Icon Sport

Benazzi : "Mon premier haka ? J'ai regardé dans mon pantalon pour voir ce qu'il y avait"

Benazzi : "Mon premier haka ? J'ai regardé dans mon pantalon pour voir ce qu'il y avait"

Le 29/09/2021 à 00:07Mis à jour Le 29/09/2021 à 08:42

XV DE FRANCE - Grande figure du rugby français, Abdelatif Benazzi a fait le bonheur du XV tricolore pendant plus de dix ans au poste de deuxième ou troisième ligne. De son enfance et ses débuts au Maroc, à Oujda, à son arrivée en France en passant par ses 78 capes sous le maillot bleu, il revient avec Florence Masnada sur sa trajectoire hors normes dans le podcast "Belle Trace".

Une trajectoire originale et exemplaire. Douze saisons à Agen. Une âme de pionnier pour partir en Angleterre en fin de carrière. 78 sélections en équipe de France. Trois Coupes du monde. Un Grand Chelem dans le Tournoi en tant que capitaine. Une carcasse de près de deux mètres. Un style. Une gueule. Une histoire. Abdelatif Benazzi est une grande figure du rugby français. Rien, pourtant, ne prédestinait l'enfant d'Oujda, dans l'est marocain, à pratiquer ce sport de l'autre côté de la Méditerranée, au point d'en devenir un personnage majeur.

C'est tout cela que l'ancien deuxième et troisième ligne du SU Agen et des Bleus raconte cette semaine dans le podcast "Belle Trace", sur Eurosport. Au micro de Florence Masnada, qu'il connaît bien, Benazzi évoque notamment sa découverte, presque par hasard, de ce sport qui ferait sa gloire :

"A 14 ans, je faisais 120 kilos mais pas en muscle. J'étais introverti. Il a fallu que je me prenne en main physiquement et l'athlétisme, c'était le sport idéal pour ça, pour perdre du poids et gagner de la puissance. Jusqu'au jour où un professeur m'a dit 'Abdelatif, il y a un sport qui ne peut être que pour toi, c'est le rugby'. J'avais déjà 15 ans. Je lui ai dit 'Je ne connais pas les règles'. Il m'a répondu 'Avec toi, les règles sont simples : tu prends le ballon, tu vois la ligne derrière ? Tu vas tout droit !' C'est une règle que j'ai gardé toute ma vie !"

L'ascension sera météorique. Premiers pas à 15 ans, arrivée en France à 18, en deuxième division à Cahors, signature un an plus tard à Agen en 1989, puis première sélection en équipe de France dès 1990. Tout n'a pourtant pas été rose. Abdelatif Benazzi se souvient des "lettres anonymes, des mots sur la porte" lors de ses premiers pas à Agen. Un racisme qui l'a "choqué". "Pour moi, la France, c'était liberté égalité fraternité, le pays de l'épanouissement", dit-il.

Abdelatif Benazzi

Abdelatif Benazzi Icon Sport

Mais très vite, il va faire taire ceux qu'il dérange en se rendant incontournable. Compte tenu de la stature du SUA à l'époque, ce n'était pourtant pas simple. "Il y avait 11 internationaux, rappelle-t-il. Sella, Dubroca, Berbizier... Nous étions douze recrues cette année-là. Au bout de trois mois, je suis le seul à être resté, tellement c'était dur. Ce n'était pas une question de discrimination, c'était la difficulté d'intégrer cette équipe. J'ai mis six à sept mois avant de jouer mon premier match. Il n'y a pas d'excuses, ajoute-t-il. Il n'y a pas 40 voies. Il faut travailler. Si vous voulez gagner votre place, il faut travailler plus que les autres."

" Le mot transmission est capital pour moi"

Le premier à lui faire confiance en équipe de France s'appelle Jacques Fouroux. "Il voyait en moi un grand potentiel", explique Benazzi. Mais sa première cape, en Australie, vire au fiasco. Surmotivé par Fouroux, il croit "partir à la guerre", "marche sur un Australien" et prend un carton rouge au bout de 13 minutes. "C'est le dernier que j'ai pris. J'ai retenu la leçon", rigole-t-il aujourd'hui.

Parmi ses grands souvenirs, les confrontations avec les All Blacks. "Sept fois, pour quatre victoires", dit-il fièrement. Après les tournées en Nouvelle-Zélande, il restait sur place pour tenter de s'imprégner de ce rugby à part. "Je voulais comprendre ces personnages, cette équipe, ce mythe. Pourquoi, sur 100 matches, ils en gagnent 90 ? Ils sont dans une remise en question permanente, toujours dans l'évolution. Ils sont toujours en avance par rapport aux autres. Dans les entraînements, les combinaisons, mais aussi par l'intervention de chercheurs, pour proposer un modèle qui devance tout le monde."

Et le haka ? "Le haka, c'est un plus, juge Benazzi. C'est quelque chose qui m'a effrayé au début. Pour mon premier haka, je ne vous cache pas que j'ai regardé dans mon pantalon pour voir ce qu'il y avait. Tu mets une demi-heure pour rentrer dans le match. Et quand tu réalises, c'est trop tard, il y a déjà eu deux essais."

Aujourd'hui, que ce soit dans le rugby à travers le projet "Ovale Ensemble", qui représente l'opposition au sein de la FFR, ou auprès des enfants marocains avec son association "Noor", il souhaite être dans le partage. "Le rugby, c'est un mode de vie. Le mot transmission est capital pour moi. Quand on a vécu des choses importantes, il faut savoir les partager, les transmettre aux générations futures. On m'a remis un maillot, qui ne m'a jamais appartenu. C'est ce qu'on m'a dit à Agen. Le club a 100 ans. On te prête un maillot, tu dois le rendre propre. Je l'ai remis à la fin, propre, et je pense avoir laissé une trace."

Sacré parcours, atypique mais remarquable, que celui d'Abdelatif Benazzi, pas peu fier d'avoir été décoré par son pays d'accueil (Chevalier de la Légion d'honneur en 1999, Officier de l'ordre national du Mérite neuf ans plus tard). "Quand j'ai été décoré par le président de la République, j'ai un peu transgressé les règles. J'avais 20 invitations pour l'Elysée, j'en ai pris 40. J'ai voulu que même mon professeur de collège soit présent." Partage et transmission, toujours.

L'intégralité de l'entretien avec Abdelatif Benazzi et tous les épisodes du podcast "Belle Trace" sont à écouter sur toutes les plateformes.

Contenus sponsorisés