collectif a su dès le coup d’envoi rechercher cette confiance grâce à  un jeu collectif tout terrain qui aurait pu marquer davantage. Cette entame féroce est palpable pour ceux qui la réalisent l’est aussi pour ceux qui la subissent. Toulouse su par la suite réagir, d’abord défensivement en s’attachant à ne plus subir le jeu adverse en faisant mieux face sur les impacts et en contrariant l’avancée des  pénétrations toulonnaises. Empêcher cette première avancée n’est pas simple mais quand c’est le cas le jeu collectif des joueurs de la Rade se crispe et s’étrangle. Mais, Toulon peut compter sur le jeu au pied de Wilkinson pour faire en sorte que le doute ne surgisse pas. Le jeu du 10 toulonnais répond à une cohérence qui ne trouble pas le jeu collectif. Il répond très simplement à une impuissance passagère liée à la performance du jeu adverse. En effet, le Stade ne manqua pas de réagir aussi offensivement. Il reste certes une défaite,  mais sur laquelle le staff pourra s’appuyer pour retrouver les automatismes collectifs.

Clermont-Ferrand déroule son rugby. Leur jeu devient presque immoral car il donne par contrecoup l’impression à leurs adversaires de jouer un rugby rudimentaire. La défense adverse est forcément mise en cause mais cette analyse est restrictive car le collectif de Vern Cotter sait aujourd’hui répondre et s’adapter aux imprévus et aléas rencontrés dans les mouvements créés. La gestion de cette complexité dans l’alternance des formes de jeu ne pourrait se satisfaire d’une conception rigide. Ceci les amènerait à développer une production mécanisée et réductrice qui serait insuffisante pour résoudre les problèmes tactiques rencontrés.

A ce jour, le collectif clermontois, mieux que tous ses adversaires, finalise la boucle " jouer pour jouer" grâce à une meilleure mobilité d’ensemble. Avec ce style et ce choix, la liberté d’initiative individuelle en plein jeu devient déterminante, mais il convient de lui allier sa capacité actuelle à choisir juste dans la multiplicité des situations rencontrées. Il suffit de regarder la cohérence du jeu de soutien, le comment chacun se rend utile autour du porteur de balle pour lui donner des options, pour mieux comprendre le pourquoi de la belle réussite du jeu clermontois.

Un mot sur la ProD2 maintenant...

Colomiers-Pau. Outre les superbes mouvements collectifs déployés dans ce match par cette équipe columérine, je retiens une option de jeu rare dans notre rugby, en tout cas suffisamment singulière pour être décrite. Il s’agit d’un joueur columérin traversant le premier rideau palois par une percée rectiligne. Il manquait du soutien pour épauler et continuer son action. Là où beaucoup auraient choisi d’aller affronter directement les derniers défenseurs arrivés en barrage, il a su donner un sens différent à l’avancée immédiate. Il ralentit sa course, choisit en sacrifiant l’avancée et le défi frontal de repartir vers son camp à la recherche justement du premier partenaire soutien. Celui-ci, en pivot, déplaça  immédiatement et judicieusement le jeu sur la largeur, dans une zone de faible densité défensive, là où il devenait facile de jouer. Le temps de latence que le porteur de balle sut s’imposer permit aux partenaires bien redistribués sur la largeur d’assurer le jeu de passes successif qui permit de préserver, avec l’avancée collective en ligne, la continuité efficace du jeu.

Une décision individuelle inhabituelle, intelligente, en rupture  avec les comportements en jeu que l’on voit habituellement dans ce type de situation. Connaissant bien Olivier Baragnon, l’entraîneur de Colomiers, je sais que cet acte éminemment tactique ne relève pas du hasard, que cette disponibilité pour accéder à cette logique des choix tactiques se travaille, s’apprend et sa maîtrise peut se perfectionner indéfiniment.

 
 
À ne pas manquer
  • Abonnement

    Gérez votre abonnement ou abonnez-vous à Midi Olympique, le journal du rugby : voir toutes nos offres…

  • La chronique de Pierre Villepreux

    Ancien international français, il a également été entraîneur du XV de France et reste encore aujourd'hui un des personnages phare du rugby Français.

  • Toutes nos vidéos

    Retrouvez toutes nos vidéos de rugby…

Suivre Eurosport.com
 
Sur Facebook
 
Sur Twitter
 
Sur Mobile
iPhone | Android |