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La valeur du rugby

La valeur du rugby

Le 19/02/2018 à 12:00Mis à jour Le 19/02/2018 à 12:04

La sortie de route des Tricolores à Edimbourg dans la nuit de dimanche dernier sonne comme un ultime rappel à l’ordre pour un rugby français à la dérive depuis de nombreuses années. Radiographie d’un mal être.

La nuit de nos Tricolores dimanche dernier à Edimbourg est-elle la pire entorse au code de bonne conduite du rugbyman international jamais observée depuis que ce sport existe ? Assurément non. Les rubriques des faits divers, ici ou ailleurs, ont été alimentées, à travers les âges, par les frasques inavouables et plus souvent inavouées, de nos joueurs les plus célèbres et, parfois même, les plus célébrés. Disons le tout de suite à nos anciens, aux défenseurs des valeurs, aux "crypto-poujadistes" adeptes du "c’était mieux avant" : la connerie n’est pas l’apanage de la jeunesse et vous en êtes de bien beaux exemples.

En revanche, et c’est là la principale nouveauté de notre époque, l’exposition médiatique qui pointe son œil sur ces joueurs devenus désormais publics est sans pitié. Il faut reconnaître que le concentré d’images négatives que renvoie notre discipline, depuis son passage au professionnalisme en 1995, est loin de coller avec l’idée du sport éducatif que l’on s’en fait.

Que reproche-t-on au juste à nos Bleus de dimanche dernier ? D’être sortis fêter une deuxième défaite dans ce Tournoi 2018 jusqu’à plus soif ? Effectivement, si l’on peut concevoir que ce genre d’initiative permette de crever l’abcès, de se dire les choses, de resserrer les liens d’un groupe, encore faut-il que nous puissions parler d’un groupe ? Or, quelques joueurs ne font pas une équipe et l’absence de consignes de la part d’un staff ou d’un dirigeant ne donne pas un blanc seing à ses joueurs pour terminer dans un commissariat écossais après qu’une plainte ait été déposée. Passons vite sur le grand n’importe quoi de la chute dans la chambre d’hôtel, pour expliquer un nez fracturé, qui rajoute au ridicule de notre XV de France.

Nous ne savons plus jouer au rugby

Ce reproche paraît d’autant plus légitime que les prestations de nos Bleus sur les terrains face à l’Irlande ou contre l’Ecosse n’ont pas soulevé l’enthousiasme collectif, mis à part, essayons d’être un peu mesurés, notre défense face à l’Irlande et notre première mi-temps échevelée face à l’Ecosse. C’est déjà pas mal nous direz-vous mais cela ne fait pas du XV de France une équipe retrouvée. Et cela ne fait pas de notre championnat national le meilleur championnat du monde non plus. Car notre rugby semble manquer d’à peu près tout. De vitesse, d’endurance, d’intelligence, de patron, de talent, de puissance… N’en jetez plus ! Et la profusion de fautes techniques ou de goût à chaque journée de Top 14 en atteste. Nous ne savons plus jouer au rugby, voilà tout !

Virimi Vakatawa (France) vs Ecosse

Virimi Vakatawa (France) vs EcosseIcon Sport

Le constat ne date pas d’aujourd’hui, une dizaine d’années et des hauts faits d’armes comme autant de trompe-l’œil. Un quart de finale de Coupe du monde 2007 à Cardiff où notre défense et notre jeu au pied eurent raison des All Blacks, la belle affaire. Une finale de Mondial en 2011 où nous passâmes si près d’un titre mondial en terre néo-zélandaise, leurre majuscule de notre DTN qui évitera ainsi une réforme en profondeur de la formation française.

Une image déformée

Valeurs vous dites, gardons-nous de les énumérer ici, tellement elles prêtent à confusion dans l’esprit des gens. Valeur, oui, au singulier, le constat est peut-être triste mais il est implacable, parce qu’il est économique. Quelle valeur accorder aujourd’hui à ce sport, pour un mécène, un patron d’entreprise et y associer son image, d’hypothéquer son développement futur en s’affichant sur tel ou tel maillot ? C’est en ces termes que, demain, le rugby aura tout à gagner ou au contraire tout à perdre. Et ce n’est malheureusement qu’en ces termes que s’opèreront les mutations nécessaires.

Sebastien Vahaamahina (France) vs Irlande

Sebastien Vahaamahina (France) vs IrlandeIcon Sport

Troisième nation en 2007 au classement World Rugby, la France est aujourd’hui dixième. Voilà où nous en sommes plus de dix ans après, à toucher quasiment le fond.

Est-il déjà atteint ?

Il est l’heure pour le rugby français de s’interroger en profondeur sur son avenir. A la Fédération et à Bernard Laporte, sélectionneur en 2007, président en 2017 de radicalement modifier le visage de notre sport. On nous dit que tout cela est en marche, prenons-en le pari ! Au staff des Bleus qui doit plus que jamais, tenir d’une main ferme ses noceurs écervelés. Au Top 14, qui a bonne mine, ce week-end, en alignant les noctambules d’Edimbourg sur sa feuille de match, voilà un parfait exemple de solidarité éthique avec le staff tricolore... Intérêts quand tu nous tiens. Enfin, à tout le rugby français de se regarder dans la glace et de s’interroger sur la voie à suivre pour demain. Sans quoi, il faut le craindre, les enfants, le public, les médias et l’argent se détourneront de ce sport qui redeviendra peut-être… amateur.

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