Midi Olympique

Rugby, cohésion sociale et réconciliation au programme d’un forum à Baïgorry

Rugby, cohésion sociale et réconciliation au programme d’un forum à Baïgorry

Le 11/07/2021 à 16:06Mis à jour

XV DE FRANCE - L’Institut Francophone pour la Justice et la Démocratie organisait, hier après-midi, un forum public à Saint-Étienne-de-Baïgorry. Il y fut question de rugby, comme instrument de reconstruction et de réconciliation.

La pratique du rugby peut-elle être un instrument de rééducation pour des populations ayant connu la violence ? Que peut-on faire avec le rugby en matière de justice transitionnelle ? Ces questions furent posées hier après-midi, dans la salle Bil Etxea de Saint-Étienne-de-Baïgorry (64), où avait lieu le forum “Rugby, cohésion sociale et réconciliation”, organisé par l’Institut Francophone pour la Justice et la Démocratie (IFJD). Il y fut question de divers sujets comme la réduction de la violence collective, la lutte contre les violences sexuelles, les discriminations raciales et la place des femmes dans le monde du ballon ovale. Un forum organisé pour “partager et réfléchir” et “croiser les savoirs”, comme expliqua en introduction Jean-Pierre Massias, le président de l’IFJD.

Le rugby pour réduire les violences

Autour de trois tables rondes, des universitaires, membres d’ONG ou pratiquants du rugby, évoquèrent ces différents thèmes et pendant la première, Georges Duzan (Entraîneur de l’U.S Baigorri dans les années 1990), Serge Betsen (en vidéo) et Lucas Puech (Ovale citoyen) parlèrent du rugby comme instrument pour réduire la violence collective. Georges Duzan détailla comment, dans les années 80-90, l’équipe de l’US Baigorri, qu’il entraînait, traversa le conflit politique dans lequel était plongé le village, après des actions de partisans luttant pour l'indépendance du Pays basque. “J’ai aimé le rugby et les valeurs qu’il véhiculait. Pour moi, c’est quelque chose qui peut rapprocher les gens. Dès l’instant où on se retrouve dans l’adversité, on se soude, on lutte ensemble et on oublie les différences. Pendant le match, les joueurs pensaient à défendre celui qui est à côté d’eux sans penser au reste” détailla-t-il.

Quelques instants plus tard, Lucas Puech présenta Ovale Citoyen, ses actions et son équipe composée d’une cinquantaine de joueurs en situation précaire. Dans celle-ci, on compte vingt nationalités différentes, et des garçons ou femmes venant d’Afrique de l’Ouest, d’Europe de l'Est et d’ailleurs, jouent sous le même maillot. “Il y a beaucoup de violence dans les squats, rappela Lucas Puech. Le rugby déplace la violence, on s’y dépense et on apprend à la canaliser. Les retours aux squats, après nos entraînements, étaient plus calmes.” La volonté de son association est aussi d’ouvrir au dialogue et de se servir du rugby pour apaiser les tensions. “Des problèmes, on en a plein, poursuivit-il. Mais nous sommes sur de l’accueil, de l’encouragement. Quand il y a une confrontation entre deux mondes, on va tenter de discuter et de prendre le temps d’expliquer. De comprendre pourquoi une personne est raciste ou homophobe.”

Ces deux exemples le prouvent. Le rugby peut être un moyen de réduction de la violence. Jean-Pierre Massias conclut : “Ce sport peut participer à une politique de réconciliation, c’est évident. L’exemple de l’Afrique du Sud le montre. Mais il faut faire attention. Le rugby ne peut pas tout et il faut se méfier des formes de réconciliation. Le danger de l’Afrique du Sud, c’est d’avoir proposé une vision un peu idyllique de la situation, alors que les tensions sont toujours existantes. Cependant, le rugby peut participer spécifiquement, en tant que sport avec ces valeurs-là, à de la réconciliation."

La place des femmes dans le monde du rugby

Au pied des montagnes basques, Sébastien Boueilh (président de colosse aux pieds d’argile, pour parler de la prévention de la pédocriminalité), Serge Blanco ou Julian Vulakoro (représentant de la fédération fidjienne de rugby en Europe), pour ne citer qu’eux, prirent la parole pour faire part de leur point de vue, sur les sujets précédemment listés.

La soirée se termina par la projection de “Salam Rugby” un film retraçant l’histoire des débuts du rugby féminin en Iran, et avant ça trois journalistes (Amaia Cazenave, Karine Deroche et Pauline Waag) évoquèrent le sujet de la place des femmes dans le monde du rugby. “Cette question, je ne me la suis jamais vraiment posée, souligna Amaia Cazenave (cheffe adjointe du service des sports au Parisien). Le rugby est un univers dans lequel j’ai baigné depuis que je suis gosse, donc je le vivais très naturellement. Au départ, c’était peut-être une forme d’inconscience. Les difficultés, je les ai plus ressenties dans les tribunes de presse ou à l’intérieur des rédactions, que sur les terrains, avec les joueurs, coachs ou présidents. J’ai eu plus de soucis avec certains confrères ou collègues pouvant couvrir le rugby qu’avec les autres personnes. De manière générale, je trouve que le milieu du rugby est moins sexiste que le football. Concernant les évolutions, l’équipe de France féminine a parfois été diffusée sur France 2. Il y a de plus en plus de femmes qui gèrent les relations presse des clubs. Il y a quelques années, il n’y avait absolument pas de mixité ou de parité. Aujourd’hui, c’est mieux, mais il y a encore des efforts à faire sur la médiatisation du rugby féminin ou sur certains postes clés qui sont encore occupés par des hommes. Je pense, là, aux commentateurs ou consultants. Mais nous aurons gagné lorsqu’on ne se posera plus cette question-là.”

Ce forum fut une grande réussite et les personnes présentes à Saint-Étienne-de-Baïgorry, après avoir débattu une partie de l’après-midi sur différents points, furent, sur celui-ci, toutes d’accord.

Ces deux exemples le prouvent. Le rugby peut être un moyen de réduction de la violence. Jean-Pierre Massias conclut : “Ce sport peut participer à une politique de réconciliation, c’est évident. L’exemple de l’Afrique du Sud le montre. Mais il faut faire attention. Le rugby ne peut pas tout et il faut se méfier des formes de réconciliation. Le danger de l’Afrique du Sud, c’est d’avoir proposé une vision un peu idyllique de la situation, alors que les tensions sont toujours existantes. Cependant, le rugby peut participer spécifiquement, en tant que sport avec ces valeurs-là, à de la réconciliation."

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